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dimanche 26 février 2012

UN MIRAGE SOYEUX : LA BLACK MUD SILK

  

soie gommée vendue au mètre dans la boutique De Gilles Tissus (156 rue de la roquette 75011 paris)




Soie gommée pour les uns, soie traitée à la boue pour les autres, hei jiao chou pour les autochtones, ce qui signifie noir gomme soie, ou encore liang chou, c'est à dire traitée avec du gambier, mais la black mud silk semble être le terme  international qui qualifie le mieux cet extraordinaire tissu.


La langue chinoise emploi des termes évocateurs pour qualifier un produit.  La subtilité de ce tissu se reflète dans  les expressions qui le caractérisent. En Chine, il y a de l'humain dans les fibres, on s'adresse à nos sens et à notre imagination plus qu'à notre raison. C'est pourquoi le Hei jao chou est  un tissu  sensuel, vivant, passionnant avec de multiples facettes.
 C'est un clin d'oeil à notre ouïe
"la soie chantante" parce qu'il bruisse à chaque mouvement du corps, un peu comme un papier que l'on froisserait. La main d'une soie gommée est proche d'un gazar ou d'un organza double, il y a du craquant.
Il titille  notre odorat
"Une toile de soie aux nuages parfumés" On sent encore la terre et les plantes (en faisant cependant un effort d'imagination). Le tissu flotte presque dans l'air tant il est léger et puis remarquons  l'existence étroite avec des notions picturales ; ne retrouve t on pas dans la peinture chinoise  les nuages, la brume, la nature?
Il trompe notre vue
Ce tissu bi-colore faussement cuir, faussement soie mais tellement cuir et tellement soie

Je l'ai découvert  il y a une vingtaine d'années, un peu par hasard et beaucoup par passion. En cherchant, il me semble qu'on finit toujours par trouver, mais on ne sait jamais quoi, ni quelle va être notre prochaine découverte, c'est cette aventure textile là qui me plaît. J'avais entendu parler de cette étoffe par une cliente qui revenait de Chine, mais la documentation relative à ce sujet était bien mince à cette époque.
Ma curiosité m'incita à fouiller les archives dans les bibliothèques, puis Google me permis de continuer mes recherches en m'épargnant les nombreux déplacements, mais finalement un séjour en Chine s'imposa à moi. Et chiner en Chine c'est un plaisir inouï, c'est un régal, même si la langue est parfois une barrière plus difficile à franchir que les frontières.
Mon obstination fut récompensée lorsque je mis la main sur un tout petit stock de black mud silk. Parce que même dans le pays d'origine ce tissu est quasiment inconnu du grand public.

Mais de quoi s'agit il ?
Il y a plus de 200 ans, les paysans du sud de la Chine ont inventé la soie gommée. Ils ont constaté que les vêtements taillés dans cette étoffe étaient imperméables et aérés qualités qui leur permettaient d’affronter le climat subtropical de cette région. L’humidité et la chaleur étaient domptées, rendant ainsi le travail dans les champs un peu moins pénible.
tunique chinoise du XIXe siècle achetée chez un antiquaire à Singapour il y a quelques années
Elle a longtemps été exposée à la boutique, je m'étais habituée  à sa présence , et les clients aussi. Mais voila dans la nuit du 30 novembre au 1 décembre, la boutique à été cambriolée, et malheureusement ce vêtement a fait partie du butin.  Sa valeur marchande est sans commune mesure avec la valeur sentimentale que je lui accordais. Enfin il me reste cette photo et les souvenirs


Ce trésor né à la campagne allait conquérir les villes, et plus encore car il passera les portes du palais impérial, accueilli sans restriction dans la cité interdite... Curieuse destinée pour cette création populaire qui  fut adoptée à la cour impériale. Les nobles citadins réalisèrent tout le potentiel caché au fond de cette merveille et l'adoptèrent sans restriction. La soie gommée fut dès lors adoptée par la classe dirigeante;

Après une éclipse due à la révolution qui privilégia la grossière toile de  coton bleu à tout autre textile, la soie gommée sera redécouverte, mais ce n'est pas en Chine qu'elle retrouvera tout son éclat. Les occidentaux et surtout les japonais  tentèrent de l’apprivoiser sinon de la fabriquer. Ainsi de temps en temps, dans les défilés Haute Couture, sur les podium européens on peut apercevoir quelques modèles en soie gommée.

