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jeudi 26 avril 2012

Jodhpur, un pantalon de légende

Le souvenir de mon arrivée à à Jaïpur, de grandes frayeurs m'attendaient : traverser la rue fut un parcours du combattant :  les grandes artères envahies par les vaches sacrées


et lorsqu'enfin les voitures me laissaient quelques secondes pour traverser et admirer le palais des vents, c'était pour me retrouver en face d'un éléphant à qui son cornac laissait toute liberté pour  effrayer les touristes.  Quant à Udaïpur j'avais imaginé ce palais flottant sur le lac, mais jamais je n'aurais rêvé d'y dormir, et pourtant ce fut le cas. Nuit magique un bateau de marbre, des jardins suspendus, les clapotis de l'eau sous la fenêtre, et les reflets des éclairages électriques qui se mélangent avec la lumières des étoiles dans une eau sombre mais calme. Mais en ce qui me troubla le plus ce fut de me trouver à Jodhpur, parce que ce nom m'était familier sans   avoir le moins du monde une idée de ce que fut cette ville. Un nom cela ne suffit pas à transmettre une émotion. Et pourtant ce fut une quasi déception peut être une des seules de ce voyage fantastique, mais une déception toute relative car très peu de Jodhpur  à l'horizon,

 les femmes étaient belles drapées dans leur saris, et les hommes arboraient fièrement des turbans hauts en couleurs. J'avais fait des plans sur la comète, je voulais voir cette ville mythique comme je la pensais, mais j'ai découvert autre chose  une vraie ville, et là l'émotion fut difficile à contenir, j'avais en face de moi  un univers qui ne demandait qu'à montrer ses trésors à ceux qui se donnaient la peine de les chercher  ;  ce joyau  de l'architecture rajpute ,  Jodhpur la bleue,

Jodhpur la bleue
 

Le palais Umaid Bhawan  transformé en hotel
palais construit par Umaid Sing



Le luxe d'antan
Le salon des souvenirs
Des façades délabrées mais une athmosphère à nulle autre pareille

 Enfin et pour toujours Jodhpur sort de l'incognito et je fais le différence entre réalité et légende.  Parce que c'est à une légende ou plutôt à un quiproquo que   cette ville du Radjasthan doit cette  cette notoriété. Mais quel est le secret de cette célébrité mondiale? Ce ne sont pas ces magnificences d'un autre siècle qui ont fait la gloire de cette cité. Bien cachée au plus profond des maisons bleues en ruines on  décèle une beauté intérieure,  de la richesse des commerçants il ne reste que le souvenir et quelques façades en pierre travaillée comme une dentelle. Les ruelles bordées de façades, décrépies   ce sont les bribes d'une autre vie. Souvenir d'un des dernier  Maharadjah, un palais -hôtel ? En fait si ce nom est connu dans le monde entier c'est pour un  "pantalon" qui depuis la fin du XIXe siècle n'a cessé d'exister, tantôt à la mode, tantôt jugé ringard, mais  qui  perdure dans les pages glacées des magazines de modes et dans notre vocabulaire.  Le jodhpur  pantalon fonctionnel, pratique, confortable et intemporel voilà pourquoi Jodhpur  est sans conteste  l'élément par lequel le succès est arrivé ici...

Mais d'où vient il donc ce pantalon? Du plus profond des Indes, ce vêtement c'est transformé petit à petit, il s'est adapté à un mode de vie différent selon les continents et les époques.

