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jeudi 28 avril 2011

Encore une jolie découverte textile : le chiné à la branche


mercredi 27 avril 2011

La fille qui parlait aux tissus

Regarder un tissu c'est un acte bien banal, disons automatique c'est quelque chose qui se trouve dans notre champ de vision, il fait partie d'un tout, de l'environnement, du décor, le quotidien gomme la curiosité
 
Voir un  tissu c'est une action voulue, un acte  réfléchi. C'est découvrir ce qui nous entoure avec une loupe et pour les professionnels avec un compte fil qui ne quitte jamais le fond de notre poche.


 Mais comprendre une étoffe cela est une autre option. Ce n'est pas avec l'aide d'une quelconque machine, loupe microscope, compte fil, c'est une  connaissance, c'est un échange, c'est épidermique, on se glisse entre la chaîne et la trame, on pénêtre la fibre, on soupèse la couleur, on estime la main. La subtilité d'un motif, la légereté du tissage, la force de la couleur, le toucher de la matière, tous ces éléments entrent en ligne de compte, mais c'est avant tout un accord, une entente, une affinité avec ce produit. En fait, tous nos sens sont en émoi lors d'une rencontre.

 C'est une joie de toucher, c'est un événement de sentir, c'est une découverte de goûter, et c'est encore un plaisir de voir des fibres textiles s'emmeler, se chevaucher, se supperposer, se croiser pour au final donner naissance à un tissu. 


Cette direction, voilà longtemps que je l'ai empruntée. Etrange peut être, mais confidence pour confidence, j'aime les tissus, je me sens aussi bien parmi eux qu'au milieu d'un jardin, je parle aux arbres, aux fleurs, aux plantes, 
je les complimente, parfois je les gronde, souvent je les admire. Et bien, mon rapport avec les tissus est très similaire. Chaque matin en ouvrant le magasin ce sont des amis qui m'accueillent, ils me  rassurent, ils m'encouragent, ils sont là, fidèles et fiers. C'est toujours avec un pincement au cœur que je me sépare de l'un d'entre eux, mais c'était le deal dès le début, et je sais que la personne qui les achète les aimera aussi. Ensemble, en vous attendant nous discutons en silence.
Saviez-vous que dans certaines civilisations, chez les indiens d'Amérique par exemple, on ne coupe pas le tissu, on n'interrompt pas le fil de la vie, on ne coupe pas la parole ; c'est pourquoi le vocabulaire vestimentaire est réduit et les vêtements plus souvent drapés que coupés cousus. Par respect pour le tissu, pour ce flot de fil, cette abondance de matière, on se doit de lui conserver son identité, donc sa globalité.
 Je les connais presque tous, je sais où ils se trouvent, et dans ce désordre qui n'est qu'apparent, je connais chaque habitant. Cet univers coloré et matièré dans lequel j'évolue, me passionne. Chaque jour je  retrouve, je redécouvre, un imprimé attire mon regard et je pars dans mes rêves, je m'évade sur le dos d'un nénuphar, je courre après un oiseau, je délire dans les méandres d'un ikat.
Les tissus et nous cela peut aussi être une histoire d'amour. Souvent, lorsque je demande aux visiteurs de la boutique s'ils ont besoin d'aide, j'entends souvent la même réponse, de la part des femmes plus que des hommes :  merci, mais je cherche le coup de foudre, un tissu dont je ne me lasserai pas, une étoffe qui me ressemble, celle qui me plaira. En fait, le tissu idéal, mais cette quête est-elle un rêve ou une réalité, mais je suis certaine qu'il existe quelque part un tissu qui vous est destiné… Cherchez le.  N'est-ce pas là un vocabulaire amoureux ?
Alors oui vraiment, prenez le temps de choisir, de trouver le tissu de vos rèves, prenez le temps de faire connaissance et j'en suis certaine, vous ne regretterez pas ces quelques instants consacrés à ce monument créé par la main de l'homme. Au nom des tissus, je vous remercie d'avoir pris conscience de leur existence et de la place qu'ils occupent dans votre univers.

lundi 18 avril 2011

Voyage au pays des ikats N°2


,



 je vous invite  dans ce second volet dédié à l'impression artisanal en Ouzbekistan  à découvrir quelques secrets de fabrication des ikats  
Le mot ikat est une traduction d'un mot indonésien mengikat qui a plusieurs significations : lien, attacher, envelopper.

