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vendredi 28 décembre 2012

FLORILEGE DES EXPRESSIONS POPULAIRES LIEES AUX VETEMENTS

Terminons cette fin d'années avec légèreté. Je vous propose de découvrir l'origine de quelques expressions de la langue françaises, liées  à l'univers textile.


ETRE DANS DE BEAUX DRAPS : antiphrase qui signifie le contraire de ce qu'elle suggère c'est à dire être dans de mauvais draps. L'expression  à l'origine était plus détaillée : dans de beaux draps blancs, c'est à dire propres mais il faut replacer cette expression dans le contexte d'une époque où le mot drap désignait une étoffe de laine, donc être dans de beaux draps ou dans de beaux vêtements coupés dans un drap de laine blanc ou bien porter de vieux vêtements défraichis et salis, plus encore se fourrer dans de drôles d'affaires. Ici affaires est à prendre avec le sens d'habits.

FAIRE LA NAVETTE : c'est imiter le mouvement de va et vient de la navette emportant le fil de trame à travers les fils de chaîne. Le mot navette vient de have ou nef, cet outil ayant une forme proche d'une barque , nef, ou navire. En fait de va et vient,  l'idée d'une suite d'aller et retour  serait plus cohérente.

DE FIL EN AIGUILLE: c'est un enchaînement de propos. Le fil passe dans le chas de l'aiguille, puis l'aiguille traverse le tissu , et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'ouvrage, un point en amenant un autre, petit à petit l'ouvrage avance.

DONNER DU FIL A RETORDRE : c'est une image technique qui consiste à donner une torsion à plusieurs brins dans le but de les solidariser pour obtenir un fil  solide. Obtenir un fil retors régulier manuellement était une opération délicate, c'est pourquoi donner du fil à retordre à quelqu'un c'est lui proposer un travail difficile ou lui causer bien des soucis. Aujourd'hui les machines remplacent l'homme pour cette tâche délicate. Mais il est des articles qui ont totalement disparus comme la dentelle de Valenciennes, car la machine aussi perfectionnée soit elle, ne parvient pas à fabriquer un fil aussi fin que les mains expertes des dentellières d'autrefois.
Parfois  ce sont les machines qui donnent du fil à retordre aux techniciens lorsqu'un incident vient stopper la chaîne de fabrication.

BATTRE A PLATE COUTURE : locution empruntée au vocabulaire des tailleurs d'autrefois. En effet les tissus étaient très épais et pour aplatir coutures et  ourlets  les ouvriers devaient batailler ferme en  utilisant une latte  pour battre le tissu  et rabattre les coutures. Vint ensuite le fer à repasser qui chauffé et lourd pouvaient aider à aplanir les épaisseurs de tissus. Puis vinrent les tissus fins qui ne nécessite pas vraiment d'effort de la part du tailleur pour aplatir les épaisseurs quasi inexistantes.
 Aujourd'hui cette expression signifie être largement battu, sans que le doute soit permis. C'est une défaite incontestable

EN DECOUDRE : c'est se battre, en venir aux mains. En terme de chasse à courre découdre est employé au sens de déchirer  par exemple le ventre d'un chien éventré par un cerf. Celui ci provoque  une blessure en long,  et découd le ventre de l'animal.  En découdre avec quelqu'un c'est l'empoigner au point de lui déchirer ses habits, donc de défaire les coutures.

FILER DOUX : action de dérouler lentement un fil afin de ne pas le rompre. Au sens figurer, ne pas faire de vague, obéir.
De l'image du déroulement sans accroc, vient le mot filature dans le sens de suivre quelqu'un sans être vu.

COUSU DE FIL BLANC : une couture bien visible peut être involontaire. Une piqure blanche sur une étoffe sombre se remarque. L'expression est utilisée pour démontrer combien l'évidence d'un récit. 

AVOIR QUELQU'UN  A SES TROUSSES :  c'est aussi avoir quelqu'un à ses basques ou dans ses jupes l'image est évidente , on s'attache, on s'agrippe, on se colle à vous... Mais la trousse c'est une autre histoire. Il s'agit d'une sorte de paquet de forme oblongue attaché sur la croupe du cheval, un peu comme les sacoches sur les vélos, c'est un bagage posé sur la selle. On disait en trousse ou en croupe et lorsqu'un cavalier en poursuivait un autre il se rapprochait de ses trousses... Evident maintenant non?

FILER UN MAUVAIS COTON : il est bien plus difficile de fabriquer un fil à partir d'un mauvais coton. Un coton ramassé trop tôt, ou trop tard, un coton mal conservé, un coton  trop humide, un coton aux fibres trop courtes.

COLLET MONTE : c'est encore une expression qui fait référence à une mode ancienne  et que l'on utilise encore tant elle est imagée
Au XVIIe siècle la silhouette des femmes étaient artificiellement guindée, car les cols étaient montants mais mainteneurs par une architecture intérieure, comme le seront les perruques au XVIIIe siècles. Ces cols empesés  sont la continuation des "fraises" mises à la mode au XVIe siècle et ils contribuent à un maintien de reine et à ce port royal que l'on retrouve sur les portraits de l'époque. L'expression ne prendra tout son sens qu'au XVIIe siècle pour désigner les femmes qui portaient encore cet accessoire d'un autre siècle, passé de mode. On imagine ces "duègnes" plutôt âgées, prudes,  ridages dans la tête comme dans la silhouette, dignes, et à cheval sur les principes. En  fait des personnes sur qui la mode du jour n'a que peu d'influence.

OPINER DU BONNET : au XVIIe siècle les docteurs, personnes érudites enseignants à la Sorbonne, donnaient leurs avis en levant leur bonnet, le vote à main levée viendra plus tard,  remplacer le  vote à bonnet levé.
Le mot opiner signifie donner son opinion, exprimer son avis. 

vendredi 21 décembre 2012

BILLET D 'HUMEUR : LE CACHEMIRE UNE CERTAINE IDEE DU LUXE

LA BANALISATION D'UNE FIBRE DE LUXE
Le cachemire, ce mois -ci, vous en trouverez partout, de toutes les couleurs, de toutes les formes, classiques ou fantaisies, à tous les prix et de qualités très variables. Toutes les marques surfent sur ce produit miracle, cadeau parfait pour les fêtes qui arrivent. Les clients potentiels se trouvent désarmés face à une profusion de produits; les fabricants   utilisent le mot Cachemire comme sésame pour booster les ventes.


SE PAYER LE LUXE D'UN CACHEMIRE, SE PAYER LA TETE DU CLIENT OU SE PAYER DE MOTS ?
 Offrez-vous un luxe abordable clament les publicités mais dans ce cas, est-ce toujours un luxe ?  Le luxe ne serait-il pas l'inaccessible étoile ? 
On peut démocratiser tout ce que l'on veut, le caviar, les voyages en avion, les croisières autour du monde, les blouses en soie, les chaussures à hauts talons et aux semelles rouges, mais ne vous leurrez pas, la qualité est en jeu. On peut assouvir un fantasme en le réalisant, on  peut aussi banaliser un objet industriel au point de lui ôter son âme. Mais on ne peut pas offrir du rêve sans contre partie. Or, le luxe est une part de rêve, et si ce n'est que du vent, le rêve s'efface comme les châteaux de sable sur la plage à marée montante.
Le mot démocratisé est employé à tort par les publicitaires ; est-ce plus vendeur ? Seuls les clients peuvent répondre. Les fabricants n'ont pas démocratisé le cachemire, ils ne l'ont pas rendu populaire au vrai sens du mot, mais ils l'ont dévalorisé. Il n'est pas question de luxe, de privilège, ce sont des mots, uniquement des mots, et cela ne suffit pas à combler le manque de qualité. Le cachemire est devenu un produit de consommation courante, un banal vêtement qui ira rejoindre les autres pulls, gilets, bonnets ou chaussettes de votre garde robe, et qui durera l'espace d'une saison.

UN OU DEUX CONSEILS
Vous ne vous tromperez pas en prenant un cachemire deux fils tricoté jauge 7, c'est-à-dire avec une maille aérée si c'est pour le porter un soir d'été lorsque brise se fait sentir.
Vous ne vous tromperez pas si vous choisissez un pull deux fils tricoté jauge 12, c'est-à-dire avec une maille plus dense, un article plus lourd, plus épais si c'est pour avoir chaud tout en étant élégante. 
Soyez un consommateur éclairé, averti, informé, et non un consommateur conditionné, calibré, dénaturé, influencé. C'est encore le meilleur moyen de ne pas  faire de mauvais choix.