Mais les aléas de la production artisanale étroitement liée aux caprices climatiques nuisent à un approvisionnement régulier. Il faut ajouter le prix élevé de ce produit et on comprend mieux pourquoi les industriels du vêtement ne peuvent utiliser la black mud silk pour une fabrication à grande échelle. On l'utilise avec parcimonie dans l'industrie textile du fait de son tarif exorbitant ; des ceintures, des finitions, des cols, des produits de petite taille.
La black mud silk demeure un produit rare, un produit d'exception qui vit à l'écart de la mondialisation et c’est tant mieux pour tous les amoureux des tissus.  

Les secrets d’une fabrication ancestrale : 

C'est un tissu on ne peut plus écologique : la nature offre la soie, le soleil, la rosée, la lune, l'herbe, l'oxygène et l'homme son savoir faire. 


soie1.jpg
De mai à octobre, on prépare en hachant finement du suc de tubercule de gambier (racine tinctoriale). Cette préparation va macérer dans des bacs de terre argileuse. Ensuite, des lés de soie blanche sont trempés dans cette mixture, puis étalées dans les champs, sur l’herbe. La rosée matinale et les rayons du soleil vont peu à peu fixer la teinture. Les opérations bain/séchage sont répétées une trentaine de  fois ; il en résulte une étoffe brune.

La magie de ce trompe l'œil, c'est une teinture et une enduction.

A l’aube, l’étoffe est déployée sur l’herbe le long d’une rivière unique en son genre. Du fond, on extrait de la boue ferrugineuse qui sera étalée sur une face de la soie. En séchant sous les rayons du soleil, une fine pellicule luisante vernie, marron très foncé, recouvre la soie. Un dernier rinçage dans l’eau de la rivière termine la teinture. Le secret réside aussi  dans la qualité de l’eau.
Il faut pour obtenir cette surface laquée un autre ingrédient : la boue ferrugineuse qui couvre le fond d'une rivière et qui va donner cet aspect cuir à une soie à l'origine souple, brillante et blanche. Une des faces du tissu est enduite de boue. Après une nuit avec pleine lune, chaleur et humidité, la boue est sèche et le tissu est rincé à l'eau pure de la rivière. Le tissu est maintenant bicolore, une face demeure brun clair et mate, et l'autre marron très très foncé, brillante et imperméable. Dernière étape un fois sec, le tissu est replié. Il est terminé ; enfin!

Le tissu est alors semblable a du papier laqué avec une face marron/noir et une face couleur terre. Et la magie continue. Du papier, on passe au cuir. C'est un mirage car pas un instant on imagine qu'il s'agit d'une étoffe et pourtant, sous cette cuirasse, se cache une soie pas si fragile que ça.
  
 Ce tissu va vivre, se transformer, se rider, se patiner, se cuirasser (?) si ce mot n'existe pas, il faudrait l'inventer pour ce tissu. 
l'aspect de ma chemise a bien changé après une dizaine de lavages. La patine est superbe


La soie gommée a traversé les ans sans faillir à sa renommée. Elle est aujourd'hui le produit juste, celui qu'on imagine dans les rêves. Fabriquée sans polluer l’environnement, parce que en phase avec la nature, elle possède des qualités que seuls les tissus synthétiques semblaient pouvoir proposer. Légère, imperméable mais respirante.
Comme Janus ce tissus a deux visages. Si on dépasse le stade de la technique , on trouve la soie, matière premiere de la black mud silk. Alors sous un aspect rugueux, brut, boueux on découvre un produit luxueux, confortable, pratique, divinement agréable à porter, en symbiose absolue avec  notre peau, un écrin protecteur pour notre  corps. Alors qu'il se fasse trench -coat pour vous protéger de la  pluie  ou simple chemise pour vous protéger du soleil un vêtement en soie gommée  est un trésor que l'on a pas envie de partager. On se glisse dans une enveloppe délicate qui vous protège avec finesse des agressions extérieures, on se sent bien. Il ne sera jamais démodé car il n'aura jamais été à la mode. 
Les amateurs de belles matières sont admiratifs devant le résultat de ce travail. Curieusement lorsque je porte  ma chemise, les gens que je croise dans la rue ou le métro ont spontanément envie de toucher cette matière parce qu'ils n'en croient pas leurs yeux. Je trouve cela touchant, ce phénomène se produit également dans ma boutique ; les clients sont tentés et veulent toucher pour y croire.    .
Pour l’entretien, rien n’est plus simple : soit un lavage à la main, avec une eau tiède et du savon en paillettes, un peu de votre temps. Suivra un rinçage rapide. Ensuite suspendez votre vêtement ; il sèchera seul et rapidement.
Soit votre machine à laver possède un programme « fragile » c’est-à-dire cycle court et sans essorage.
Si un repassage s’avère nécessaire, soyez attentive : fer tiède et repassage sur la face mate.
Il faut surveiller les pliures, les parties où les tractions s'exercent et qui sont inévitables sur un vêtement ;  c'est à ces endroits que les risques de déchirures sont les plus fréquents.
Maintenant que vous savez tout ce qu’il faut savoir sur cette merveille.
Si vous êtes séduits par cette matière vous pourrez la découvrir dans ma boutique De Gilles Tissus  

mardi 21 février 2012

La layette aux oubliettes?