L'impression par réserve se retrouve dans de nombreux pays, mais l'impression par réserve sur les fils est moins fréquente. Je vous parlerai dans une autre fois des différents types d'impression par réserve utilisés en Indes, en Indonésie, au Japon et en Occident.


Le support peut être en coton ou en soie, en soie et coton ou, et oui sacrilège, en polyester  et imprimé. Les chinois se sont emparés de ce marché avec une facilité déconcertante. Les petites échoppes regorgent de tissus imprimés imitant les ikats, en fibres synthétique. Ils sont certes moins onéreux et plus facile d'entretien que les véritables ikats mais pourquoi pas si le choix est possible. Voilà le problème posé. Bientot, étant donné les prix élevés des  ikats traditionnels, il n'y aura plus de clients pour ce type de production, les artisans n'auront plus de commandes, la transmission de leur savoir , plus de teinturiers, plus de tisserands, les ikats deviendront des pièces de musée.
Atlas, Adrass, Abr, Shahi, sont en voie de disparition. Alors  pendant que vous pouvez encore voir et acheter des ikats en Ouzbekistan, profitez en.





La technique de l'impression des ikats consiste donc à teindre les fils avant le tissage. Cette opération est délicate, elle réclame de la précision et de la patience. Autrefois les différentes phases de fabrication étaient réalisées dans des ateliers indépendants les uns des autres. Des familles se spécialisaient les unes dans la teinture à froid, les autres dans la teinture à chaud, ou encore dans le filage de la soie, ou dans l'apprêt au blanc d'oeuf... Aujourd'hui les ateliers sont  généralement regroupés. bien que le travail artisanal s'effectue encore en famille.
Parmi les différentes opérations que nécessite la fabrication de ce type de tissu, la plus importante et la plus délicate est sans conteste la teinture.
Les fils de chaîne une fois tendus sur le métier vont servir de  support aux motifs. Le maître teinturier va indiquer les dessins  par des repères sur fils. Il utilise pour cela  un morceau de charbon de bois. Ce sont des points ou des traits qui disparaîtront avec l'eau des bains de teinture.

La chaine est divisé en plusieurs groupes de fils  afin qu'ils puissent être teints séparément
Les  portions de fils de chaine qui  ne doivent être en contact avec le colorant sont ligaturées à l'aide d'un gros fil de coton  qui peut être  parfois enduit de graisse. Les parties protégées ne seront pas teintes et c'est pourquoi cette technique se nomme teinture par réserve.


Le travail n'est pas pour autant terminé puisque chaque couleur supplémentaire nécessite un montage de la chaîne,une ligature nouvelle et  un démontage de la chaîne , un nouveau bain de teinture Ainsi de suite jusqu'à la définition complete du dessin. Il y a autant de bain de teinture que de couleurs.


.  Ce voile arachnéen, ce fantôme d'étoffe est en construction, ce n'est pour le moment qu'une frêle esquisse de ce qui deviendra un superbe ikat.
En Ouzbekistan  la teinture se fait sur les fils de chaine essentiellement, très rarement sur les fils de chaîne et de trame. Ici on peut observer la naissance du motif, les opérations de teintures sont terminées, le motif apparaît dans sa totalité, tout est prêt pour que le tissage commence. Le fil de trame passé le tissu sera achevé.


 L'emplacement des liens est visible une fois le travail terminé,  la fin de chaque série de motifs est marqué par une ligne blanche sur toute la largeur du tissu
 Entre deux motif on remarque un espace blanc  




Pour une même méthode de teinture on obtient des tissus d'aspect différents. Les noms donnés aux ikats sont fonction  de la grosseur de fils  utilisés, de l'armure choisie, de l'apprêt final.
.




Les ikats ouzbeks sont très colorés et les motifs les plus courants sont  géométriques, la spécificité des ikats réside dans le contour flou  en chaine des dessins, causé par le  léger décalage des fils teints
satin de soie détail

un ikats  tout soie armure satin   Atlas c'est le plus commun
C'est le tissu utilisé pour le costume national Ouzbek
 c'est aussi ce motif que les industriels chinois ont choisis pour  leurs ikats imprimés en polyester
Le motif est très visible sur l'endroit, mais à l'envers il est à peine perceptible
un ikat  chaîne en soie et  trame en coton Adrass




 abr ou shahi c'est un ikat tout soie armure taffetas . La finesse du tissage, le bruissement de l'étoffe, et ses motifs géométriques si caractéristiques ont de quoi séduire les plus blasées d'entre nous. Pour apprécier ces tissus, et les différencier il faut les toucher, les caresser, les froisser, les sentir, et puis aussi les utiliser