 DES CONSEILS OU DES MISES EN GARDE ?
 La  sur-médiatisation de cette fibre plonge les consommateurs dans la confusion la plus totale. La surenchère d'informations devient inopérante. Comment savoir où est la vérité?
Les prix sont très attractifs, de plus en plus bas, tellement bon marché parfois que l'on peut se demander à juste titre s'il y a du cachemire autre part que sur l'étiquette. En consommateur averti, vous rechercherez  la composition. Dans le meilleur des cas, elle indique pur cachemire, peut être 100% cachemire, dans les cas les plus navrants, elle indique 5% de fibres de cachemire et 95% d'autres fibres. Le doute s'installe à la place du plaisir. Est-ce un bon achat, ne va-t-il pas boulocher trop vite, le prix est il justifié ? Toutes  les informations, tous les forums, toutes les unes des journaux ne se justifient que par les résultats d'enquêtes bâclées qui insistent sur les points les plus négatifs de ce commerce mondial. On sème le doute alors que le but serait de faire un portrait positif de ce produit. Faire confiance au fabricant, se fier aux conseils  des vendeurs,  profiter  pleinement de son achat.  L'idéal serait de bénéficier de toutes les qualités que l'on est en droit d'attendre de cette fibre de rêve.

L'INVESTISSEMENT TEMPS  
Qu'il soit  hors de prix, en solde, en promotion ou en fin de série, le cachemire demeure une fibre de luxe.
Le terme cachemire est associé dans notre esprit au facteur temps, ce qui différencie cette fibre des autres fibres naturelles.
En effet, c'est  l'investissement temps qui donne à cette fibre ce  plus qui ce concrétise par un prix élevé ; ce temps qui est précieux  dans notre civilisation occidentale au point de proclamer "le temps c'est de l'argent", valorise le produit. 

LE TEMPS DU VOYAGE
La chèvre cachemire nous renvoie l'image d'un animal  vivant à l'autre bout de notre monde, dans des territoires perdus à des hauteurs inaccessibles, dans des conditions climatiques sévères, inhospitalières pour l'homme. Le temps d'arriver sur place, le temps de revenir, cela contribue à donner au cachemire une étiquette : attention produit rare, lointain, exotique. 

LE TEMPS DE LA RECOLTE
Parce que la  récolte du duvet se fait dans des conditions difficiles  avec une main d'oeuvre  saisonnière qualifiée. Ce travail est effectué par l'homme ou plutôt la femme, car ce travail est celui des femmes, alors que le tissage est généralement le travail de l'homme.

LE TEMPS DU TRI
Parce que la  transformation de la matière première en fil de qualité implique une main d'œuvre humaine, un œil exercé et un savoir faire qui mérite le respect de celui qui porte cet article.

LE TEMPS DU FILAGE
La machine aide mais ne remplace pas l'intervention humaine. Même les italiens qui excellaient dans la filature du cachemire se sont installés en Chine avec armes et bagages ou plutôt avec leur machines et leurs ingénieurs. Le coût de la main d'œuvre locale est attractif pour les industriels, il permet une baisse du prix de revient et en conséquence une production accrue et une diminution du prix de vente des produits finis. Pour une fois que le consommateur peut bénéficier d'un rapport qualité/prix intéressant, profitez en.

LE TEMPS DE CONSOMMER
 Il vous plait, le prix vous convient, la texture est agréable, l'idée de vous fondre dans un plaid en cachemire, véritable nuage de volupté vous réconforte, cette matière vous  séduit par son luxe sobre, tout va bien. Vous êtes un consommateur heureux.
Si vous êtes conscient des qualités que vont vous procurer le cachemire alors, c'est un achat gagnant ; sinon, autant acheter un pull en mérinos, en lambswool ou en polaire. 

LE TEMPS TRANSFORME LA FIBRE ANIMALE EN "OR"
Pour les bergers qui vivent toute l'années dans les hautes vallées de l'Himalaya, veillant sur leur précieux troupeau de chèvres graciles, à barbichette élégante, 
 pour les femmes qui récoltent le précieux duvet en peignant les animaux ou en allant ramasser les touffes de duvet accrochées aux broussailles,  
 pour celles qui vont trier les fibres avant le filage 
Pour toutes ces personnes le temps ne compte pas de la même manière que pour nous les occidentaux. Le temps c'est celui de la nature, du lever au coucher du soleil, le vrai temps, pas celui qui oblige à courir après le bus pour arriver à l'heure à un rendez vous, pas celui que l'on perd dans les embrouillage, pas le notre, qui n'est que le temps que l'on veut bien consacrer à faire bien peu de choses en réalité. Remarquons que les heures en Mongolie sont composées de 60 minutes comme chez nous. 
 J'aime ce proverbe entendu en Turquie : avant nous n'avions pas de montre mais nous avions le temps, aujourd'hui nous avons des montres pas plus le temps.... A méditer.Eux ne courent pas après le temps, ils ont le temps.
Et pourtant ce sont ces heures durant lesquelles à l'aide de l'intervention humaine aidée par la machine, le pashm (duvet)  transformé en pull, bonnet, gants, manteau devient le cachemire. Ce cachemire qui comme le foie gras, le boeuf de Kobé, le chapon ou les fruits exotiques  est un produit phare  pour les fêtes de fin d'années.

QU'EST CE QUI FAIT COURIR LES AMATEURS DE CACHEMIRE ?
Plus je m'intéresse à cette fibre plus elle me fascine, et plus le comportement des amateurs de cachemire m'intrigue.
On peut vouloir un cachemire pour une multitude de raisons. Alors comme ici 
vous êtes le héros de cette histoire prenez les  commandes. A vous de jouer
Pourquoi vouloir un "cachemire". 
Par plaisir : un  sentiment  de pleinitude vous envahit à l'idée de vous glisser dans un pull en cachemire.
Pour une certaine idée du luxe : la fibre de cachemire véhicule une image de luxe : c'est une fibre naturelle, rare, un produit coûteux. La soie est une matière belle, naturelle,    mais ce n'est pas un produit rare.
Pour sa texture : souplesse, légèreté et douceur sont des images liées à la matière  et peuvent déclencher l'acte d'achat.
Pour son ambiance sereine.
Par opportunité.
Les soldes sont des gouffres où l'on se jette parfois trop facilement, mais souvent avec délectation.

DES VOEUX EXAUCES : C' EST LE MOMENT DE CROIRE AU PERE NOEL OU PAS
On peut vouloir un cachemire basique pour des raisons pratiques : il est chaud.
On peut vouloir un cachemire fantaisie pour des raisons esthétiques : il est beau et élégant.
On peut vouloir un cachemire parce que la fibre est anallergique. Cette fibre n'irrite, ni  ne gratte, même les peaux les plus fragiles.
On peut vouloir un cachemire parce que c'est une matière légère et douce.
On peut vouloir un cachemire de marque pour des raisons de confiance et de "traçabilité".
On peut vouloir un cachemire parce que c'est une fibre naturelle : c'est rassurant de se sentir protégé naturellement.
On peut vouloir un cachemire parce que tout le monde en porte : c'est une raison valable pour les fashionnistas.

MON IDEE DU LUXE CACHEMIRIEN  
Pour moi, choisir le matin dans mon armoire mon  pull en cachemire c'est un moment de plaisir, c'est comme une gourmandise, c'est symbolique, c'est sensuel. Le plaisir d'enfiler un cachemire le matin c'est délicieux, je me dis qu'il me tiendra chaud toute la journée, mais sans m'étouffer, sans peser sur mes épaules, il m'offre confort et élégance ; ce petit luxe là me va bien.
Le risque est de s'habituer à l'exception au point de ne plus y prêter attention. Moi  j'y pense mais je n'oublie pas. 

VOTRE PERCEPTION DU LUXE CACHEMIRIEN
Peut être que toutes ces raisons sont valables, cependant  vous. Vous lecteur, vous futur client, vous futur détenteur de ce trésor, pourquoi   voulez vous acquérir cet article?
Posez vous la question : pourquoi je veux un pull en cachemire? Quels sont les mots qui caractérisent cette merveilleuse fibre : douceur, chaleur, légèreté, chic, volupté, gourmandise, rareté ? Cette liste n'est pas exhaustive, mais nous sommes encore dans le rationnel.

OUI ET NON 
Le  cachemire un luxe ? Oui ! 
Le cachemire un luxe inabordable ? Non ! 
Alors le cachemire un luxe? Oui. `
Une certaine idée du luxe. Le luxe n'est pas uniquement ce qui est superflu, c'est  un rêve que l'on voudrait voir se réaliser. 
Le luxe n'est pas indispensable théoriquement, mais imaginable logiquement, et pour  chaque individu, l'idée même du luxe est différente.

CACHEMIRE, UN VETICAMENT?
Parfois les motivations ne sont pas d'ordre matériel . 