Ce que jadis on nommait layette était une réponse juste à une question qui ne se posait même pas.

A l'évidence c'était naturel, les premiers vêtements de bébé étaient fabriqués à la maison selon un rite immuable, tricotés ou cousus, brodés ou pas, en laine, en coton ou en chanvre. Les jeunes filles brodaient leur trousseau puis, une fois mariées, les futures mamans préparaient les premiers vêtements du bébé à venir parce qu'elles n'avaient pas le choix et que c'était une tradition. Les offres de produits finis étaient rares.
Savez-vous que ce terme aujourd'hui désuet fut pour quelques générations de jeunes femmes une occupation quasi obligatoire ? En effet, les travaux d'aiguilles étaient une occupation féminine alors qu'on ne parlait pas encore de loisirs. Bien des jeunes filles se sont, bon gré mal gré, adonnées à la couture ou au tricot ; c'était dans l'ordre des choses. Aujourd'hui, le choix est possible entre le fait main maison ou la fabrication industrielle.
La société a changé, les femmes travaillent, le temps et parfois le savoir faire manquent pour réaliser un trousseau maison. Par acquis de conscience ou par plaisir  les grands mère sont mises à contribution pour  tricoter une ou deux brassières, des petits chaussons, mais cela reste toujours très confidentiel.

Le commerce à également évolué depuis le début de l'ère industrielle, en facilitant les achats et en proposant des offres sont presque trop abondantes. On assiste à des phénomènes nouveaux : la naissance des grands magasins, le développement des grandes surfaces, la vente par correspondance et le dernier venu mais non le moindre : le e-commerce.
Le mode de vie des adultes et des nourrissons s'est de toute évidence modifié, amélioré sans doute, car influencé par la facilité de s'approvisionner en produits manufacturés.
La profusion de marchandises a tendance à uniformiser les gammes de produits et à réduire le vocabulaire quotidien. Voilà peut être ce qui pourrait expliquer la disparition d'un grand nombre de locutions.
Si nous en revenons à notre sujet, le mot layette n'est quasiment plus utilisé. Le rayon layette dans nos boutique est remplacé par premier âge, puériculture, naissance. Et là vous trouverez tout, et de tout, surtout du superflu, du luxe, des articles cadeaux. Les marques de luxe ont depuis le milieu du XXe siècle créé une ligne pour enfants. Le succès est au rendez-vous. Baby Dior en est un exemple, certaines marques comme Tartine et Chocolat, ou encore  Bonpoint ont acquis une reconnaissance dans ce domaine du haut de gamme en ne fabriquent que pour les enfants. Les corners qui leurs sont accordés dans les grands magasins prouvent qu'ils répondent à une demande. Cependant, on peut regretter de trouver des modèles comme maman ou papa, de matières outrageusement inadaptées au nourrisson qui vont du cachemire au polyester, en passant par la soie, transformant alors le nouveau né en une poupée de mode que l'on exhibe devant un public ébloui. En fait, une toute petite place est laissée aux articles nécessaires et adaptés aux premiers mois de bébé. Vous trouverez essentiellement du superflu, de quoi transformer votre enfant en star, en top modèle, mais pour le quotidien l'offre est moindre.  Il faut chercher dans les rayons ou sur le net les articles simplement simples, faciles à laver,  à enfiler, les couches en coton, les bavoirs pratiques sans dentelle, broderie  ou velcro pour l'attacher.