 C'est une photo d'un ikat en cours  de fabrication. C'est presque un tableau abstrait.
et dans ce flou artistique je me sens comme un poisson dans l'eau, j'aime m'évader dans cet univers coloré  


J'aime regarder chaque jour ces tissus qui attendent sagement, bien rangés, pliés sur les étagères de la boutique. Mon attention est toujours attirée par une ligne, une couleur, un motif que je n'avais pas vu la veille. Selon l'éclairage, mon humeur, ou la météo, je les redécouvre, ils m 'emportent dans des reveries, ce sont mes amis du matin.  Leur histoire c'est aussi celle d'un peuple aux origines multiples qui a réussi à unir  ses forces créatives, un savoir faire ancestral pour donner naissance à ce tissu devenu l'emblème du pays. 



 Trop de choix? Non c'est fantastique d'avoir envie de tout acheter! 


 Il faut choisir  et c'est très frustrant. Mais c'est parce que je les
sélectionne en prenant mon temps que je ne regrette pas mes achats.

Ces moments passé avec les artisans évoquent des souvenirs, de jolies rencontres, et des  échanges passionants. 


 Le tissage se fait sur un métier à tisser et à la main. La largeur des tissus est variable, dans l'ensemble on trouve des ikats en petite et moyenne largeur , entre 0,40 m et 0, 80 m
La véritable tisserande c'est elle. Le tissu est terminé
Le tissu est terminé. Mais qui donc se cache derrier le métier à tisser ? L'inspecteur des travaux finis  c'est bien moi! 
 Après le filage, la teinture et le tissage il reste une opération avant la mise la présentation au client : l'appret ou encore ennoblissement.Si les satins sont brillants naturellement, les taffetas ont besoin d'un petit coup de pouce, et pour cela les artisans appliquent du blanc d'oeuf sur la surface  afin d'obtenir un aspect glacé,> ou bien écrasent la surface du tissu avec un maillet de bois. L'utilisation du maillet écrase les côtes du tissu et donne une surface moirée. Autrefois les cotons étaient rendus presque aussi luisants que les soies par un polissage de leur surface à l'aide d'une demi sphère en verre.


Une fois toutes les opérations terminée, le tissu est proposée à la vente. Jadis on utilisait les Ikats pour la confection des manteaux d'apparat, mais aujourd'hui ils ont trouvé une place de choix dans la décoration de nos intérieurs, et rien de vous empeche de faire une veste avec ces ikats.
ces ikats sont en 0,60m de large





Ce coussin fait partie du décor de  la boutique De Gilles








cette veste  achetée à Boukara est constituée de plusiers lés de 0,40 m de large.  C'est un satin de soie matelassé, doublé d'une toile de coton bleue. Les raccords se fondent dans les motifs, qui sont placés symétriquement aussi bien sur le  devant que dans le dos

 
un petit dernier avant de nous séparer : détail d'un Abr. Le relief des côtes est obtenu par l'utilisation d'un fil de trame  en coton plus gros que les fils de chaîne en soie. C'est un peu le principe du tissage des ottomans.




On obtient un effet ondé ou moiré en écrasant le relief des côtes par endroit

Voilà cette histoire se termine, j'ai été très heureuse de partager avec vous cette découverte et mes souvenirs de voyage. Sachez que la plupart des photos de tissus ont été prises dans la boutique De Gilles tissus et que vous pouvez venir les admirer ou même les acheter. Merci pour l'interêt que vous portez à ce sujet et à ce blog. Catherine..

mercredi 13 avril 2011

L'Ouzbekistan : un voyage au pays des Suzanis, des Adras et des Atlas






Boukhara, Samarkand, villes mythiques de la route de la soie, ce sont des noms qui longtemps m'ont fait rêver. D'abord, lors de mes études à l'Ecole du Louvre, je découvris les villes à travers leur patrimoine historique notamment l'architecture, les portes monumentales, les coupoles turquoises, les écoles coraniques, les mosquées ; puis ce fut par le biais des tapis que je rencontrais encore une fois ces noms.




le turquoise du dome sur le bleu du ciel  cette image à elle seule vaudrait le déplacement


une mosaïque de couleurs obtenue avec  une juxtaposition d' adras et
d'atlas 
Je ne connaissais ces sites que par procuration, à travers des récits d'explorateurs, des livres d'art et des photos. Je n'avais jamais rencontré une personne physique qui était allée dans ce pays. Jusqu'au jour où un ami, grand voyageur, me parla de son séjour en Ouzbekistan avec tant de poésie, de convictions, d'émotions, de ferveur, que ma curiosité fut mise à rude épreuve. Mon imagination n'eut de cesse de rencontrer enfin la réalité. Je fut conquise, séduite, angoissée et excitée à l'idée de faire ce périple en Asie centrale.