Passons à l'acte d'achat qui pourrait être considéré comme irrationnel. Quels sont les mots qui viennent immédiatement ou presque : prix , rêve, fantasme, luxe, folie, ivresse…
Peut-être tout cela, mais il me semble qu'autre chose nous pousse vers cette fibre que l'on à l'impression de découvrir aujourd'hui. La crise économique que traverse le monde, pousse-t-elle le consommateur à changer son mode de fonctionnement et à se tourner  vers des valeurs plus sures, rassurantes, durables Si cela annonce  le début de la fin du consommable jetable, alors tout n'est pas perdu !

Dans cette période difficile économiquement et socialement,  il est de bon ton d'assouvir un fantasme pour une somme plus ou moins modique.
Un article en cachemire pour être adoubé doit il être très cher ? Faut-il ressentir une certaine culpabilité à en posséder, à en acheter, à en recevoir ? A-t-il sa place dans notre armoire ? Ne confondons pas une séance chez le psy et un pull en cachemire, quoique… L'acquisition d'un article en cachemire peut devenir un bon remède contre le stress, le spleen, la démotivation, le ras le bol. Une boite de pilules, du chocolat ou une étole en cachemire ? On peut hésiter car pour une somme équivalente on peut s'offrir un  médicament, un alicament ou un vêticament.

POSOLOGIE
Pour profiter pleinement de votre "cachemire" commencez par le comprendre,  faire ami -ami avec lui, le cajoler et à son il vous dorlotera, il vous donnera tout ce que vous attendez de lui.
Eviter de le porter tous les jours, il faut lui laisser le temps de se reposer, de se reconstituer, de reprendre des forces. Offrez lui une journée dans le dressing, il vous en saura gré.
Le matin où vous le choisirez pensez positif. Il va vous protéger toute une journée. 
A l'instant où vous le sortez du tiroir, où vous le dépliez, il y aura un échange, un clin d'œil entre lui et vous. Assurément, cette texture si agréable sous les doigts, et ce poids plume sur vos épaules, vous donneront une impression d'invincibilité : dehors le temps est maussade,  les feuilles ont déserté les branches, les arbres sont nus, les oiseaux cherchent leur maigre pitance, et vous allez vous glisser dans ce que la nature peut offrir de plus délicat, de plus délicieusement chaleureux, de plus subtilement élégant pour affronter sans faillir les  journées d'hiver : un pull en cachemire. C'est votre doudou d'adulte. Manipulez le, soupesez le, il est merveilleux qu'il coûte 800 euros ou 49,99 euros, c'est du cachemire, c'est votre instant de luxe, ne le gaspillez pas.

UNE CERTAINE IDEE DU LUXE ET BEAUCOUP DE QUESTIONS
 Le luxe n'est pas uniquement le prix d'une choses, c'est le sens que l'on veut bien lui octroyer, la valeur sentimentale qu'on lui accorde.
Etre confortablement installée dans un pull en cachemire, se sentir belle dans ce manteau en cachemire, avoir envie de se lover dans les voluptueux plis et replis d'un plaid en cachemire Voilà le luxe que vous procure cette fibre d'exception : rester élégante au chaud, avoir envie d'affronter le vent tant la fibre est protectrice, sublimer  votre silhouette en passant un pull quasi transparent, bref, s'aimer.

LE LUXE A SES DEVOIRS
Le luxe c'est aussi le temps. Le temps que l'on prend à l'entretien, le soin que l'on apporte à la conservation d'un article. Il faut le  respecter, le traiter avec soin et je dirais avec déférence c'est peut être exagéré mais c'est ce qui différencie un pull en cachemire d'un pull en laine, même en belle laine mérinos. 

UNE  AMITIE VESTIMENTAIRE LITTERAIRE
Le cachemire mérite que l'on en prenne soin avec tendresse. Ce n'est pas une histoire d'amour  mais presque en tout cas c'est une histoire qui doit durer. On n'achète pas un article en cachemire pour une saison, cela n'a aucun sens, parce que si vous vous habituez  lui vous n'aurez de cesse de bien le traiter afin  de lui garder un bel aspect le plus longtemps possible et lui saura gré de cette bienveillance assurément.
  




jeudi 20 décembre 2012

DIRE NON A L'OBSOLESCENCE PROGRAMMEE


L'OBSOLESCENCE PROGRAMMEE
Que je trouve le mot beau, mais  comme il est indécent! Parce que j'aime m'habituer aux choses que j'achète, parce que j'ai envie de les utiliser longtemps, longtemps, longtemps, je refuse l'achat "kleenex".
Aujourd'hui, les médias nous apprennent que des articles sont fabriqués avec une durée d'utilisation limitée dans le temps, c'est l'obsolescence programmée. Mais vous et moi, nous le savions déjà sans pouvoir mettre un nom sur cette conception de  fabrication. La constatation d'une usure prématurée des articles était le premier indice, la difficulté de trouver les pièces détachées, et le prix exorbitant des réparations sont les suivants. 

UN CONSOMMATEUR AVERTI EN VAUT DEUX
Désormais nous sommes conscient du peu de considération que les industriels ont envers les consommateurs. 
Ils ont imaginé un moment pouvoir soutenir la consommation avec une vision des choses très  négative, ils ne sont pas sur le bon chemin. Maintenant  le client n'est plus aussi facile à manipuler, enfin je l'espère. Les limites de la "désuétude planifiée" sont atteintes. Il est tant de réagir
Utilisons notre intelligence, raisonnons mieux, décryptons les étiquettes, choisissons mieux. L'expérience est la meilleure des formations, mais elle ne se fait pas en un jour, mais petit à petit. Fin d'année, nouvelle année, bonnes résolutions, c'est le moment de  dire non au consommable jetable. Réparer, repriser, remailler, recoudre, ravauder  sont  des mots qui ont perdu leur identité. Redonnons vie à ces travaux et du sens aux produits.


UNE CELEBRE AMITIE TEXTILE 
Ces lignes écrites par Denis Diderot au sujet de sa vieille robe de chambre, me confortent dans cette idée. Il jette sur le papier les regrets pour sa vieille amie la robe de chambre : "Pourquoi ne l'avoir pas gardée ? Elle était faite à moi ; j'étais fait à elle. Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j'étais pittoresque et beau. L'autre, raide, empesée, me mannequine. Il n'y avait aucun besoin auquel sa complaisance ne se prêtât ; car l'indigence est presque toujours officieuse. Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s'offrait à l'essuyer. L'encre épaissie refusait-elle de couler de ma plume, elle présentait le flanc. On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu'elle m'avait rendus. Ces longues raies annonçaient le littérateur, l'écrivain, l'homme qui travaille. A présent, j'ai l'air d'un riche fainéant ; on ne sait qui je suis.
Sous son abri, je ne redoutais ni la maladresse d'un valet, ni la mienne, ni les éclats du feu, ni la chute de l'eau. J'étais le maître absolu de ma vieille robe de chambre ; je suis devenu l'esclave de la nouvelle."

L'HABITUDE DE SES HABITS
S'attacher à des articles qui le méritent, non plus acheter pour collectionner ou pour posséder, mais acheter soit par nécessité, soit pour s'offrir une part de rêve c'est  investir dans le temps. Le fast food a vécu, enfin presque, et la slow food débarque chez nous, enfin presque. Si on prend le temps de déguster ce que l'on mange, de découvrir le goût de chaque aliment, de prêter attention aux couleurs, à la cuisson, alors pourquoi ne pas faire de l'acte d'achat un plaisir, prendre le temps de réflexion, d'apprivoiser le produit et ensuite de partager avec l'article choisi un moment de vie, de le modeler à votre goût, de le savourer avec délectation, d'apprécier sa présence, de le déguster avec jubilation?

LE LUXE, LE PRIX DU RÊVE, LE PRIX DE LA LONGEVITE
Prêt à jeter ou luxe? Nous autres clients potentiels nous sommes face à un dilemme : vers quoi nous tourner, que choisir?
La durée de vie d'un produit est elle liée à son prix? Non, c'est pourquoi la décision moins évidente qu'il n'y paraît. 
Un article n'est pas luxueux parce qu'il est cher, il est cher parce qu'il est luxueux. 
Le luxe se pare de multiples facettes : vêtements sur mesures, choix de matières premières d'exception, article fabriqué en série limitée... Voici des éléments qui viennent alimenter notre réflexion. Cependant le luxe ce n'est parfois qu'une idée véhiculée par des publicités parfaitement ciblées : les marques, les monogrammes, les noms de grands couturiers sur des produits au final accessibles financièrement mais fabriqués industriellement.
Si le prix du luxe est parfois élevé, le prix du rêve n'a pas de limite , mais le prix de la longévité ne vous décevra pas. Faîtes vos comptes, le temps qu'il durera vous comblera bien plus qu'un article moins coûteux mais  dont la durée de vie est programmée à courte échéance. Renouveler sa garde robe est une méthode, la conserver relève d'une autre vision des choses.Il est aussi aisé de mixer ces deux visions, et d'avoir quelques articles de base classiques qui se marieront avec les nouveaux venus, de passage dans votre garde robe.