Au début il y eu le breeches. Sorte de pyjama unisexe, ample sur les hanches et serré sur les jambes,  porté sous une longue chemise c'était le costume traditionnel à la cour moghole. A la fin du XIXe sicle  le Maradjah de Jodjuhr Pratap Sing  qui passait beaucoup de temps à cheval demanda à son tailleur de  trouver un moyen d'améliorer le confort et la durée de vie  de ces breeches. C'est ainsi qu'un empiècement de tissu fut cousu  de l'entre-jambe aux genoux afin de renforcer cette partie qui était en  contact avec le cheval. Du genoux à la cheville le pantalon était toujours serré afin d'éviter les plis dans les bottes.
Et le maharadja fut ravi de cette modification et il fit fabriquer tous ses breeches avec cette modification. L. Au début du XXe siècle, la ville comptait un grand nombre  de terrains de polo, et tous les joueurs de jodhpur adpotèrent cette modification du vêtement traditionnel.
C'est maintenant que nous entrons dans la légende. Une histoire qui pourrait être véridique, enfin qui mériterait de l'être car elle donne de l'étoffe à ce qui aurait pu rester un simple pantalon de sport.
C'est à l'occasion de son invitation  à Londres pour les célébrations du Jubilé de la reine Victoria que  le Maharadjah de Jodhpur  Pratap Sing baptisa involontairement ce pantalon.
 Le bateau qui transportait les malles de Pratap Sing vers Londres sombra,  et bien sûr les vêtements et bijoux avec. Afin de faire bonne figure  lors de la réception royale, il se rendit  à Savile row chez un tailleur digne de ce nom afin de faire dupliquer les vêtements qu'il portait. Lorsqu'un employé intrigué par la forme inhabituelle du vêtement lui demanda le nom de ce curieux pantalon, le Maharadjah cru qu'on lui demandait d'où il venait et il répondit Jodhpur. Et voilà! Le sors d en était jeté...Le jodhpur fit son entrée dans la légende de la mode par la grande porte  de Buckingham  palace.
Ce pantalon, fut par la suite adopté par l'armée britannique stationnée aux Indes. Mais son aventure ne  s'arrête pas là. Les occidentaux qui vivaient aux Indes, des britanniques majoritairement, se prirent d'amour pour le polo et bien sûr adoptèrent la tenue locale : jodhpur, bottes, et  polo....Lorsqu'ils rentrèrent en Europe,  ils firent du polo un sport quasi national et bien sûr l'un n'allant pas sans l'autre,  les britanniques, à cheval sur l'étiquette, imposèrent la tenue de polo rapportée de Jopdhur.  Des terrains de sport à la ville il fallut du temps et des "people" pour véhiculer ce jodhpur jusqu'au podiums des défilés de mode.
Rendons à César ce qui appartient à Gabrielle Chanel. Elle aimait détourner la mode masculine et ce fut un emprunt de plus à la garde robe de son ami Balsan. Elle n'appréciait guère la tenue féminine autorisée pour monter à cheval en amazone, alors pourquoi ne pas demander à un tailleur de copier ce modèle de pantalon qu' Etienne Balsan portait pour jouer au polo. Ainsi dit, aussitôt fait et l'on vit mademoiselle Chanel pas encore Coco, monter à cheval dans les environs de Royallieu en jodhpur.
Depuis on tourne et on détourne le jodhpur, il se  porte  plus ou moins ample sur les hanches,  

en coton avec boutons

en velours cotelé avec zip


ou  boutons au niveau des chevilles,  avec des bottes ou des ballerine,  l'hiver ou l'été, en ville ou à la campagne,  en coton ou en laine ... Il trouve sa place partout, c'est devenu un classique.

Voici  en quelques lignes le joli parcours  d'un vêtement qui eu sans doute une fée qui se pencha sur la machine à coudre d'un tailleur indien à la fin du XIXe siècle.

lundi 9 avril 2012

UN TISSU DE LEGENDE  : LE BYSSUS  

D'abord bissum puis busse et  enfin byssus mot emprunté au latin byssus qui désignait un  lin très fin, lui même emprunté à l'hébreu (byssus= bout) et à l'araméen bus.
Mais il y a une autre hypothèse plus concrète peut être qui serait la  corruption d'un mot grec signifiant barbe et qui désigne l'ensemble des filaments soyeux sécrétés par testacés des bivalves (animaux à coquilles) Tissu de soie marine ou tissu de lin, l'un ou l'autre ou l'un et l'autre? "sorte de lin jaunâtre dont ils fabriquaient les plus riches étoffes" Littré

Le byssus un lin incroyablement fin.
S'il est une étoffe historique c'est bien le byssus, déjà présente dans la bible : "ton costume était de byssus, de soie et de broderies…" (Ezechiel chapitre 16- verset 13).
En Egypte ce tissu obtenu à partir de fil de lin très fin était utilisé pour envelopper la tête des momies. Le lin de la vallée du Nil,  donna le byssus alexandrin.   La spécificité de ce tissu était sa finesse, sa quasi transparence, qui en faisait un tissu d'exception même  3 000 ans avant Jésus Christ. 