Si le mot layette n'est plus qu'un souvenir, il a une histoire.
L'étymologie renvoie à la langue flamande dans laquelle le terme laede, laye, désignait une petite caisse ou  le tiroir d'une armoire, la terminaison en ette indique la petite taille. Jadis, la jeune fille préparait son trousseau puis, future maman, elle préparait la layette. Les vêtements, draps, bavoirs, tricotés, cousus ou brodés étaient rangés dans un tiroir. Le sens du mot à évolué et, de petit tiroir, le mot layette a désigné son contenu puis le trousseau de bébé.
Aujourd'hui, ce tiroir rempli de layette à disparu. Il est remplacé par le kit naissance recommandé par les maternités. Une petite valise ou une simple boite contenant les premiers habits de bébé. C'est moins romantique mais tellement plus pratique, c'est du prêt-à-porter premier âge. Cependant, puisque quelqu'un d'autre le fait pour les mamans, autant s'assurer de la qualité des produits.
Jadis, les jeunes filles préparaient leur trousseau en brodant le linge de maison. Puis, les futures mamans se devaient de coudre ou de tricoter la layette pour l'enfant à naître. Et puis, devenues grand mères, elles continuaient les travaux d'aiguilles en tricotant de la layette pour leurs petits-enfants.

A suivre l'origine du bloomer


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dimanche 19 février 2012

LES TISSUS INTELLIGENTS UNE NOUVEAUTE? PAS VRAIMENT!


Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, peut être ignorez-vous  que  vous utilisez un tissu naturellement intelligent.
 Imaginez une fibre :
 - qui s'adapterait partout, à  presque tous les climats
- qui pousserait sur toute sorte de terrain
- qui  ne nécessiterait pas d'engrais
- qui ne réclamerait aucun pesticide
- qui serait peu gourmande en eau
- qui aurait une croissance rapide
- qui offrirait un tissu naturellement bio
- qui serait naturellement imputrescible ( c'est pourquoi  sur les navires on utilise des cordages en chanvre )
- qui, filée et tissée, devient un tissu qui protège des UV
- qui aurait de multiples applications : avec la filasse on obtient des fibres textiles,  des graines on obtient de l'huile,  les déchets sont utilisés comme  isolant thermique dans le bâtiment.

Un miracle de la technique ? Des années de recherches ? Des micros capsules intégrées dans le fil ? Des fils d'argent ajoutées lors du tissage ? Des manipulations génétiques ? Des puces,? Des capteurs? Des apprêts ? Rien de tout cela. Je suis certaine que de nombreux industriels auraient aimé pouvoir inscrire cette création à leur palmarès, mais ils ont été devancés par dame nature qui nous offre ce trésor. 
La fibre qui concentre toutes ces qualités… c'est le chanvre textile ou cannabis sativa L.  C'est une plante dioïque (pied mâle et pied femelle) ce qui expliquerait peut être l'origine de ce drôle de nom : canna bis(?). Aujourd'hui pour faciliter sa culture, il existe des variétés monoïques (fleurs mâles et femelles sur un seul pied)

C'est de la tige que l'on extrait la filasse qui donnera la  fibre textile.
Cette fibre est cultivée, filée, tissée ou tricotée, depuis des siècles d'abord en Asie et en Orient puis en Occident.
Les plus beaux fils étaient réservés à la fabrication de draps et de vêtements, les autres étaient utilisés pour la confection de sac ou de linge plus grossiers.

Allez savoir pourquoi ce produit ne fait plus recette : trop ou pas assez vintage, image désuette, trop cher, trop rare... Ce que l'on peut constater c'est qu'il ne fait pas révêr comme son cousin le cannabis indica, cette herbe psychotrope interdite de culture et de consommation. Cette homonymie est certainement à l'origine de la désaffection du chanvre textile et uniquement textile, en tout cas elle a mis fin à son exploitation industrielle  par une loi dans notre pays.
Un jour, le créateurs, les stylistes, les fabricants, redécouvriront les atouts du chanvre textile et mettront alors tout en oeuvre pour lancer une fibre révolutionnaire bourrée de bonnes intentions. Le succès aidant les chercheurs trouveront la formule chimique qui leur permettra de cloner le chanvre. Alors on verra dans les rayons des magasins des articles obtenus  à partir d'une nouvelle fibre chimique, issu de la dernière génération des tissus à l'intelligence artificielle programmée par l'homme, des ersatz de chanvre, qui possède toutes les qualités  du modèle de référence et plus encore. Mais vous, vous  serez  en mesure de saisir la subtilité de l'étiquetage et de choisir en connaissance de cause.
Nous sommes ici sur un marché en pleine mutation, et les nouveautés à peine sorties des laboratoires sont parfois encore à l'état de prototypes et les clients de cobayes. Mais l'homme va toujours de l'avant et c'est heureux, il continue à vouloir imiter, copier, cloner la nature avec le secret espoir de la dépasser et parfois il y réussit.