FAITES ENTRER LA NATURE DANS VOTRE DRESSING
Aujourd'hui, il semblerait que les fibres naturelles soient devenus un luxe dans notre société de surconsommation. Elles ont le pouvoir de séduire et de répondre à des exigences : éviter les allergies, durer sans faiblir, sans boulocher, sans absorber les odeurs diverses et variées, sans attraper toute la poussière, sans électricité statique, enfin conserver une beauté naturelle c'est à dire même avec quelques rides ou traces d'usure, un tissu ou un vêtement qui se patine c'est déjà un bonus, c'est l'idée d'un tissu qui vit sa vie,qui vous accompagne au quotidien ou les jours d'exception le plus longtemps possible. 


LE LUXE: DROITS ET DEVOIRS
C'est aussi à vous d'assurer "la maintenance". Le luxe implique des devoirs et  prend du temps, votre temps. 
Aujourd'hui, le monde prend conscience que le temps aussi est un luxe. 
Pourquoi acheter de la salade sous vide déjà lavée, des haricots vert prêts à cuire au micro-onde pour gagner du temps, mais que faire de ce temps ? Utilisez le pour entretenir vos articles précieux : dissoudre du savon en paillettes dans une eau tiède, puis laver doucement vos sous-vêtements, vos chemisiers en soie et autres articles délicats qui pourraient passer en machine à laver mais pas non pas au sèche linge. Le contact, avec la matière textile du  vêtements ou sous vêtements dans un bain tiède et savonneux vous permet de découvrir ces matières d'une manière différente. Porter ces vêtements, c'est une chose, c'est eux qui vous protègent, c'est l'habitation de votre corps ; les entretenir c'est autre chose : c'est vous qui les protégez. 
N'oubliez pas de bien rincer ces pièces et d'éviter les chocs thermiques, avant de les enrouler dans une serviette éponge afin d'absorber le surplus d'humidité et enfin d'étaler à plat sur une serviette propre et sèche votre article. En laine, en soie, en coton ou tout autre fibre, un bon entretien contribue à prolonger l'aspect et la durée de vie d'un produit.

UN MOMENT DE REPOS POUR VOTRE VESTIAIRE
Comme les chaussures en cuir, comme les costumes en lin, les pulls en cachemire, doivent avoir droit à une journée de repos.
Cet aspect des choses, ce temps consacré à l'entretien, le budget attribué à l'achat d'un article vestimentaire sont les éléments essentiels qui contribueront à la longévité des produits.

SOYEZ REACTIFS ACHETEZ POSITIF
Après ces lignes, si vous suivez ce chemin avec moi, alors rendez vous dans dix ans, même heure même endroit : le dressing.


JE VOUS SOUHAITE UNE BONNE ET BELLE ANNEE TEXTILE 2013.













dimanche 16 décembre 2012

DE GILLES TISSUS FAIT SON CINEMA AVEC CHARLOTTE DAVID


The Weinstein Co., which also distributed “The Artist” Stateside, has already acquired the rights to the film, and the crew is set to go to New York in March to promote its U.S. release. And the flowery dresses and pointy bras dreamed up by costume designer Charlotte David promise to do for late Fifties/early Sixties style in France what “Mad Men” did in America. David is no novice to the era: She created costumes for the French blockbuster “OSS 117,” an homage to classic spy films also set in the Fifties.

The general look and feel of “Populaire” was inspired by American film classics like “Funny Face” and “The Seven Year Itch,” as well as Alfred Hitchcock’s entire oeuvre.


Extrait d'une interview de la costumière du film Populaire  de Régis Roinsard  : Charlotte David
 Many costumes were created especially for the film, and François was able to give her input. “I loved being involved in the creation of costumes. I could say that these suspenders should be thinner, or this skirt should be worn with an extra petticoat, or have a bow added,” François says in an interview at the Bristol hotel in Paris.

David says lingerie was crucial, with pointy bras, girdles and bodices underpinning the silhouettes. François wore lingerie made by Parisian corsetry house Cadolle, located on Rue Cambon, to play her character, Rose Pamphyle.

For postures, the actress looked at the fashion magazines of the era.

“I had to learn how to hold my body like in the Fifties, to sit, walk, stand straight like a ballerina, just like Audrey Hepburn. In the Fifties, you really had to have good posture, because clothes and dresses were so starched,” she says. In addition, she almost developed “typist’s elbow” from the speed-typing competitions, which do indeed exist.

While Rose is a young provincial woman and wears pretty dresses, like a pink off-the-shoulder style, Bejo’s character, Marie, is married to an American and sports a more casual early Sixties style.

“I wanted Bérénice to be a more modern woman,” David explains. She went shopping for PRINTED FABRICS  AT  DE GILLES , a sprawling fabric shop on RUE DE LA ROQUETTE IN PARIS, and used them to make short pants that she paired with silk knit jerseys. Ballet shoes, headbands and tight cardigans complete the look.

The hairstylist opted for a red wig, since hair at the time was permed and so stiff with hair spray that it didn’t move at all. Bejo liked it so much that she dyed her hair red for her following film.

The male leads wear tailor-made costumes and old-fashioned tie bars. “Romain [Duris] has a dancer’s silhouette. He is more a Montgomery Clift than a Don Draper,” says director Régis Roinsard. He does have one thing in common with Draper: Both wear a vintage Jaeger-LeCoultre watch.

A fan of “Mad Men,” Roinsard says he was inspired by the series’ attention to detail. There are other similarities between “Mad Men” and his film. “People smoke a lot and drink a lot, although people probably drank more wine in France,” Roinsard says.

He says, stylewise, there were differences between France and the U.S. For instance, Americans wore looser-fitting looks, and jeans only became popular in France in the Sixties. “The Fifties are such a great decade, and it is fascinating to see how America and France affected each other,” he says.

mercredi 5 décembre 2012

KABIG, KABIC, CABAN : UN ,DEUX , TROIS , TISSU.

UN VÊTEMENT EN TROIS MOTS
Ce mot cabic est d'origine bretonne, cab  désigne une cape, alors que le mot caban est d'origine arabe,  gaba, caba ou qaba  désignant une grande veste , un vêtement de protection, on pourrait dire un manteau, à manches longues, porté par les bedouins

Le terme kabig désigne à la fois une veste sportswear, longue croisée haut sur la poitrine, mais aussi le tissu dans lequel elle est taillée. Le drap caban ou kabig est le terme utilisé pour désigner un gros drap de laine, (cardée, foulée, serrée).

SUR TERRE ET SUR  MER
Longtemps ce tissu de laine épais, presque raide, imperméable et chaud fut destiné aux vêtements des marins. Mais même à terre, les anciens marins gardèrent l'habitude de porter le caban .
En effet, si les goemonniers ramasseurs d'algues sur les côtes bretonnes, surtout dans le Finistère portaient le caban c'est sans doute parce qu'ils étaient d'anciens marins.  Le caban leur était tout aussi utile à terre.
Aujourd'hui le caban se porte en ville, à la campagne et parfois encore sur les cotes du littoral.

PAS DE  HASARD MAIS DE LA NÉCESSITÉ
 Qu'il s'agisse du caban ou du duffle cota on retrouve le double boutonnage. Il ne s'agit pas d'une décoration anecdotique. Ces vêtements  étaient destinés à protéger les marins du vent et de la pluie. Le coté fonctionnel est mis en avant dans les détails.Un double boutonnage permettait de  fermer le caban du coté opposé à celui d'où venaient le grain
Un grand col peut se relever et se fermer par deux boutons au niveau du cou mettant le cou et la nuque à l'abri du vent et de la pluie
Deux poches extérieures inclinées permettent de garder les mains au chaud plus commodément.
Les deux poches intérieures sont destinées à conserver des articles plus précieux
 Les boutons sont plats et assez gros pour pouvoir les manipuler avec des gants sans problèmes et surtout pour ne pas s'accrocher aux cordages
Il est court, et s'évase légèrement afin de ne pas gêner les manoeuvres
La longueur des manches inhabituelle permettait de garder les poignets et les mains au chaud

UNE ORIGINE ORIENTALE
Si le caban fait partie de la tenue réglementaire dans la marine Nationale depuis 1853, il est apparu dans sa forme primitive au 17e siècle à Venise, dans une cargaison venue d'Orient. On mentionne un vêtement en laine avec des manches et un capuchon. On peut imaginer un article proche au niveau de la forme d'un burnous, d'une gandoura ou d'une djellaba.
Venise était le lieu où  toutes les marchandises se rencontraient, celles qui venaient d'Occident et celles qui venaient d'Orient. Les cahiers de tendances n'existaient peut être pas encore, mais la mode n'a cessé d'emprunter ici pour ajouter là. La mixité est toujours un élément qui fait avancer le monde et  bouger la mode

UN VETEMENT OFFICIEL
Le terme caban est cité dans l'ouvrage de monsieur Pingeon en 1786 " Manuel des gens de la mer":
 employé en marine à propos d'une capote courte de marin, à manches et à capuchon recouverte d'une toile goudronnée
Une ordonnance de cette même année précise avec  plus de détails  la tenue vestimentaire à bord des vaisseaux:"dans les campagnes du nord, sa majesté fera embarquer une certaine quantité de capotes nommées cabans, des bottes et des gants de lain. Un des dits caban servira pour deux matelots, étant particulièrement destinés pour ceux qui sont de quart."