Aujourd'hui il n'existe plus de véritable byssus, c'est à dire un tissu réalisé en fils de lin extrêmement fins, car plus personne n'est capable de filer de la sorte aujourd'hui, et les machines si promptes habituellement à remplacer l'homme,  ne sont pas encore capable de produire un fil aussi fin.
Le pourront elles un jour ? La question ne se pose pas en ces termes , mais plutôt est il nécessaire de fabriquer une machine capable de produire un fil de lin si fin? Si le marché potentiel existe pourquoi pas, sinon  imaginons ce que fut cette Xe merveille du monde. 
Ce fil de lin fin  était autrefois filé  artisanalement, dans les pièces humides et sombres afin  justement obtenir plus de finesse. Ce produit  était la fierté de la région de Valenciennes, et sa richesse aussi puisqu'il était utilisé par les dentellières de la région, mais les conditions de travail des ouvrières étaient extrêmement pénibles. Mais aujourd'hui si la fabrication des dentelles du nord est entrée dans les musées c'est que la tradition ne se perpétue plus faute de fil et de main d'oeuvre.


Le byssus une soie marine
Au XIX e siècle, le terme byssus est employé en botanique par l'intermédiaire du latin scientifique byssus, utilisé par Linné en raison de l'analogie entre les fils de lin fin et les filament de certains cryptogrammes formant des moisissures. Ce même terme fut repris en zoologie vers 1810 pour désigner les filaments soyeux sécrétés par une glande située dans le pied de certains lamellibranches (mollusques  bivalves) telle "pinna" marine et qui leur sert à se fixer sur un rocher c'est 'origine de la soie marine  


Le byssus a donc une double identité : végétale /animale.
Au XIX e siècle,  une industrie locale sicilienne prospéra autour du byssus. La pinna sorte de coquillage que l'on trouvait encore en grand nombre en Méditerranée au siècle dernier possède la faculté de filer une soie solide . Cet animal ne file pas vraiment comme la chenille du bombyx du mûrier, mais elle retire une sorte de pâte d'une fente située dans sa langue. Le byssus est en fait une   touffe composée d'une très grand nombre de fils extrêmement fins. Cette substance sert d'amarres à l'animal qui se fixe sur un corps étranger. Malgré et à cause de sa finesse, le byssus de la pinna devint une matière première  très recherchée pour la filature. Une industrie naquit  en Sicile et devint un important commerce.
Cet artisanat réclamait savoir faire et patience. Les opérations telles qu'elles sont décrites dans un manuel de filature  de 1914 résument à elles seules la difficulté de récolte et surtout la difficulté du filage.
La pinna se retirait de la Méditerranée à une profondeur variant entre 6 et 9 mètres  Les fils constituant la touffe étaient parfois si résistants que de grands efforts étaient nécessaires pour détacher l'animal de son lieu d'attache. On se servait d'une sorte de grande fourche à dents ou crampon. Cette masse fibreuse ou "lana pinnae" était séparée du coquillage et lavée à l'eau savonneuse. Ensuite elle était séchée à l'ombre et l'on coupait les radicelles endommagées ou inutiles. Le  triage et peignage étaient les opérations suivantes. D'abord un premier démêlage s'effectuait avec un peigne à larges dents, suivit d'un peignage avec un peigne plus fin. Pour 500g de fils bruts on obtient  environ 150 g de fils fins filables. La filature réalisée au fuseau était une opération délicate étant donné la finesse de la fibre .
Le fil obtenu était lavé dans une eau citronnée, frotté à la main avant d'être lustré au fer chaud. La couleur  se situe entre le jaune, le brun et le doré.
Le byssus permettait de fabriquer des accessoires de luxe : des gants, des châles, des chaussettes dont l'aspect très brillant et le toucher soyeux surent séduire une  certaine clientèle ?.
 On comprend aisément pourquoi le commerce de ce produit à périclité : micro production, et prix de revient excessif puisque tout devait se faire manuellement. 