Une fibre historique oubliée

Le chanvre fut utilisé dès le néolithique. Au Moyen Age, Charlemagne fut à l'origine du développement de la culture du chanvre puis, au XVIIe siècle, Colbert donna une impulsion à sa production en créant la corderie royale de Rochefort pour répondre à la demande croissante de produits destinés à la marine.  L'importation de la matière première était désormais inutile et les cordages, sacs pour les marins, toiles pour les voiles des navires étaient confectionnés sur place.  
L'utilisation du chanvre pour la fabrication de  linge de maison, d’articles vestimentaires se développa également dans  les classes populaires. 
Le chanvre était un produit  courant en France et si la fibre textile semble oubliée, on retrouve sa trace dans des mots comme cannebière rue de Marseille, chènevis :graine de chanvre, chènevière lieu dit : champ de chanvre, canevas support de broderie...
Cette fibre fut détrônée au milieu du XXème siècle à cause de son homonymie avec le cannabis indica, par les fibres synthétiques comme le Nylon. Il serait juste de signaler que la pression du lobby pétrolier aux USA accéléra la production de fibres synthétiques au détriment des fibres naturelles.

Une fibre bio?
Le chanvre ne laisse pas de place aux autres, il étouffe lui même les mauvaises herbes ; c'est pourquoi sa culture ne nécessite aucun pesticide. 
Il draine et régénère la terre avec ses très longues racines, donc pas besoin d'engrais.
Il pousse presque tout seul, il ne demande que très peu d'eau, donc pas d'arrosage intensif comme pour le coton.
Il pousse rapidement : il parvient à maturité en trois mois. Selon les variétés les plants peuvent atteindre entre trois et cinq mètres
Il n'épuise pas le sol donc pas de jachère.
Sa culture est simple et naturelle.

Les secrets du chanvre
Ses propriétés sont presque trop belles pour être honnêtes et pourtant cette fibre possède naturellement des propriétés exceptionnelles :
- anti-bactérienne : le chanvre retarde le développement de certaines bactéries. Faites l'expérience avec des chaussettes en chanvre et en coton. Mettez durant deux jours une chaussette en coton sur un pied et une chaussette en chanvre sur l'autre pied. Constatez par vous-même… Si vous transpirez beaucoup et que vous portez des chaussures avec une doublure synthétique, les odeurs seront beaucoup plus intenses du côté coton. Ce sont les bactéries qui sont à l'origine de ces mauvaises odeurs.

- le transfert thermique est une des grandes qualités du chanvre : la fibre absorbe très rapidement l'humidité ambiante et la rejette tout aussi vite. C'est pourquoi les vêtements en chanvre sont confortables. L'été au frais, l'hiver au chaud. J'ai essayé et je confirme. Le must pour l'hiver c'est le mélange chanvre et poils de yack.  

- elle fait office de  barrière qui stoppe les rayonnements de tout genre grâce à la très grande densité des fibres fabrique : UV mais aussi les  rayons des écrans d'ordinateurs et autres appareils électriques.

- Facile à vivre au quotidien ? L'entretien un jeu d'enfant. Les tissus en chanvre se lavent sans problème et résistent au fer à repasser, même chaud.

-elle est anallergique. Le contact d'un tissu en chanvre avec la peau ne provoque aucune allergie. Je conseille aux personnes ayant une peau fragile de porter des sous-vêtements en chanvre. Il existe des T-shirt, des chaussettes, des slips ou des culottes dans les magasins spécialisés en produits  issus de l'agriculture biologique. 
Le problème pour les chemises, pantalons et autres vestes réside principalement dans la coupe et la gamme de couleurs restreinte et peu flatteuses. Il s'agit plus de "sacs à patates » taillés pour des géants" que de vêtements élégants. Il ne vous reste qu'à acheter le tissu, chez De Gilles bien entendu, et de sortir la machine à coudre.

J'espère  que cette démonstration est largement est suffisante pour vous convaincre d'une chose :  les tissus "intelligents" ne sont pas uniquement l'apanage des scientifiques mais aussi de la nature.
 Depuis des siècles l'homme utilise des fibres textiles naturellement "techniques" comme le chanvre, le coton, la laine ou la soie. Et depuis à peine deux siècles les hommes tentent avec succès de les imiter. Alors info ou intox les  nouveaux tissus intelligents? Je vous laisse juge. Il faut savoir démêler le vrai du faux. En fait ce sont les hommes du  marketing les plus intelligents. Vendre un concept, une idée, une image à des clients  béats d'admiration, c'est jouer sur du velours. La véritable révolution c'est d'avoir réussi à cloner chimiquement les tissus naturels  et d'avoir dopé leur intelligence.