HIER ET AUJOURD'HUI
Une veste trois quart, marine, en laine raide et imperméable, croisée avec des boutons dorés, argentés, marine, décorés d'une ancre, ou tout simples , appartient toujours au vocabulaire des gens de la mer. Porter un caban sur terre  pour un civil en promenade, c'est un peu porter la caquette de capitaine lorsque l'on rêve de naviguer sur un yacht.  Dans les années 1970  le caban est devenu comme le jean, le duffle coat ou  le trench,  un article consacré par le cinéma qui lui donne droit de cité dans les villes.

IMPERMÉABLE OU IMPERMÉABILISÉ?
 Imperméable tout court. A quoi la laine doit elle cette qualité ? Pour obtenir un drap de laine le foulage est très poussé, et le tissage très serré. Autrefois ces articles étaient coupés dans des lainages non dégraissés. La suint constituait une  imperméabilisation naturelle. C'est pour ces raisons que   le drap caban est une étoffe lourde et plutot raide. Les couleurs  les plus courantes sont  sombres : marine, noir ou gris. Mais un drap caban écru, jaune ou rouge n'est pas chose introuvable.
Au XVIIe siècle, les marins fabriquaient eux même leur caban. Pour imperméabiliser la laine, ils l'enduisaient d'un mélange de suif, de goudron et d'essence de térébenthine.

COSTUME OU DEGUISEMENT?
 Aujourd'hui sur les côtes bretonnes ou normandes, les touristes jouent le jeu. Caban marine, pull marin rayé made in France, bonnet en laine et le tour est joué, mais pas toujours gagnant.  Trop c'est trop, et on peut friser le ridicule en se parant " breton" de la tête aux pieds. Ne passe pas pour un autochtone qui veut.

L'AUTHENTIQUE EST DEVENU UN LUXE
A l'adresse des non initiés, les cabans sont rarement coupés dans un vrai kabig de qualité.  Il ne s'agit pas d'un article sophistiqué. Son coté rustique l'emporte dans la version utilitaire. On trouve des cabans  taillés dans un beau cachemire mais de nom il n'a que la forme, le fond finalement n'a plus d'importance  Il ne suffit pas d'écrire caban sur l'étiquette pour que vous endossier un véritable cabig.
Ne vous fiez pas uniquement au détail de l'ancre sur le bouton, soyez attentif à la qualité du tissu. Le pur laine est à privilégier si vous voulez un article qui se patine avec le temps, sans pour autant mal vieillir.
L'acquisition d'un cabig n'est pas un achat banal, ce n'est pas un article de consommation /jetable, non c'est un bel objet.  Ce que j'aime dans ce type de tissu, c'est que l'on peut faire un bout de chemin ensemble, chacun prendra quelques rides, et puis après... On se fait l'un à l'autre comme de bons et vieux amis. Et si vous recherchez cet accord vêtement/corps vous êtes fait pour vous entendre avec votre caban en cabig.
















































































dimanche 2 décembre 2012

LE FEUTRE CE CELEBRE INCONNU



A PAS FEUTRÉS POUR UN HIVER CALFEUTRÉ
Décembre approche, l'hiver arrive, les mots pour le dire se font plus concrets :  frimas,  gelées, neige, vent, doudoune, cachemire, pull, chaleur, cheminée... C'est la saison froide, alors on se calfeutre chez soi, on avance à pas feutrés dans la neige et dans le vent.
On voudrait se blottir dans un univers rassurant, dans un monde clos, paisible, on apprécie le cocooning .
Conclusion : le feutre est notre ami pour l'hiver

UNE PROTECTION ARTIFICIELLE
Parce que nous, pauvres humains, sommes nus et sans défense face aux déchaînements climatiques, nos ancêtres ont été obligé de remédier à cette lacune en inventant l'habit-abris.
Pour protéger son corps des excès climatiques et d'une végétation parfois hostile, l'homme utilisa ce qu'il avait à portée de main. Avant le fil, avant le tissu, il y eut les plantes avec la célèbrissime feuille de vigne qui était en fait une feuille de figuier. Puis, vinrent les peaux de bêtes à fourrure, puis les fibres animales feutrées des feutres, et enfin les tissus obtenus par l'organisation des fils perpendiculaires et horizontaux.
Conclusion : saluons le feutre qui fut l'un des premiers textiles créés par l'homme.

LE FEUTRE  EST UN PRODUIT A LA FOIS COMPLEXE ET SIMPLE
Selon la façon dont la matière première est travaillée, le produit fini se présente sous des formes très diverses. Le feutre peut paraître rustique ou sophistiqué, souple ou raide, épais ou fin, solide ou diaphane. Je comprends pourquoi ce produit attire tant d'artisans et d'artistes. Ils peuvent créer leur support de A à Z sans avoir recours à des machines coûteuses ou encombrantes. Le savoir faire, la patience, l'inspiration, la créativité sont des qualités que l'on retrouve dans ces catégories socio-professionnelles. Le feutre est un matériau maniable et chaleureux qui offre tant de possibilités que nos mains ne suffisent pas 
à toutes les exploiter.
Conclusion : pour moi le feutre, le véritable feutre de laine, est simple dans sa structure et humain dans sa complexité. 

UNE ENIGME
Le succès ou plutôt l'insuccès du feutre demeure pour moi une énigme. Ce n'est pas le mystère de sa création qui m'intrigue, je connais bien les différentes opérations qui transformeront une masse informe de fibres animales en une étoffe plane, solide destinée à de multiples usages. Non  ! Ce qui m'interpelle, c'est le désamour du public pour cette matière chargée d'histoire et bourrée de qualités. On peut rapprocher ce phénomène de celui du chanvre qui n'est pas utilisé à sa juste valeur dans notre pays.
Le véritable feutre de laine est un article que l'on trouve rarement vendu au mètre dans les magasins de tissus. Des entreprises spécialisées dans les feutres destinés aux industries automobiles ou papetières existent, mais les  entreprises proposant du feutre de laine destinés au grand public sont moins nombreuses et les prix sont "prohibitifs" pour une vente au détail. Cette constatation me navre. L'offre existe, la demande aussi et pourtant impossible de les accorder.
Conclusion : le feutre a une place à prendre dans notre quotidien

L'EXPERIENCE TACTILE
Il faut avoir eu un contact physique avec cette matière pour comprendre le feutre. Le toucher est un passage essentiel dans la connaissance des textiles.
Je sais que l'expérience ne se partage pas, mais pourquoi ne pas essayer ; parfois les mots ouvrent des portes inexplorées.
La découverte du feutre est étonnante parce qu'unique :  douce sous les doigts, la matière est compacte et solide au point de pouvoir recouvrir les tentes des nomades.
Le feutre se joue de notre imagination, tantôt rudimentaire, sobre lorsqu'il sert d'abris,  il sait se faire arachnéen pour s'entourer autour de votre cou, il gagne en souplesse quand  il s'interpose entre votre pied et le macadam, il peut être chaud ; coloré et brodés s'il devient manteau... Le feutre est une matière chaleureuse, réconfortante et naturelle, chargée d'Histoire et d'histoires.
Conclusion : le feutre devrait côtoyer le velours de coton, le twill de soie, la toile de jute et autres matières textiles dans les tapis d'éveil.

