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lundi 11 juillet 2011

Encore un voyage

Cet été je pars à la rencontre des artisans de Madagascar. Promis je rapporterai des tissus et des photos. On se retrouve en septembre pour partager mes découvertes.

vendredi 8 juillet 2011

Une fugue textile. Un joi moment à partager entre amis

Aujourd'hui il pleut sur  Paris et la ville  est triste.
jamais vraiment triste parce qu'après la pluie le beau temps et l'arc en ciel est la première note d'un univers coloré qui appartient aussi au monde des tissus.
Le ciel est gris, les rues désertes et les trottoirs étrangement calmes.
 Ce sont les parisiens qui font Paris et les voilà sur les routes, dans les avions, visitant les autres capitales, vagabondant dans les prairies du bout du monde, se  passionnant pour les animaux de la savane. Ils désertent cette ville vidée de son âme.
Les rues sont tout de même bruyantes, les monuments bondés, les théâtres vides. Comme la vraie vie me manque dans ma ville. Il y a du monde, des visiteurs, des gens de passage. Cette foule peuple les rues, les musées, les bus, mais elle est fantomatique. Aujourd'hui ici, demain ailleurs, et moi Paris je l'aime tout le temps. Si Paris au mois d'Août est une récompense pour ceux qui restent ou pour ceux qui viennent découvrir ses trésors, moi j'attends avec impatience le mois de septembre, pour retrouver  son authenticité.









J'ai décidé de colorer cet univers quelque peu déshumanisé, avec du rêve, des matières et de sons bien inhabituels. C'est une divagation  musicale, composée de notes tirées de mes plus beaux souvenirs textiles. Et pour débuter, c'est une véritable symphonie que nous  joue la soie.

Des notes claires et des tons forts, un ensemble harmonieux et joyeux. Le  célébre cri du taffetas que l'on coupe. Attention pour obtenir cette note cristalline , il faut être expert. Les ciseaux en main c'est d'une seule traite que les lames vont traverser la largeur du tissu,  en une seule fois, d'un geste décidé  pas de repentir,  pas de reprise sinon le rythme est cassé. C'est le clairon, la trompette.

Cependant, la soie nous réserve bien d'autres surprises. Un rien snob quand elle brille de tout ses feux, quand elle fait son grand jeu, quand elle est soliste et c'est le satin duchesse

tissus somptueux, rare, sensuel, luisant dans les plis  duquel on peut se perdre à jamais
 L'instrument qui tient la note  c'est le saxophone. Noble, grave, élégant, renvoyant la lumière avec maestria, et vivant grace au souffle du musicien.
La soie peut nous étonner en prenant des airs de pauvresse avec la bourrette, matière souple mais endormie, inerte, lourde, granuleuse ou lâche, et c'est le grondement sourd du tambour qui résonne. Il prend de la place, mais souvent situé derriere, derriere les violons, derriere le piano, au fond, oui mais on l'entend, on le reconnait, et il sait se faire entendre. La bourrette pourrait parfois se confondre avec du coton, elle se cache dans le rayon de la soie, mais on la reconnait , et l'amateur fait la différence. C'est une soie sans chichis, pas d'effet, pas de reflet, pas de brillance, la nature au naturel, pas de maquillage, la soie brute , le sens de l'esthétique sans artifice. Une note étouffée mais présente.