Quel avenir pour une fibre oubliée
La filière chanvre semble frémir, le retour de la demande des tissus écologiques, bios, naturels est perceptible. Le chanvre va peut-être retrouver la place qu'il mérite dans la mode. Réservez lui un espace de choix dans votre garde-robe.

Une consommation intelligente
Pour une fois q'un trésor est à notre portée sachons le reconnaître. Un produit non polluant, bon marché, qui pourrait être cultivé et tissé et transformé en France, pourquoi nous en priver ? Charlemagne et Colbert avaient compris l'importance de l'enjeu. Pourquoi ne pas reprendre cette direction?  Pour le moment c'est l'artisanat qui relève le défit du chanvre, car  la production française n'est pas suffisante pour alimenter l'industrie textile. De cette pénurie de matière première  il résulte des importations de chanvre  des pays de l'Est via l'Allemagne ou la Belgique.  C'est en partie ce qui explique le prix élevé du tissu. Pour redonner vigueur à cette filière réclamons haut et fort aux industriels des articles en chanvre. 
Nous voulons des vêtements en chanvre! Nous voulons des vêtements en chanvre!

A suivre d'autres tissus naturellement intelligents

mercredi 8 février 2012


Les dickats de la mode dès le berceau?

Les vêtements pour bébés sont craquants, trognolets, mignons, jolis, drôles, délicieux, ravissants et plus encore. Bref, ils font tourner la tête aux adultes qui auraient envie de tout acheter, surtout au moment des soldes. Mais si l'on prend le temps de réfléchir, nous sommes là face à un achat dicté par le plaisir ou par la nécessité ? Durant les premiers mois de la vie, les préoccupations d'un nourrisson ne sont pas d'ordre esthétique, c'est l'œil de l'adulte qui déforme la réalité, laissant la passion primer sur la raison.

Le trousseau de naissance

Le nécessaire 
D'un côté, il y a le trousseau utile et même nécessaire pour les premiers jours du nourrisson. Coffret de naissance ou liste fournie par les maternités, tout y est. On peut affiner, mais le principe demeure, simple et fonctionnel. C'est le rôle des parents, voire des grands-parents d'être vigilants quant au choix des articles dans le but du bien-être de l'enfant.

Le superflu 
De l'autre côté, il y a le superflu. Il s'agit avant tout de cadeaux de naissance que font les amis, les parents, les copains, enfin les adultes. Il faut avoir vécu ces instants dans les rayons puériculture pour pour comprendre combien nous sommes faibles devant cette abondance d'articles dont nous ne soupçonnions pas l'existence quelques heures auparavant. Tout est tentant, j'avais l'impression de me goinfrer de friandises oubliant un moment mes bonnes résolutions du nouvel an. Quel plaisir de choisir parmi les peluches plus douces les unes que les autres, d'imaginer le bébé dans ces habits si délicieusement imprimés.

Quand l'affectif prime sur la raison 
Dans ces moments, juste ou juste après la naissance c'est avec nos sentiments, nos souvenirs, notre désir de bonheur que nous idéalisons les produits. Notre comportement de client est affecté voir déstabilisé par l'arrivée d'un nouveau membre dans la famille. Pour beaucoup il y a une transformation dans la façon d'acheter, et nous devenons des acheteurs compulsifs. Des adultes lâchés dans le rayon puériculture d'un grand magasin sont comme des enfants dans une boutique de bonbons, la gourmandise les guide. Mais attention à l'indigestion. Le remède? Le temps et  le porte- feuille!   . 

La fonction ou l'esthétique ? Et si nous voulions les deux.
Manipuler de minuscules chaussons, caresser des couvertures mœlleuses et douces, tenter de boutonner un dors bien premier âge, ce sont là des relations étonnantes avec les produits, et on se perd dans les conjectures, on imagine le bambin dans ces sublimes gigoteuses d'un blanc immaculé… Qui dans ces conditions irait chercher la composition du tissu ? Qui s'occuperait de savoir en quelle matière est la doublure, si les coutures ne sont pas trop épaisses ? Le côté pratique est occulté parce que ce n'est pas ce qui est recherché, c'est dommage!