UN INTRUS DANS LE MONDE TEXTILE
Le mot feutre résonne d'une manière très particulière, loin des conventions textiles, car il est considéré par les puristes comme un intrus dans cet univers dominé par la chaîne et la trame.
Si le tissu résulte de la technique de l'entrecroisement de fils, si le tricot nait de l'utilisation d'un seul fil et d'un matériel rudimentaire, le feutre est créé à partir d'une série d'opérations ultra simples, sans support préalable. 
La différence essentielle entre les tissus et les non tissés réside dans l'utilisation de fils ordonnés régulièrement pour le tissu et l'absence de fils dans les non tissés, remplacés par  des fibres désordonnées.
Les toisons des animaux à poils longs peuvent feutrer à force de frottements, de sueur, et de pression. Les poils des pattes des moutons, par exemple, feutrent plus que le reste de leur toison. Mettez une peau de bête sur une selle puis chevauchez toute la journée, le soir vous aurez un tapis de fibres solidement agglomérées, ce que l'on nomme feutre.
Conclusion : le feutre est certainement le seul textile qui se fabrique spontanément 

UN PHENOMENE NATUREL RÉCUPÉRÉ PAR L'HOMME
Une masse de fibres animales enchevêtrées, généralement poils de moutons, de chèvres ou de camélidés en fonction des régions, est soumise à l'action d'une forte pression, de mouvements  répétés et de la chaleur humide.
Ce phénomène de feutrage est naturel chez l'animal : leur toison est parfois très emmêlée, le duvet est quasiment feutré sur le dos des moutons lorsque les tontes se font trop attendre.  Ceci est la partie visible, mais les animaux, en se lavant et se léchant les poils, en avalent suffisamment  pour que leur estomac ne puissent pas les digérer dans leur totalité ; ainsi, se forme une espèce de pelote de poils aglomérés ou boules de déjection. 
Le feutrage peut être involontaire :  il peut être fortuit dans votre machine à laver ou à sécher. Lorsque un pull en pure laine est lavé dans une eau trop chaude ou laissé dans une machine à sécher avec un programme mal adapté ;  les trois éléments mis en action simultanément sont alors réunis pour obtenir le feutrage presque parfait bien qu'involontaire.
Conclusion : le feutre et l'homme : une belle et vieille histoire

FEUTRE ET NON PAS FEUTRINE
On donne le nom de feutre à une étoffe non tissée, faite de poils ou de brins de laine soumis au foulage.
En vert, il est largement utilisé pour les tapis de jeux ou pour recouvrir les tables de billard,  en rouge ou bordeaux il gaine les coffrets où l'on range les ménagères en métal argenté, en rose, bleu ou jaune il est idéal pour fabriquer des déguisements en trois coups de ciseaux parce qu'il se découpe facilement et à bord franc. Mais là, il y a erreur sur la personne, il s'agit en fait de la feutrine. Etoffe plutôt fine, non tissée évidemment, apparentée au feutre,  rarement en pure laine. Ses principaux atouts sont liés au prix bas, à sa gamme très colorée et à sa simplicité d'utilisation. Inutile de faire des surjets ou des ourlets, il suffit d'une paire de ciseaux, cranteurs ou non, et le tour est joué. En général, les feutrines sont vendues au même rayon que les tulles synthétiques, des articles hauts en couleurs et bon marché.
La feutrine comme le tulle ne s'effilochent pas. Cette caractéristique s'applique également à la laine bouillie, au feutre de laine ou synthétique.
En cette période de pré-noël, vous désirez fabriquer votre calendrier de l'avent, des bottes  vertes et rouges pour mettre devant la cheminée, alors c'est bien la saison de la feutrine.
Cela devient un jeu d'enfants, une paire de ciseaux, un métrage de feutrine, de la colle  ou une aiguille et du fil pour assembler les morceaux et voilà le travail : magnifique et presque sans peine.
Conclusion: la feutrine est la reine au royaume des loisirs créatifs

FEUTRE ET LAINE FEUTREE
Il ne faut pas confondre ces étoffes qui sont de nature différente. Le feutre est une étoffe non tissée, mais foulée alors que la laine feutrée subit des opérations de feutrage après avoir été filée et tissée. On parle alors de tissé-foulé.
Conclusion : n'est pas feutre qui veut


UNE LEGENDE PEUT EN CACHER UNE AUTRE

Plusieurs légendes circulent sur la création spontanée de cette étoffe. La plus courante est celle des Huns. Les hordes d'Attila qui déferlent sur les terres d'Asie Centrale sont composées de cavaliers émérites ; ils passent quasiment leur vie à cheval. Afin de rendre ces chevauchées plus confortables, ils mirent sur la selle des peaux de moutons. Et  par le plus grand des hasards si l'on veut, ou par le résultat d'un processus qui conjugue humidité, chaleur et mouvement, la peau lainée se transforma en une couche de fibres solidement enchevêtrées : le feutre.

On raconte aussi que pour tenir leurs pieds bien au chaud, les cavaliers rembourrèrent leurs bottes avec des fibres animales ramassées par ci par là. Et toujours le même résultat pour un processus identique.
Il se forma une sorte de semelle chaude et solide.
Autre civilisation, autre légende: celle de Saint Clément devenu le saint patron des fabricants de feutre et des chapeliers.
Ce moine errant, pour protéger ses pieds lors de ses longues marches, avait l'habitude de mettre dans ses chaussures des touffes de poils de moutons. Il se rendit à l'évidence, la transpiration plus le poids de son corps parvenaient à tasser la laine et à agglomérer tous ces poils. Une véritable semelle garnissait l'intérieur de ses souliers.
Lorsqu'il fut nommé évêque, on dit qu'il aurait créer des groupes "de travail" visant à améliorer la technique de fabrication du feutre.
Celle qui a ma préférence est la légende rattachée à l'arche de  Noé. Avant de larguer les amarres, il fit tondre des moutons. Il fit étaler la laine sur le fond de l'arche qui servirait de litière aux animaux durant la "croisière". Après 40 jours, la couche de laine qui jonchait le sol, après avoir été piétinée, souillée par les animaux et mouillée par les vagues, les amas de laine s'étaient amalgamés, formant une étoffe solide : le feutre était né.
Conclusion : le feutre, une génération spontannée

LE FEUTRE UNE ÉTOFFE HISTORIQUE
Pazyryk, un site situé au confins de la Mongolie apporte la preuve, s'il en fallait, que le feutre a une longue, longue histoire. Des articles en feutre, tapis, sacs, vêtements datant du Ve siècle avant J- C y ont été découverts lors de vastes fouilles archéologiques.
C'est ce qui permet d'affirmer que les hommes vivant il y a plus de 2500 ans maîtrisaient bien la technique du feutrage. Certains historiens textiles font remonter l'utilisation du feutre à près de 8000 ans avant J.C.

Pline l'ancien, dans son Histoire naturelle, consacre quelques lignes à cette étoffe
"La bourre de laine est, de toute antiquité, en faveur pour les tapis. Homère (Od.,IV) nous montre que les anciens s'en servaient déjà. Les Gaulois et le Parthes ont chacun une manière différente de les broder. En foulant la laine on fait le feutre, étoffe qui imbibée de vinaigre, résiste au fer même bien plus, la laie résiste au feu dans le dernier apprêt qu'elle subit, car elle sort des chaudières des dégraisseurs pou être employée  faire des matelas, invention qui je crois est gauloise "

Juste Lipse dans son ouvrage intitulé De remilitari romanorum dit que les soldats samnites, issus d'une tribu installée en Italie centrale, portaient des cuirasses faites de laine feutrée.
On sait aussi que les romains utilisaient le feutre pour des usages militaires (boucliers)

En France, en 1768,  le sieur Antheaume, drapier, présenta au roi louis XV une pièce de drap feutré avec du poil de castor, puis un habit réalisé dans la même étoffe, et sans couture.

Longtemps, ce sont ces draps de castor, fort chers au demeurant, qui étaient les seuls feutres connus. Ce n'est qu'en 1789 que des feutres plus abordables furent proposés sur le marché français par monsieur Trousselier puis un peu plus tard par Messieurs Antheaume et Vera.

Aujourd'hui, on trouve dans certains manuels destinés à simplifier la vie quotidienne des conseils comme celui-ci  in Vinaigre malin, Leducs éditions : Votre stylo feutre est fatigué? Trempez sa pointe dans du vinaigre blanc et vous lui donnerez un sursis. 