 Oublions ces sons graves et passons au triangle, clair, limpide, instantané, tintinnabulant avec tant de joie, envahissant l'espace sonore. On frise l'excellence en manipulant un délicat organza. La gamme exulte, les notes fusent, l'imagination fait le reste. L'image de ce tissu d'apparence si fragile, si précieux est trompeuse, il est solide et sa transparence est aussi concrète que peut l'être une barbe à papa, on la voie, on la mange mais il n'y a rien. C'est magique ! L'organza absolument magnifique résonne à mes oreilles telles les trompettes de la renommée, les bien nommées. Ce petit bruit sec, haut perché qui s'échappe des lames de mes ciseaux contre la surface évanescente du tissu je le connais et les yeux fermés je le distingue du taffetas.
C'est un bouquet plus calme, mais tout aussi abstrait que l'on obtient en manipulant des lainages. Des notes sourdes, chaudes, presque un murmure dans la brume.
Et si d'un coup vous déchirez un morceau de laine cardée, épaisse, mœlleuse, légère, alors c'est à l'oreille une note qui flotte, et qui, comme une plume, virevolte avant de s'évanouir. C'est le moment de prendre le violoncelle, le trombone, avec un soupçon de harpe.
Et puis vient le silence. C'est la mousseline de soie muette qui marque une pause. Plus aucun son ne sort de ce tissu. On peut le couper, le travailler, le porter, le froisser, le toucher, jamais il ne vous dira ses sentiments

C'est le tissu le plus silencieux que je connaisse. Jamais un mot plus haut que l'autre, jamais rien. Non  vraiment pas un bruit ne sort de ses entrailles, il est muet mais sa présence est un bonheur de douceur. On le devine plus qu'on ne le voit.
Pour terminer, je vous offre un final grandiose.  En route les violons, les cymbales, les tambours les trompettes, les violons. La recette est simple : prendre à pleines mains des taffetas, des organzas, des failles, des lainages  et les faire tourbillonner dans les airs.

ça plane
et ça retombe



























Dans un joyeux désordre, tout l'orchestre frissonne,  les tissus retombent sur le sol, les uns mollement les autres vivement, certains ont peine à atterrir et planent dans un brouhaha qui me réveille. J'ai les oreilles délicieusement amusées, les yeux éblouis par les couleurs, et les mains occupées à ramasser ce que j'ai éparpillé sur le sol de la boutique.

Mais qu'importe, j'ai rêvé un instant et vous? Inventez votre partition, et si vous avez besoin de faire des essais, rendez-vous chez De Gilles Tissus. Vous aurez les tissus et vous serez le chef d'orchestre.

mardi 5 juillet 2011

Un nouvel article demain 6 juillet

Je vous dévoilerai tous les secrets du galuchat. 

Galluchat ou Galuchat?

Le galuchat
Il s'agit de la peau de poissons cartilagineux tannée. Roussette( petit requin, dont la chair  comestible    est vendue aujourd'hui sur les étals des poissoniers sans la peau sous le nom de saumonnette), requin ou raie. La particularité de ces peaux est leur aspect. Plus que des écailles, ce sont des dents cutanées recouvertes d'émail. Une fois poncées ces aspérités ont l'aspect  de l'ivoire.
Autre caractéristique de la peau de roussette :  elle se réduit considérablement au séchage et c'est pour cette raison qu'elle était aussi appelée "peau de chagrin". "Etant donné son prix élevé, les acheteurs avaient bien du chagrin lorsqu'ils voyaient la peau de réduire en séchant. D'où l'expression populaire et vérifiée " se réduire comme une peau de chagrin."