le pays des Atlas satin de soie


un exemple d'abr (nuage)
un détail de suzani. Broderie main, point de chainette provenance Boukhara Le fil de soie sur fond satin de soie

Suzani, mot persan signifiant aiguille. Ce sont des panneaux brodés  aux dimensions variées qui  à l'origine ornaient les murs des palais comme des maisons particulières.




 macro photographie d'un ikat soie et coton   Adrass

Alors à mon tour de vous distiller mes impressions sur ce pays oublié, perdu dans les steppes, de vous donner l'envie de visiter ces lieux enchanteurs, au passé chargé d'histoire et au présent riche de mille trésors.
Saviez-vous que les tulipes sont originaires de cette région, elles furent ensuite exportées et cultivées en Turquie avant de conquérir les Pays Bas ?
Saviez-vous que les roses poussent comme par miracle, elles sont magnifiques, fleurissent dans les jardins publics, et dispersent un parfum sucré qui vous enivre  ?
Saviez-vous que l'Ouzbekistan fut la patrie du grand Tamerlan, dit Timor le boiteux ? Un guerrier doublé   d'un protecteur des arts et lettres. Il permit à des architectes de talent d'édifier une ville à sa gloire. Des monuments aujourd'hui heureusement restaurés donnent une idée de ce que fut la beauté de cette ville.
Saviez-vous que l'Ouzbekistan est le pays du coton?
Saviez-vous que c'est le pays de la grenade dont on fait des boissons miraculeuses ?
Saviez-vous que l'Ouzbekistan est le berceau des Ikats ?  Ces ikats si colorés ne sont-ils pas la représentation de ce pays où la nature et l'architecture rivalisent de couleurs, de formes, de lignes ?    Dans les villes qui sont des Oasis, des jardins au milieu du désert,  les tissus des robes et des manteaux des habitants sont comme des bouquets de fleurs aux couleurs éclatantes qui ondulent dans les rues écrasées sous le soleil. Les textiles,  les couleurs, les motifs, les fibres sont les reflets d'une civilisation. Le tissu est un passeport, un guide, un dictionnaire, une encyclopédie, qui  donne un but à mes voyages et qui permet de communiquer avec les populations locales sans l'aide d'un interprète.

au quotidien  les femmes revêtent encore le costume traditionnel 
Ce territoire baigné de soleil l'été, recouvert de neige l'hiver, nous réserve tant de  belles surprises. Ce voyage demeure une exception dans mes souvenirs de "globe-textiles", parceque encore presque vierge de touristes, avec une production locale artisanale qui persdure malgré une économie très difficile mais avec une population déterminée à conserver ses traditions.
Les anciens prennent la pose pour une photo souvenir. Les touristes sont rares et sont encore source de curiosité 


 Pour trouver des merveilles, il faut chercher, prendre son temps, avoir de la patience, de la chance, rencontrer les bonnes pesronnes et bien sur, connaître son sujet. Vous ne trouverez pas les beaux ikats  facilement, c'est un travail, un cheminement, beaucoup d'obstination et au bout la passion qui peut déplacer des montagnes. Les trésors en général sont bien cachés et les découvrir est un honneur.

Il existe encore quelques artisans 

Ce qui pour moi caractérise cette population c'est surtout les ikats. En soie et coton ce sont des adras, en  satin de soie ce sont des Atlas, quant  aux Suzanis il s'agit de  broderies réalisées à la main au point de chainettes sur des supports de soie ou de coton, avec comme motif récurents des tulipes, des
œillets, des grenades. Le costume national féminin, robe en atlas, est largement porté par les femmes au quotidien.



et au milieu d'une zone désertique coule une étroite bande de terre fertile, un jardin d'éden