Conclusion : le feutre, un textile sans frontières

UN ANCETRE ENCORE TRES VERT
Nous sommes en présence du patriarche de la famille textile. Sa naissance est due au hasard plus qu'à la nécessité. Mais dès son apparition, l'homme lui trouva de multiples utilisations. Dans les plaines mongoles c'est ce qui recouvre l'habitation traditionnelle des nomades, les yourtes ou gers, sortes de tentes circulaires, mais aussi des vêtements de protection solides, imperméables et chauds, des bottes, des coiffes, ou des tapis. Cependant, ici comme ailleurs, les plus jeunes préfèrent porter des doudounes et des jeans que les tenues traditionnelles. Qui pourraient les en blâmer, certainement pas nous. En Bretagne, les jeunes bretonnes continuent-elles à porter la coiffe en dentelle amidonnée,  les alsaciennes portent-elles toujours la tenue traditionnelle que l'on voit encore sur les paquets de levure "alsacienne" ou bien ces vêtements restent-ils dans les armoires pour ne ressortir que ponctuellement pour des fêtes villageoises ? Le parisien sort-il tous les jours avec son béret, ses bretelles, sa baguette sous le bras ? Ce sont des images d'Epinal voilà tout. Ne jetons pas l'opprobre sur une civilisation qui oublie ses traditions, nous sommes loin de pouvoir leur donner de leçons.
Conclusion : le feutre basique artisanal se fabrique sans y penser, en refaisant toujours les mêmes gestes, transmis par nos ancêtres, mais le feutre d'art ne se dompte pas aussi aisément. Il  réclame un savoir qui est l'apanage des artistes.

 LES PEUPLES DU FEUTRE
Sans conteste, ce sont  les civilisations d'Asie Centrale qui, aujourd'hui encore, maîtrisent le mieux la technique du feutrage et surtout, malgré les contraintes de la vie quotidienne moderne, les artisans continuent à produire des articles en feutre.
Le mode de vie des peuples nomades est sans doute l'explication de la permanence de cet 
artisanat. C'est un élément essentiel de leur vie quotidienne. La fabrication du feutre nécessite de l'eau, des fibres animales et de l'huile de coude.
Ces nomades vivent essentiellement de l'élevage de chèvres et de moutons. Ces animaux.  leur procurent la matière première, l'eau est transportée dans des bidons pour leurs besoins quotidiens ou ils installent leur campement près d'une source connue. D'autre part, l'huile de coude semble être une constante chez ces hommes et femmes ; c'est leur moyen de survie, eux qui vivent éloignés du monde moderne et de son confort. 
Le feutre fait partie de leur vie. Leurs yourtes sont en feutre, les tapis sont en feutre, les bottes sont en feutre, les manteaux sont en feutre, les coiffes, les sacs… 
Leur spécificité sont les broderies multicolores qui décorent cette étoffe.
L'artisanat d'Asie Centrale perpétue la tradition du travail du feutre, l'Europe du Nord a fait sienne cette technique et joue avec les couleurs.

Aujourd'hui, même en Mongolie l'artisanat est en voie de disparition, et les feutres industriels se développent. La raison est simple, le gouvernement incite les nomades à se sédentariser, donc leur habitat devient résolument urbain et le feutre disparait faute de trouver sa place. Les maisons sont chauffées, elles ont un toit en "dur". Alors, les industriels fabriquent du feutre pour l'exportation. Les petits articles comme les chaussons ou les chapeaux deviennent des souvenirs pour touristes. Les tenues traditionnelles sont réservées aux fêtes et aux photos souvenirs pour les touristes. 

Conclusion : le feutre est l'ami de la famille, mais pour combien de temps ?

RECETTES TRADITIONNELLES A LA MODE MONGOLE
Non, ce n'est pas la recette du lait de yack fermenté que je vous offre, mais celle de la 
fabrication traditionnelle du feutre.
Pour réaliser cette recette il vous faut de la bourre de laine, un arc à carder, de l'eau chaude, de la teinture, des fils de laine teints, une natte à poser sur le sol, et beaucoup de patience et d'huile de coude.
La bourre de laine est cardée, à l'aide d'un arc.  Si un décor est nécessaire, des fils de laine diversement  colorés seront étalés sur une natte déposée sur le sol. Puis le tout est recouvert par une couche plus ou moins épaisse de laine. 
L'ensemble sera copieusement arrosé d'eau chaude, enroulé dans la natte en jonc le plus souvent. Commence alors le véritable travail. Le paquet sera roulé sur lui même des heures durant. Le temps que les fibres individuelles s'assemblent, s'enchevêtrent. Une autre opération va suivre pour conférer la solidité à l'étoffe. La natte qui servait d'enveloppe est retirée et le rouleau de feutre va être battu, écrasé jusqu'au résultat désiré. La densité dépend de l'utilisation future. Pour un tapis ou pour un sac l'épaisseur sera différente.

Bien entendu, ces peuples connaissaient l'art du tissage, mais ils trouvaient le feutre plus adapté à leurs besoins et leur mode de vie nomade : parfait isolant thermique et phonique, imperméable, solide. La matiere première leur étant fournie par les poils de chameaux et des chèvres, la toison des moutons et de tous les autres animaux à poils vivants à proximité de ces peuples bergers.

UNE RECETTE ANCESTRALE A LA MODE MONGOLE

Les yourtes ou gers sont l'habitat séculaire des nomades vivant dans les plaines de Mongolie. Ces tentes dont l'armature en bois est recouverte de couvertures de feutre, le sol jonché de tapis de feutre. Le principe est simple. On démonte et on remonte ces habitations nomades assez facilement, les éléments sont solides et les nomades, qui sont des bergers, sont habitués depuis des générations à déménager leur habitat en fonction des herbages où paissent leurs troupeaux.
Aujourd'hui, les nomades sont de moins en moins nombreux, le gouvernement de la Mongolie extérieur les invitent à venir habiter dans des appartements construits à leur intention à Ulan Bator. Les yourtes montées en France sont devenus des abris pour touristes en mal d'exotisme au même titre que les cabanes dans les arbres ou les hôtels troglodytes.

UNE RECETTE SIMPLE  DANS L' ABSOLU

Dans le première recette comme dans la seconde, la technique demeure la même : on part de la technique du roulage à plat. Je rapproche cette fabrication de notre pâte feuilletée, à quelques détails près.
Pour réaliser cette recette il vous faut : de la bourre de laine en vrac, de la paille, une grande toile, un bâton, de la ficelle, un cheval, un cavalier en bonne forme, et des milliers d'hectares désertiques.
Donc, la laine et autres fibres sont étendues sur une grande toile généralement en coton ou sur une autre pièce de feutre déjà prête, le tout est recouvert de paille puis largement humidifié. L'ensemble est roulé autour d'un bâton et solidement ficelé. Ce rouleau est alors fixé à l'arrière d'un cheval et traîné pendant des kilomètres à travers la steppe : les chaos du terrain, les accidents du relief, la poussière de la piste, les frottements feront  le travail de mille bras. La couche de laine se solidarisera et, une fois le boudin déroulé et la paille ôtée, une pièce de feutre utilisable pour la yourte et autres utilisations sera enfin prête.
Conclusion Ce produit est fabriqué sans intermédiaire, du producteur au consommateur. Mais si le temps ne comptait pas jadis, il semble que les règles changent dans notre civilisation moderne. Ce sont sans doute les dernières démonstrations de générations de nomades qui mettent en place ce savoir faire millénaire.

Restons dans le domaine culinaire et voici ma version purée de pomme de terre et feutre. 


FEUTRE ET POMME DE TERRE  : UNE SAVEUR DU TERROIR
Parce que j'ai encore le goût de la purée de pommes de terre de Joel Robuchon que j'avais dégustée lorsqu'il avait son restaurant rue de Longchamps à Paris, je me dis qu'un produit banal peut devenir un produit hors du commun lorsqu'il est transformé par des magiciens.

Drôle d'amalgame indigeste me direz vous ! Peut être, mais en écrivant ce post, je me suis mise à penser à cette matière d'une autre manière et un parallèle s'est imposé à moi très involontairement mais spontanément. Le feutre, matière textile, possède de nombreuses 
similitudes avec la pomme de terre, matière alimentaire.
Produits roboratifs, rustiques, qui peuvent, entre les mains expertes d'artistes textiles ou culinaires, devenir des articles raffinés voir sophistiqués. 
La grande variété de pommes de terre que l'on trouve au Pérou, et la diversité des produits fabriqués à partir du feutre, voici encore des éléments qui autorisent ce rapprochement inattendu.
La fabrication du feutre est une véritable recette de cuisine, d'abord chacun revendique la sienne, et les artistes ne divulguent pas la leur.
Fabriquer un feutre artisanal c'est un peu faire une pâte feuilletée maison : les mains dans la farine ou dans un amas de fibres animales on mélange, on malaxe les ingrédients, on ajoute de l'eau et ensuite va pour l'huile de coude, la patience, le tour de main.
J'aime la façon de procéder, parce qu'elle est éminement tactile. Nos mains sont en relation avec la matière, qui va peu à peu se transformer, nos muscles viennent à la rescousse et l'apparition d'un produit nouveau est quasi magique . 
Les machines remplacent souvent la force humaine, le travail obtenu est alors plus régulier, plus rapide, plus homogène, plus lisse mais moins personnel par la force des choses ou des machines, déshumanisées. J'aime sentir autre chose que la présence d'une machine dans une étoffe. Des petits défauts, des variations de nuances, des imperfections parfois à peine décelables, sentir une présence humaine, loin de la perfection mais oh combien subtile.