Les premières utilisations
Les japonais et les chinois furent probablement les premiers utilisateurs de ce matériau nommé Samé. Les poissons étant pêchés dans les mers chaudes, l'approvisionnement était aisé. Le travail de ces peaux est attesté depuis le VIIIe siècle.  Au début elles avaient une fonction essentiellement utilitaire : la peau de requin était utilisée par des artisans pour polir le bois,  par des pédicures pour réduire les corps aux pieds et autres durillons. Puis vinrent des applications décoratives. Ainsi les artisans asiatiques utilisèrent ce "cuir" pour gainer les poignées d'épées ou de poignards. Elles étaient polies et teintes en bleu ou en vert.  Une des caractéristiques de cette matière était son pouvoir anti-dérapant parfaitement adapté à cet usage. Les nippons  surent tirer profit de la beauté de ce matériau. Le placage des peaux travaillées et teintes sur des supports rigides, bois ou métal fut très innovant : on trouve ainsi des inros, petites boîtes qui se portaient à la ceinture, des netsukés (sortes de boutons) permettant de fermer les kimonos, des fourreaux pour les sabres. Les japonais ont réussi à utiliser toutes les ressources des requins, tout est bon dans le requin comme dans le cochon : ils mangent la chair, utilisent la peau et ne perdent rien puique les parois de l'estomac et de l'intestin une fois tannées donnent un cuir comparable à celui de l'agneau. On extrait par ébullition des os une huile employée comme lubrifiant dans l'horlogerie. Avec le sang, on fabrique une colle qui possède un pouvoir abrasif très important. Les japonais découvrir les trésors que recellaient la peau de requin. En effet elle n'est pas aussi lisse qu'on l'imagine. Sa surface est constituée de denticules cutanées qui lui donne l'aspect de la toile émeri. Elles résultent de l'évolution des écailles des ses ancêtres poissons
 L'artisanat  du luxe existe encore  aujourd'hui et   fait grand cas  de ces articles dont la production réduite est déja un luxe.
En Europe les artisans  menuisiers, charpentiers,  ébénistes utilisent dès le XVe siècle des peaux de chien de mer (dogfish en anglais) comme du papier de verre, pour polir le bois. Les relations économiques entre l'Asie et l'Europe se développant, les marchandises circulaient plus aisément et l'importation de peaux de poissons augmenta.
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Monsieur Galluchat
Au XVIIIe siècle, monsieur Jean- Claude Galluchat était maître gainier au service du roi Louis XV et surtout à celui de sa favorite la marquise de Pompadour. La renommée de cette cliente prestigieuse fut un des atouts qui firent le succès du galuchat et la gloire de monsieur Galluchat. Il fut l'un des premiers occidentaux à utiliser des peaux de poissons  dans un but décoratif. Il  "habillait" toutes sortes d'objets et de petits meubles. Des morceaux de peaux étaient plaquées sur un support rigide (bois, métal, porcelaine) La noblesse éprise alors de nouveautés et d'exotisme octroya ses lettres de noblesse à ces créations. Pour être à la mode, il fallait posséder une tabatière, un étuis, une boite, un meuble gainé en galuchat.
La peau de chien.
Au XVIIe siècle, les charpentiers européens se servaient de ce matériau comme abrasif à la place du papier de verre.  C'est avec la peau de roussette que l'on obtenait le plus communément cet article. Or la roussette était aussi surnommée chien de mer. De là on désigna ce produit peau de chien. Pour la petite histoire et pour satisfaire votre curiosité, sortons un peu nous promener dans le quartier de la Bastille à Paris.
 Il était une jeune fille nommée Nini, qui vivait et travaillait dans ce coin populaire de la capitale, le faubourg saint Antoine bastion des ébénistes, jusqu'à la fin du XXe siècle. Elle vendait des peaux de chien, rudes et granuleuses à souhait, aux  artisans du quartier.  De fait elle eut comme surnom nini peau de chien. Elle serait restée dans l'ombre du faubourg si monsieur Aristide Bruant ne l'avait mise en chanson. Tout s'explique.


une fois tannée la peau est quasiment aussi souple qu'un cuir de vache mais elle a perdu une grande partie de sa surface initiale.