   Demain je vous ferai découvrir la technique mystérieuse qui donne vie aux ikats  






samedi 9 avril 2011

une fée dans une salle voutée

Aujourd'hui je vous offre un voyage dans le pays imaginaire des enfants. Du tissu oui, il y en a pour les costumes mais ce n'est pas le suje de mon propos. A partir de samedi 9 avril e t jusqu'au 24 juillet, Jessica Goldman est  une fée clochette un peu plus déjantée qu'à l'habitude, pas forcément mignonette, pas non plus si féérique, un peu rude parfois avec Peter Pan, Laurent Jacques, excentrique beaucoup,  mais cet ange gardien ne doit il pas aider son protégé  sans le  materner, le mettre en garde contre la méchanceté, l'armer pour affronter la vraie vie? On ne guerit pas de son enfance, alors il faut en tirer la substantifique moelle et faire de son mieux pour vivre dans le monde des adulte d'où le rêve n'a pas la priorité.
Après une tournée au Liban, ces deux artistes vous attendent à Paris  dans la salle voûtée du théatre Essaïon. Les vacances de printemps arrivent  alors prenez le temps de voyager et entrez avec vos enfants ou petits enfants,   les bambins,  mouflets,  gamins, trolls, crapauds et autres loulous seront tous les bienvenus dans le pays imaginaire de Peter Pan.

 

Résumé
En classe,  Tom et Clo, se racontent les aventures de Peter Pan et de la  fée Clochette. Soudain les deux élèves se révèlent en héros, la classe se transforme et apparaissent le capitaine Crochet, les indiens, les enfants perdus…  Une invitation au voyage, au rêve, racontée avec humour, panache et chansons à la manière des enfants.


Infos
au théâtre Essaïon 6 rue Pierre au Lard 75004 Paris ( M° hôtel de ville ou Rambuteau)
du 9 avril au 24 juillet
les mercredis, samedis et dimanches à 14H30
et pendant les vacances scolaires et mois de juillet  du mercredi AU dimanche à 14H 30.
Tarif 10 € /8€/6€ (abonnements)
Pour réserver : 01 42 78 46 42 (théâtre)
ou http://www.billetreduc.com/50152/evt.htm

Venez rire et chantez avec nous !

Le site du pestacle : https://sites.google.com/site/peterpanetclo/home

vendredi 8 avril 2011

Généalogie textile


Généalogie textile
  
Comment   comprendre,   reconnaître, différencier, apprecier, aimer les tissus ? 



Bien avant de reprendre les commandes de la société familiale, je me suis souvent heurée à l'ignorance  des vendeurs lorsque j'achetait un vêtement ou simplement du tissu. Quelle matière, quel nom, 
Tenter de reconstituer leur filiation  et ébaucher ce que seront les futurs membres de cette grande famille est une vaste mais excitante entreprise. J'aimerai vous faire partager le délice de pouvoir deviser au sujet d'une  batiste, d'un zéphyr,  d'un lampas  ou  d'une toile de spy
Pour conserver un souffle de "personnalité" aux étoffes qui nous entourent , désignons les par leur   nom et oublions  les numéros ou les références. Ce baptème leur rendra leur identité et  nous conserverons la notre.  Les noms c'est  aussi un moyen de sauvegarder ce patrimoine mondial dans notre mémoire, car la diversité des étoffes n'est plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir. 

D'où viennent ces noms? 
Ils résultent d'une dose de mystère, d'une cuillérée créativité, d'un soupçon de poésie,  d'un trait de tradition, d'une mesure de sciences et parfois d'une pincée de hasard.  Cela fait beaucoup d'ingrediens mais on s'aperçoit qu'un tissu c'est un produit plus complexe qu'il n'y parait.
Avec un nom nous les  mémorisons  plus  facilement, et le tissu devient un article plus concret.
En découvrant un à un les tissus, tour à tour communs ou rares, classiques ou modernes, naturels ou chimiques, concrets ou abstraits vous serez aussi amenés à rêver et à voyager à travers les continents et le temps Pénétrer dans l'histoire des tissus, c'est en quelque sorte, s'installer aux commandes d'une machine à remonter le temps et à explorer le futur.
Pour de multiples raisons, suivre le chemin de la vie d'un tissu à travers les siècles est un parcours semé d'embûches. Les grandes catégories ont subi depuis la préhistoire de nombreuses modifications, ponctuées par les mariages, les divorces, les unions libres, les naissances, les décès et même les manipulations génétiques rendues possibles grâce aux progrès scientifiques
"Les dénominations ne sont que passagères, la plus légère modification apportée au tissu suffit pour lui faire donner un autre nom". traité théorique et pratique de l'impression sur tissus par J Persoz Ed. V. Masson
Il est des étoffes dont seul le nom nous est transmis, souvent par la littérature, mais de traces tangibles point, ainsi en est il des pailes ou de l'auqueton
D'autres tissus ne sont plus que la pâle imitation de ce qui fit leur renommée comme le brocard Tissé avec les matières les plus riches comme les fils de soie, d'or ou d'argent il a aujourd'hui  perdu de sa superbe, c'est un tissu "à la façon de" utilisant généralement des matériaux beaucoup moins nobles.