Conclusion: carpe diem ; profitons de l'instant, soyons feutre jusqu'au bout, faisons nous plaisir en portant des articles que l'homme façonne en utilisant sa force et sa créativité. Homme made, et pourquoi pas aussi Femme made, ce qui serait plus adapté aux articles en feutre artistico-artisanal.

DE LA FABRICATION ARTISANALE À LA FABRICATION INDUSTRIELLE
Aujourd'hui, la fabrication artisanale du feutre est restreinte pour de multiples raisons. Il s'agit plus d'un artisanat artistique. Les articles sont souvent des pièces uniques. 

LE FEUTRE UN ARTICLE PRIMITIF, UN MOYEN D'EXPRESSION REDÉCOUVERT PAR LES ARTISTES
Le feutre est un article qui nous vient d'Asie centrale. En Occident, il fut longtemps cantonné à des utilisations de première nécessité ou à la fabrication d'accessoires (semelles chaudes, vêtements de protection, tapis, sacs…). Mais quand la mode du fait maison, du fait main réapparut, le feutre devint un acteur de premier plan. L'attrait d'une technique simple, d'un matériel réduit, fit son succès.
LE LANGAGE LIBERÉ DU FEUTRE
Si les artistes ont trouvé dans le feutre un moyen de s'exprimer plus librement encore que dans la sculpture ou la peinture, ce n'est pas par hasard et encore moins par nécessité.
Dans ce post, mon propos est de vous en dire plus sur ce feutre artisanal qui se présente sous diverses formes et couleurs.                 
Le feutre industriel est plus sérieux, la gamme de couleur réduite, visuellement sa surface est plane. Il est aussi moins riche en histoires, et je laisse aux industriels mieux armés pour  parler de leur production. 
Le feutre est un concentré non seulement de vitamines mais plus encore. Il possède des qualités dont il nous fait bénéficier : c'est un article  naturel, avec protection thermique excellente, c'est un bon isolant phonique , son imperméabilité n'est plus à démontrer,  il se découpe à bords francs. C'est le tissu idéal pour de nombreuses applications ; il est gratifiant   pour les enfants, les adultes, les novices car il permet d'obtenir un résultat très rapidement. Ni chaîne ni trame, voilà qui laisse libre court à l'imagination créative de chacun et libère le mental de toute forme de restrictions.
Curieusement, étoffe traditionnelle s'il en est, le feutre autorise une évasion du poids culturel, il se plie aux volontés des créateurs, avec ses multiples facettes : distorsion, brut ou sophistiqué, il se cache ou se dévoile, se déguise ou se livre tout nu. Cette étoffe vit, séduit et éconduit nos contemporains. 

LE FEUTRE DE LAINE INDUSTRIEL  `
C'est aujourd'hui un produit rare sur le marché français car le prix de revient rebute les clients. Les feutres synthétiques ont largement pris la place du feutre de laine. C'est dommage.
Si c'est un hobby,  nous sommes alors dans un espace temps qui devient un plaisir.
  
DU FEUTRE INDUSTRIEL AU METRE DANS LES MAGASINS DE TISSUS ?
Trouver aujourd'hui du véritable feutre de laine est un casse tête auquel je me suis heurté maintes et maintes fois. La production française est faible et les tarifs élevés, compte tenu de  la  faible demande. La lutte contre la concurrence des feutres synthétiques se révèle inégale.
Celui qui n'a jamais tenu entre ces mains du véritable feutre en laine ne peut imaginer la texture, la densité et la légèreté de ce produit. Alors comment faire la différence entre le feutre, le feutre en fibres de polyester et la feutrine? Tout est question de dosage et d'expérience.
Pour obtenir des feutres de laine il faut passer par le marché de Mongolie ; les délais sont très longs et les tarifs, compte tenu du transport et des frais de douane, ne sont pas vraiment bas.


LA SECONDE VIE DU FEUTRE INDUSTRIEL : UN RECYCLAGE BIEN VU
Les charentaises tirent leur nom de la région charentaise. En effet, dès le XVIIe siècle, des industries papetières et textiles se sont installées le long de la Charente et de ses affluents.    Les presses à papier nécessitaient des tampons en laine qui devaient aussi absorber le surplus d'humidité de la pâte à papier.
Une fois qu'ils n'étaient plus suffisamment absorbants, ces tampons étaient mis au rebut. Or  le recyclage était chose courante . Ainsi, le feutre inutilisable dans l'industrie papetière, trouva une seconde vie. Les savetiers alors nombreux dans les campagnes, misèrent sur ce produit Imperméable, chaud et confortable. L'idée était d'utiliser ce matériau facile à travailler et chaud pour des semelles. Ces premiers essais furent concluants, les agriculteurs trouvèrent le produit à leur convenance car ces chaussons portés dans les sabots rendaient ces derniers plus confortables. Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'on rajouta une semelle rigide et la partie supérieure, appellée la tige, était réalisée avec les surplus des tisserands alors nombreux dans la région. Tout à portée de mains ou de pieds, la matière premiere bon marché et le savoir faire des savetiers permettaient de marcher toujours à l'intérieur sans le support des sabots.

Un temps, ces pantoufles nommées "silencieuses" furent portées par les valets, qui pouvaient ainsi se déplacer dans les pièces sans déranger leur maître.
On raconte que les bijoutiers d'antan portaient des chaussons en feutre afin d'étouffer le bruit des souliers dans les ateliers, et une fois hors d'usage, ils étaient incinérés afin de récupérer les  particules de métaux précieux qui auraient pu tomber. 

BAGUETTE, BERET ET CHARENTAISE : UNE SILHOUETTE UN BRIN FRENCHY

Les charentaises sont un exemple de produit qui eut son heure de gloire et, malgré un relooking, ne parvient pas à trouver un large public. Chaussons douillets, pantoufles confortables à defaut d'être sexy, très french touch. Aujourd'hui assimilés à la baguette et au bérêt , ces articles ont un peu perdu de leur prestige acquis dans l'entre deux guerres. 
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte : les gens de ma génération ont tous vu leurs parents, surtout leur père et grand père, porter ce type de pantoufles or en 68, nous avons essayé de bousculer les codes, alors pourquoi les reprendre 40 ans après ? Les intérieurs des maisons et des appartements sont mieux chauffés, et le prix peut être disuasif entre 30 et 50 euros selon la taille.
De nos jours, c'est aussi un produit à la mode, les bobos apprécient le confort feutré de cet 
article de luxe et pour eux, le prix élevé est un accélérateur d'achat .


Ce petit air français s'exporte très bien et le succès est probablement encore plus important à l'étranger  mais, comme toujours, nul n'est prophète en son pays. 
Ici comme ailleurs, il y a  toujours des pantouflards alors tout n'est pas perdu. Mais combien de temps encore cette production survivra-t-elle à la concurrence étrangère ?
Il se pourrait que ces pantoufles deviennent collector dans quelques années, au même titre que nos vinyls 33 tours et nos cassettes audio

 Conclusion : aujourd'hui le label made in France fait vendre en France, et encore un peu à l'étranger. 

CONCLUSION 
Le monde tourne, et nous avec lui.  Au risque de nous perdre dans notre passé ne nous reposer sur nos lauriers. Notre jeunesse est loin et il nous faut aller de l'avant, être opérationnels, vivre au rythme de notre époque et garder le passé dans notre boite à souvenirs avec les photos, les films  super huit, la machine à coudre à pédale et le mange disque.Mais le passé n'est pas pavé d'inutilités, non! Les légumes anciens reviennent dans les recettes des nouveaux jeunes chefs, les disques vinyls deviennent des must have. Ce n'est plus une honte de regarder le passer et d'y prendre ce qu'il y avait de bon. Le feutre est un de ces trucs qui depuis des siècles traverse les époques avec élégance.

CONCLUSION DE LA CONCLUSION Dans un mois, l'année 2012 se termine et l'année 2013 commence bientôt. Prenons de bonnes résolutions. Profitons de l'instant, profitons de ce que nous offre le monde textile d'aujourd'hui avec les matières textiles d'hier tant qu'il en est encore temps .
Les fibres naturelles sont nos amies, elles sont encore présentes dans les rayons des magasins et reviennent même en force dans l'univers de la mode. Sachez en profiter c'est  ce que je vous souhaite.