La technique.
Monsieur Galluchat avait mis au point une technique de préparation et de teinture de ces peaux "rustiques" pour une utilisation en gainerie. Son mérite fut de trouver la manière d'adoucir et de mettre en couleur les peaux de roussettes.
C'est en hommage à cet homme que les peaux de chien furent baptisées Galuchat, perdant au passage le double L mais gagnant en élégance.
La carrière
Après le succès commercial qu'il connut au XVIIIe siècle, le galuchat sombra dans l'oubli. La noblesse qui était le premier client ayant tout intéret à se faire oublier au moment de la révolution, la demande se fit rare puis disparut.
Ce sont des décorateurs et des ébenistes tels Paul Iribe et  Jacques Emile Ruhlmann qui, dans les années 30, redécouvrirent ce magnifique produit de la mer. La gamme de couleurs était restreinte, on utilisa du galuchat vert pâle et ivoire. Non pas par difficulté technique, mais parce que l'alliance de ces couleurs avec les bois précieux employé à l'époque semblait judicieuse. Ce vert était particulier car les gainiers prenaient soin d'appliquer sur les objets ou les meubles une feuille de papier préalablement trempée dans une solution d'acétate de cuivre (vert de gris) qui communique ce ton si particulier au galuchat de cette époque. Il est possible de moduler la surface de la peau. Parfois sous les doigts on sent les aspérités irrégulières, parfois tout est absolument lisse. Cela dépend du but recherché. En ameublement le relief est généralement atténué, alors qu'en maroquinerie c'est l'effet inverse qui est recherché.

 Une fois encore, comme la mode se démode, l'usage du galuchat déclina pour quelques décennies. Dans les années 80, le galuchat fit une grande carrière en maroquinerie. Aujourd'hui, on trouve encore des peaux de raies chez De Gilles par exemple. Elles sont utilisées avec parcimonie, car leur prix est élevé, et leur taille réduite ne peut convenir que pour gainer de petits objets ou fabriquer  de la petite maroquinerie ou des incrustations dans des vêtements en cuir ou en daim comme le fait Susan Waller Maurau (SWM).




Le galuchat aujourd'hui
Passons aux articles magnifiques réalisés en galuchat. Si vous n'avez jamais vu de près une peau de raie par exemple, c'est tout-à-fait étonnant. C'est un curieux mélange cuir et ivoire. Le cuir, puisque c'est une partie de la peau, l'épiderme. Il se travaille comme tel avec une machine à coudre, du fil et le matériel classique nécessaire aux maroquiniers. La partie centrale en relief, semblable à de l'ivoire, en fait sa spécificité. On la meule, la ponce, la polie. C'est alors un autre métier et les ouvriers qui fabriquent des articles en ou avec du galuchat sont face à un travail très complexe. C'est deux en un : mi cuir mi ivoire , mi sidérurgiste mi maroquinier.


Qu'il s'agissent de boitiers, de portefeuilles ou encore de bracelets montre ou de petits sacs,  c'est toujours la partie centrale de la peau, celle qui est reliéfée, qui est la plus recherchée. On peut fabriquer plusieurs articles avec une peau, mais il n'y aura qu'un seul produit qui possédera cette"perle". Le reste de la peau n'est que chutes récupérées mais moins interessantes visuelement.


Pour avoir une idée de la taille d'une peau moyenne
Il  en existe de plus petites  et de plus grandes.

Vous trouverez rarement des peaux de galuchat non transformées, par contre, les chinois et les thailandais se sont spécialisés dans  la petite maroquinerie en galuchat. Le marché européen n'est pas encore inondé mais en Thailande, ce sont des articles très courants et les prix sont très attractifs. Si vous êtes intéressés, si vous avez un choix à faire, n'hésitez pas, optez pour l'article qui met en valeur l'arrête centrale de l'animal, la perle. Le motif doit être centré et entier. La gamme de couleurs est aujourd'hui importante ce qui ne facilite pas le choix.

 le grain central est reliéfé.
J'aime cette matière parce qu'elle est complexe. La dualité du galuchat est étonnante, le cuir est robuste, l'ivoire est d'une délicatesse incroyable. J'aime le galuchat parce j'ai plaisir à le faire découvrir, j'aime le galuchat parce qu'il prend des demi teintes, j'aime son aspect rude et son côté rafiné, j'aime le galuchat  c'est comme ça et j'espère que vous aussi vous aurez la chance de découvrir ce cadeau de la nature.
Cet article est extrait de l'ouvrage de Catherine kouliche Goldman "mémoire de tissus"