Un consommateur averti en vaut deux 
Dans l'idéal, les boutiques spécialisées dans les articles de la petite enfance devraient être des lieux de calme et de joie parce que la maternité, c'est la plénitude. Lits blancs avec ou sans voile, paniers en osier avec volants de dentelle anglaise, poussettes, portes bébé, tapis d'éveil, peluches et autres jouets, nous sommes dans un cocon où tout est  rêve de douceur et me voilà titillée par les réminiscences de l'enfance, de la mienne et de celle de mes enfants. Un ours par ci, un bavoir brodé par là ; comme j'avais oublié  le monde enchanté des nouveaux nés… Toujours dans un monde idéal, on aimerait que l'on nous propose des produits de qualité, des matières naturelles, des articles simples et fonctionnels. Malheureusement, les fabricants profitent de ces moments où le client est  heureux, influençable. Trop souvent, le consommateur occasionnel est naïf et incompétent en matière de puériculture. Il devient alors une proie facile. Les produits qui lui sont proposés utilisent  des matières peu compatibles avec le bien être du nourrisson, les vêtements ont des formes inadaptées à la petite enfance mais, qu'importe le flacon pourvue qu'on ait l'ivresse… Les fabricants ont bien compris, maintenant c'est à vous,  consommateurs,  de changer les règles du jeu.  

Satisfaire les besoins vestimentaires  du nouveau né 
Les besoins de bébé en matière de garde robe sont élémentaires et simples. Le choix consiste à trouver des articles confortables, qui protègent du froid ou de la chaleur. Ensuite, vient le superflu. C'est à ce moment que tout ce complique, car on confond tout. Si les effets de la mode sont perceptibles, jusque dans les rayons layette, c'est surtout pour le plaisir des adultes.  Si le vêtement devient plus qu'une simple protection et se transforme en parure, s'il devient un objet de séduction, sachez que pour le nourrisson, le confort doit demeurer l'essentiel pour les parents c'est il doit être fonctionnel. La mode, la pudeur, la séduction à trois mois, je n'y crois pas ; et vous ? Je pense que bébé aura bien le temps de suivre la mode et ses diktats, s'il le désire.
À suivre, des conseils d'achats et des petites histoires de layette.

mercredi 1 février 2012

Barbour or not Barbour?

Vous connaissez certainement cette ligne de vêtements sportswear, caractérisée par l'utilisation d'un tissu  épais et luisant, au toucher gras. Vestes, gilets, blousons, cache-poussière, généralement en brun ou vert foncé pour la gamme classique, jaune, rouge ou bleu pour les nouvelles collections. Des modèles avec une multitude de poches, des doublures matelassées en coton gratté quadrillé, un col en velours côtelé plus doux, moins rêche, donc d'un contact plus agréable. Lorsqu'il est relevé le col est en contact avec le cou et le visage. Certains éléments reviennent systématiquement dans les nouveaux modèles, ils sont les traces de l'histoire du Barbour : la patte de boutonnage cache les boutons afin d'éviter que les fils ou les hameçons des lignes ne puissent s'accrocher, les poches intérieures sont destinées à protéger les objets ou les papiers de la pluie ; les pattes de serrage sur le bas des manches empêchent le vent de rentrer. Les poches servent à stocker les cartouches. Ces spécificités font partie du concept de départ et répondent à une utilisation particulière des vêtements : imperméables, chauds et quasiment indestructibles si l'on connaît le mode d'emploi. Les non initiés utilisent le mot barbour, pour désigner des articles en coton huilé.

Mais saviez-vous que Barbour est nom propre, et une marque déposée ?
Derrière ce nom il y a une famille et une société la Barbour Sons and Cie installée à South Shield en Grande Bretagne. Si le procédé de fabrication n'est pas un secret, c'est un homme et une société qui sont  à l'origine du succès mondial de cet article.
Son succès est responsable en partie de la méprise. En effet, tout comme un réfrigérateur devient dans le langage courant un frigidaire, un stylo devient un bic, le polyamide devient du nylon, la veste en coton huilé est devenu un barbour. La concurrence est rude. Des vêtements en coton ou en lin huilé, on en trouve un peu partout dans le monde ; des marques se sont développées avec succès  en Australie, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Elles sont reconnues et recherchées pour leur qualité. Cependant, il convient de faire le tri car beaucoup d'autres marques ne proposent que des imitations, laissant parfois le but premier c'est-à-dire la solidité, la longévité et l'imperméabilité de côté. Attention ! Tout ce qui est huilé n'est pas automatiquement Barbour.

Les vêtements en coton ou en lin huilé ne sont pas une invention récente.  L'industrialisation a permis la production à grande échelle et le développement sur le marché international.