 extrait de "Mémoires de tissus" Catherine kouliche Goldman

jeudi 7 avril 2011

Né de la boue : le bogolan

 L'Afrique offre mille et un trésors textiles dont le bogolan est un exemple. Il perpétue un artisanat authentique. Le bogolan résulte  d'un judicieux équilibre entre l'homme et la nature. J'aime la texture rêche du bogolan, ses irrégularités, sa sobriété. Ce tissu entre les doigts vous transmet l'aridité du climat, la rudesse de la vie, la présence du soleil, et le lien avec une nature à la fois sauvage et en même temps maitrisée par l'homme.  La machine, la mondialisation, l'industrie sont des mots  sans âme  en face d'un pagne en Bogolan.

Le bogolan est un  technique de teinture  qui s'est développée au Mali , dans la région au Burkina Faso et en Guinée. L'étymologie est une définition  en elle même  puisqu'en langue Bambara  bogo signifie la terre et lan  signifie avec.
C'est un artisanat local  cars tous les ingrédients nécessaires à cette fabrication sont issus de la région  : une terre très colorée, une eau parfaitement adaptée et un savoir faire qui se transmet de génération en génération depuis des siècles. On raconte que le bogolan est né d'un incident domestique : une femme ayant taché son vêtement avec de la terre essaya sans succès de faire disparaître la tache. C'est alors  que  la population pris conscience que cette terre était recelait un trésor : la teinture. A partir de ce constat, le bogolan se développa et s'enrichit de nouveaux motifs.
Le coton  est  filé manuellement. Ensuite le fil  tissé en bandes étroites qui seront  cousues les unes aux autres.  La surface textile obtenue  encore blanche ou crème   est plongé dans un bain composé d'eau et décoction de feuilles, de racine, de plantes. Le tissu prend alors une teinte jaunâtre.  Les panneaux sèchent sous les rayons du soleil généreux d'Afrique. Maintenant l'artisan va commencer la décoration   .  L'envers sera toujours uni  et brun jaune, car seul l'endroit sera "travaillé.

Comme vous pouvez le voir sur cette photo, les bandes de coton sont étroites et afin d'obtenir une pièce de tissu assez large pour servir de tenture, de tapis ou de pagne elles sont cousues grossièrement les unes aux autres. Pourquoi une   couture lâche, et les grands points ? Pour éviter de rigidifier la pièce de tissu.

Les instruments sont rudimentaires  :  tige en bois,  ou en métal et teinture et bien entendu le savoir faire. Ce travail artisanal est généralement réservé aux femmes âgées ne pouvant plus se consacrer aux travaux réclamant une force physique , aux plus jeunes lors de la saison sèche et aux autres femmes lors de leur temps libre. Elles fabriquent alors des vêtements pour la communauté trousseaux de mariage, pagnes, pantalons, tenues de chasse, de travail ou de parade. A l'origine chaque tenue, de par ses motifs et ses coloris, était vouée à un usage particulier. Les signes reproduits détenaient une signification symbolique précise. Actuellement, les signes ne véhiculent plus aucune  charge symbolique et  ils sont purement graphiques.