La nature offre une quantité de matières qui selon les capacités humaines peuvent être filées et tissées
Ainsi  retira t on   un fil soyeux de la coquille des oeufs de la raie blanche (raja batis) et de la raie bouclée,  la soie de  l'araignée Nephila, de Madagascar produit un fil soyeux et solide plus difficile à travailler que celui du vers à soie car bien plus fin. 
Comparer à tout ceci  les innovations des hommes semblent parfois bien ternes, et de ce que nos ancêtres avaient entrevus et parfois exploités avec leurs faibles moyens nous ne savons pas tout, heureusement il nous reste les légendes .

jeudi 5 avril 2012

Un moyen de fermeture rapide comme l'Eclair


Aujourd'hui on ouvre son blouson d'un geste rapide et quasi automatique en tirant ou en baissant la languette d'un zip, mais ce geste est devenu tellement familier, que l'on ne se pose même pas la question de son invention. Qui? Quand? Pourquoi? Comment?
C'est une histoire jalonnée de hauts et de bas, qui a commencé au XIXe siècle aux USA, un pays où devait allait plus vite que dans notre vieille Europe.
 En 1880 aux Etats Unis l’idée du laçage des vêtements commence à lasser la population.  En effet ce type de fermeture pour les corsets des femmes ou le boutonnage des bottines des hommes font perdre beaucoup de temps quand ils ne réclament pas l'aide d'une âme charitable. Un homme Whitecomb Judson imagina un système de petits maillons métalliques à ergots et à encoches qu'un principe de glissière permettrait de réunir ou de séparer. La fermeture à glissière était en passe d'être inventée et de simplifier notre vie quotidienne. Judson déposa le  brevet en 1881. La première apparition publique de la fermeture à glissière eut lieu lors de l'exposition  de Chicago en 1883.  Mais seuls des prototypes furent proposés. Ces premiers modèles demandaient  quelques améliorations  afin de pouvoir être commecialisés. 
Un industriel Lewis Walker fut fort intéressé par cette nouveauté. Il  fonda avec l'initiateur du projet Judson une société d'exploitation du brevet. Les deux hommes crurent profondément au développement mondial de cet objet et créèrent" Universal Fastener Co" société de la fermeture universelle. Les premiers modèles furent réalisés à la main, mais il fallut ensuite imaginer une machine capable de les fabriquer afin de pouvoir exploiter industriellement le brevet. Mais les choses furent plus périlleuses que prévu et après un demi siècle de recherches, Judson abandonna. Pour éviter la ruine, son associé Walker persévéra. Il fit appel à un ingénieur suédois, un certain Gédéon Sunback pour tenter de fabriquer la machine qui ferait ces fermetures... Hélas, il ne réussit pas plus que les autres, dans les premières années. Ce n'est que vers 1913 qu'il mit au point une machine capable de produire des fermetures à glissières vendables. Mais les clients potentiels n'y crurent pas dans l'immédiat et la société perdit encore beaucoup d'argent. En 1921, la compagnie Goodrich lança des "snow boots" avec une fermeture à glissière à la place de boutons. Ces souliers étaient vendus sous la marque "Zipper" ; le succès fut immense et les clients ne tardèrent pas à nommer cette invention Zipper ou Zip.
En 1927, l'invention commença à rapporter de l'argent. Un tailleur de Brooklyn utilisa cette fermeture à glissière pour les ceintures à goussets des marins américains. L'armée américaine, convaincue du gain de temps de ce mode de fermeture l'adapta aux combinaisons des aviateurs.
La société Universal Fastener and Co devient la société Talon en 1928. La fabrication des fermetures Sundback avait été consentie à plusieurs sociétés étrangères. Ainsi en France, en 1924, la société "Fermeture Eclair" à Rouen  se développe rapidement.
En 1931, un tailleur "avant gardiste" utilisa la fermeture à glissière pour les vêtements civils.  La haute couture parisienne intégra cette invention dans ses collection, et Elsa Schiaparelli fut l’une des premières à  utiliser la fermeture Eclair sur l’un de ses modèles une robe, fermée du col à l'ourlet.
Depuis, le succès  de cette invention ne s'est pas démenti. Et si le système ne change pas, les modèles qui un temps cherchaient à se cacher vont se montrer et même parfois devenir décoratifs.