Déjà au 16 e siècle, la ville de Gênes en Italie s'était une spécialité textile : on y fabriquait  un tissu en laine et lin  réputé pour sa solidité. Utilisé pour les voiles des navires, pour les bâches, on y taillait aussi des vestes et des pantalons pour les marins. Cette toile de Gênes va connaître un incroyable succès en traversant l'Atlantique elle deviendra la célèbrissime toile de jeans.
 Les marins  pêcheurs, prirent l'habitude de récupérer des vieilles voiles en lin ou en coton imperméabilisées avec de l'huile de lin ou de la cire pour en faire des chemises, des vestes et des pantalons qui les protégeaient du froid et de l'humidité à moindre frais.
Mais restons en Grande Bretagne à la fin du XIXe siècle, les bateaux à vapeur commencent à remplacer les voiliers et, de fait, dans les villes portuaires, le stock de tissus destinés à la fabrication des voiles augmentait. C'est à cette époque que John Barbour, tailleur à New Castle, port important situé sur la Tyle, imagina une ligne de vêtements  de protection en utilisant la traditionnelle toile enduite. La nouveauté réside bien sûr dans la fabrication industrielle. Comme Lewis utilisa un stock invendu de toile pour tentes pour fabriquer des jeans, Barbour, vivant dans un port, avait la possibilité de trouver ces tissus en quantité et à bon prix puisque la demande pour les voiles de bateaux baissait considérablement. Lorsque les marins ne naviguaient plus, ils  devenaient souvent paysans ou pêcheurs et continuaient à porter ce type de vêtements, pratiques, chauds, imperméables. Ils furent les premiers clients de la société Barbour. Ensuite, dans les années 1930, les aristocrates trouvèrent ces vêtements tout-à-fait adaptés aux activités de plein air qu'ils pratiquaient, c'est- à-dire la chasse, la pêche, l'équitation et, plus tard, les premiers motards devinrent eux aussi des clients assidus pour ces vestes imperméables en coton huilé ou waxé, doublées de coton écossais. La demande ne cessa de s'accroître et le produit est aujourd'hui connu et vendu sur tous les continents. De nos jours, cette connotation artistocrate est oubliée et le Barbour est devenu un vêtement de protection utilisé pour les promenades au grand air, en forêt ou en mer. Il demeure un produit de luxe : il n'est qu'à voir les corner Barbour dans les grands magasins ou les boutiques Barbour pour s'en convaincre ; on pènêtre dans l'univers Barbour. Le prix est aussi une indication.  Sûr de la qualité de son produit, le fabricant garantit 5 ans l'imperméabilité de ses articles à condition de les utiliser à bon escient et de les entretenir comme il convient, à savoir : ne jamais mettre le vêtement en machine à laver mais le nettoyer à sec. Comme tous les tissus huilés, la veste conservera une odeur particulière et un toucher gras. Pour un usage intensif sous des pluies diluviennes, vous pourrez acheter ou commander chez Barbour le produit permettant de le réimperméabiliser vous même, ou bien le renvoyer à l'usine pour que l'opération soit réalisée sur place.
Contrairement au Loden l'usage de ces vêtements ne se justifie pas en ville, mais puisque tout se porte partout, pourquoi mettre une restriction?
Les vêtements sont coupés dans des tissus de différents poids et la gamme de couleurs restreinte des débuts vert, bordeaux, brun, noir s'est largement diversifiée. Concurrence oblige, la firme a du se résoudre à faire quelques concessions. C'est ainsi que la gamme s'est diversifiée  tout en conservant le concept de fonctionalité et une qualité identique pour séduire une clientèle plus jeune et plus féminine. Nécessité faisant loi, le vêtement qui fut un camouflage pour aider l'homme à se fondre dans la nature, s'est transformé en un vêtement multi-usages unisexe.
L'aspect d'un véritable Barbour est très particulier. Généralement, il atteint ses lettres de noblesse lorsqu'il est "usagé". Neuf, il a moins d'intérêt. Il se patine avec le temps. Comme une veste en Harris Tweed, un pull en cachemire 12 fils, un Barbour fait partie de la famille, de la vie quotidienne,  il se fait à votre façon de vivre, il accompagne de mieux en mieux vos mouvements, s'adapte à votre morphologie, se déforme pour mieux vous habiller. Il fera un bon bout de chemin avec vous, c'est le vôtre, il ne pourra pas vêtir une autre personne. C'est ça le bonus de ces merveilleux tissus, ils vieillissent avec nous, en même temps que nous, mais leurs rides sont acceptables.

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