Filage et tissage
Le coton. Plante d'origine tropicale, de la famille de malvacés, dont le fruit en forme de capsule  contient de nombreuses graines recouvertes de duvet d'où est tirée la fibre textile. Il requiert un climat chaud, beaucoup d'eau durant la pousse et un climat sec au moment de la maturation des fruits et de la cueillette.
Le filage. Une fois ramassé, le coton doit être filé. Ce travail est réservé aux femmes. A l'aide d'un fuseau, la fileuse, assise par terre tord et étire le coton entre ses doigts. Par un mouvement répétitif de la main, elle fait tourner le fuseau tout en lui donnant une impulsion afin d'enrouler le fil autour d'un bâtonnet en bois.
Si les motifs sont réalisés par les femmes, seuls les hommes sont habilités à tisser
sur des métiers horizontaux à   deux rangs de lisses et de pédales . Ils travaillent en groupe, dehors, sur la voie publique.
Actionnant avec leurs pieds tour à tour à tour les deux pédales, les tisserands entrecroisent, dans un mouvement perpétuel, les fils de la chaîne et de la trame. Au fur et à mesure de sa réalisation, la bande tissée est enroulée autour d'un bâton situé au niveau de la poitrine de l'artisan.
Etoffe et teinture
La bande ininterrompue de cotonnade blanche tissée mesure vingt sept mètres de longueur pour une largeur d'une douzaine de centimètres. Pour la confection de vêtements, plusieurs bandes sont coupées et assemblées entre elles. La couture se fait généralement à la main, le point est lâche afin de ne pas rigidifier le tissu.
Cette technique d'impression nécessite plusieurs étapes. La cotonnade blanche tissée est plongée dans une teinture végétale, le plus fréquemment dans une décoction de n'galaina (feuille de l'arbre anogeissus leiocarpus) afin de donner une coloration de base et de permettre par réaction chimique la fixation des autres couleurs. Le tissu est ensuite exposé au soleil, l'action de ses rayons renforce la teinte jaune obtenue par ce premier bain de trempage. Le support est prêt à recevoir le dessin. La " bogolaniste " applique alors de la boue provenant des marigots ou dans le Niger et qui a fermentée   dans une jarre. Parfois de vieux clous favorisant l'oxydation y sont ajoutés. La femme trace des motifs à l'argile sans dessin préliminaire, elle traite ainsi le fond par un travail en négatif, dit en " réserve ". Les dessins se font à main levée grâce à des traces lignes (kalama) plus ou moins fins, des spatules en métal, des branches , des plumes.   Après un séchage de l'étoffe au soleil, cette dernière est soigneusement lavée afin d'enlever l'excédent de boue. Le dessin apparaît à cette étape en noir sur un fond ocre jaune. La réaction chimique entre la boue et la décoction  rend la teinte noire indélébile. Sur cette base,  il est plus facile d'éclaircir certaines parties par l'action d'un savon corrosif ( savon de Sodani). Les teintures successives peuvent être fixées par des détergents ou des fixatifs végétaux( les feuilles et les fruits du tamarinier fixent le noir et l'ocre jaune. Mais le lavage et le séchage peuvent aussi fixer les couleurs . Il est possible de  jouer sur l'intensité des colorants en rinçant plus ou moins le tissu avant de le laisser sécher au soleil.  
Le pagne traditionnel
Le pagne est un vêtement traditionnel féminin. La femme le porte enroulé autour d'elle, sans système de fermeture  . Elle  croise le côté droit sur le côté gauche.Le pagne traditionnel est composé en général de sept bandes cousues entre elles (le taafé en bambara). Chaque signe dessiné sur le pagne détient une signification. Juxtaposés à d'autres signes et selon leur place dans la composition générale, les motifs, chargés de messages offrent le récit d'événements réels et mythiques. Les signes deviennent alors écriture pour ceux qui savent les déchiffrer. Les histoires reproduites sur le pagne en bogolan protègent la femme qui le revêt. Chaque femme en possède plusieurs, portés selon leurs significations à des moments particuliers de sa vie d'épouse ou de mère
Les pagnes traditionnels réalisés par des artisans qui maitrisent à la fois la technique et le décodage des signes sont de plus en plus rares. Aujourd'hui les bogolans deviennent des pièces uniques destinées à la décoration, et les artisans des artistes qui maitrisent la technique de base mais qui laissent leur imagination s'écrire sur le tissu.


mercredi 6 avril 2011

le tissu et l'homme une longue et belle histoire 3


Le tissu et l'adulte 3


Cette complicité avec le tissu nous ne l'avons pas perdue avec le passage à l'age adulte : qui n’a pas eu envie un jour de cafard, de rentrer dans une boutique et s’acheter un petit quelque chose en tissu, juste pour faire passer le spleen ? C'est encore un reflexe qui vient de l'enfance, on froisse, on triture, on caresse, le dit objet qu'il s'agisse d'un pantalon, d'une robe, d'un chemiser... Néanmoins tout cela est positif  car  moins calorique qu’une tasse de chocolat, moins cher qu’une séance chez le psy et finalement très efficace.
J'ai pu observer dans ma boutique les différentes approches de mes clientes, je dis clientes parce que les hommes n'ont pas les mêmes réactions.  Très souvent, les femmes vont prendre un bout du tissu choisi et le passer sur leur visage ou sur le dos de leur main, juste pour voir si cela pique ou gratte, mais pourquoi donc le faire s'il s'agit de choisir une étoffe pour un manteau ou une veste qui ne seront jamais en contact direct avec le visage ou le dos de la main ? C'est encore un reflexe venu de l'enfance, une réminiscence du doudou. Voilà aussi pourquoi acheter un métrage de tissu, un vêtement ou du linge de maison c'est d'abord avoir un contact direct avec lui autant visuel que tactile et aucune photo si bonne soit elle ne pourra me satisfaire.  Je peux rever devant un morceau de soie imprimée, parcequ'il est concret, présent, je ne peux pas ressentir cette sensation épidermique si agréable devant une photo de tissu. C'est amusant mais en écrivant ces mots je fais un rapprochement entre ce besoin de voir et de toucher avant d'acheter et un phénomène curieux qui se produit lorsque je suis au restaurant. S'il n'y a qu'une seule carte pour la table, et qu'une seule personne la possède et lit pour l'ensemble des convives la liste des plats, je ne peux pas me décider ; il faut que je prenne en main la carte et que je lise moi-même les propositions des plats pour que je puisse  commander, c'est curieux , mais je crois ce que je vois et l'abstraction ne fait pas partie de ce jeu là, car il n'est pas question d'art ici. Après cette digression, il convient de poursuivre notre ballade à travers les ages.
  


Adultes, l'homme et la femme sont désormais autonomes et seuls décideurs de leurs choix ou presque. On avance seul ou accompagné, et dans ce cas, vient la cérémonie du mariage qui passe par la sacro-sainte robe de mariée qu’elle soit blanche rouge ou jaune et encore un costume pour monsieur, parfois le premier, parfois l'unique exception au jean, parfois un frac, un tuxedo, une queue de pie. Le choix du tissu pour la robe de rève est souvent un moment émouvant, des instants de complicité entre mère et fille. Je confirme

   
voici la robe de mariée de ma fille  Jessica en cours de réalisation , home made bien sûr.
Que de jolis souvenirs liés à ces étoffes, à ces tenues d'un jour, que de merveilleuses photos souvenirs immortalisant ces nouveaux habits pour une nouvelle vie. Ces tissus choisis pour toutes ces cérémonies sont des annonces de réjouissances (naissances, entrée dans l'age adulte, mariage).


En Indes du sud, la robe de la mariée est une histoire de famille. Et c'est en famille que l'on aide la mariée à trouver le tissus de ses tenues
 La vie va puis s'arrête mais le tissu est cette fois emprunt de religiosité et souvent de tristesse pour l'entourage. 
ikat du Sulawesi en coton, teinture végétale du Sulawesi
il s'agit d'un panneau 

Nous ne sommes plus en mesure de choisir ou de ressentir quoique ce soit quand vient le moment fatidique, le linceul nous enveloppe qu’il soit fait de lin, de coton ou d’écorce de mûrier et puis après, pour certains il y a un après, avec ou sans tissu, qui sait, et puis pour d'autres il n'y a plus d'après…

Entre temps, nous avons passé un tiers de notre vie dans un lit entre les draps, et les deux tiers restants dans des vêtements. Le tissu c'est notre seconde peau, le tissu c'est notre habitacle, le tissu c'est quelque chose d'important qui parle à nos sens, c'est pourquoi on propose aux enfants des tapis d'éveil fabriqués avec toutes sortes d'étoffes raides, souples, fines, épaisses, douces, rêches, lisses, rugeuses… Un jour  prochain, je vous proposerai un voyage textile destiné à mettre vos sens en éveil.


Le tissage ne serait-il pas aussi ce par quoi l'homme se différencie de l'animal ?  La nature nous offre de multiples possibilités pour protéger notre corps du froid ou de la chaleur, mais le tissu n’existe que par le travail de l’homme.

2 le coton  filé et tissé est devenu une robe de bapteme
1 la fleur de coton. 
1 voici le premier maillon de la chaîne avant la tonte ou le peignage de la toison des alpagas, des lamas  

2la laine est filée manuellement, en attendant le client. Sur la table sont présentés des exemples de produits réalisés avec la laine.












3les écheveaux sont teints et prêts pour l'étape suivante
Marché du samedi matin dans un village des hauts plateaux andins en équateur


4 c'est la suite logique de la transformation : le tissage attention ici ce n'est que pour la photo 











5 c'est fini, la toiso est transformée en ponchos multicolores destinés à protéger du froid les habitantes des hauts plateaux. Nous sommes à 3500 m d'altitude au mois d'Aout sur l'équateur. Ici même les touristes sont presque couleur locale, professionnalisme oblige!



Conclusion
Nous sommes à l’origine du tissu, nous sommes donc responsables de son devenir. Ne gâchons pas une si belle invention.