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jeudi 31 janvier 2013

N°4 UNE NOUVEAUTE MILLENAIRE : LE TISSU DE LOTUS


UN LAC FLEURI
Imaginez vous une vaste étendue d'eau, d'où sortent par milliers des tiges portant des fleurs plus belles les unes que les autres. Ces boutons blancs, roses et rouges vont éclore entre le mois de juin et de septembre, et alors le spectacle est unique.
Ces corolles  délicates se détachent sur les larges feuilles vertes. C'est simplement éblouissant, qu'il s'agisse d'un lac, d'une mare ou d'un bassin, l'aspect décoratif est extraordinaire. Qui plus est, si les tiges renferment des fibres susceptibles d'être filées, c'est magique. Il existe de nombreuses variétés de lotus, mais seules les tiges du Padonma kyar sauvage ou lotus rouge sont utilisées en filature.

LE TEMPS DE LA RECOLTE
C'est le matin que la splendeur des fleurs qui ouvrent leur corolle est à son apogée. Avec le coucher du soleil, les fleurs se fanent, pour mieux renaître le lendemain. La pleine saison pour la récolte se situe  pendant la mousson Ensuite, les fleurs sont moins abondantes et la qualité des fibres est de moins bonne qualité.

TOUT EST BON, IL N 'Y A RIEN A JETER
Dans le lotus tout est bon : la fleur est belle, elle se vend à l'entrée des temples et sert d'offrande aux fidèles, les graines, les pétales des fleurs se cuisinent, les graines séchées ou fraîches se dégustent comme des friandises, les racines semblables à des tubercules sont utilisées dans la pharmacopée chinoise





                   Lotus rouge royal, dont la fleur émerge majestueusement des eaux troubles.

.

UN LIEU, UNE FIBRE, UN TISSU
Quelques écharpes en tissu de lotus 
C'est dans le village de Kyaingkhan situé sur le lac Inlé que sont tissées traditionnellement les robes "offrandes" des moines en fibre de lotus ; quelques articles comme des écharpes ont été fabriqués afin de satisfaire une clientèle de passage, essentiellement composée de touristes car le tissu de lotus est symboliquement destiné à habiller les statues de bouddha et les vénérables vivants dans les monastères.

UN PROCESSUS IMMUABLE
Les femmes recueillent les fleurs et les graines, qu'elles vendront près des temples et au marché.
Les marchés sur le lac Inlé sont tournants, c'est-à-dire que tous les cinq jours ils reviennent dans le même village afin que tous les habitants du lac puissent dans la semaine avoir leur marché et faciliter les échanges. 

                                                      Aujourd'hui, c'est jour de marché

Les hommes  vont "cueillir" les tiges de lotus étêtées, dont les fleurs ont déjà été enlevées pour la vente.
Les tiges fraîches sont rassemblées et les opérations vont se succéder dans l'atelier. C'est à peine 24 heures après la récolte que commence l'extraction des fibres. L'ouvrière fait un tri, elle sait quelle tige choisir, souple mais pas molle car les fibres ont, dans ce cas, tendance à se décomposer et à donner un  fil inutilisable.
Les tiges une fois coupées, sèchent rapidement et deviennent cassantes. Il est alors impossible d'obtenir une fibre textile convenable.

 SYMBOLISME
Dans le bouddhisme, le lotus symbolise le potentiel de tous les êtres vivants de se développer au-delà des désirs de l'existence terrestre pour devenir des êtres purs, personnifiés par le Bouddha.

TRADITIONS
Les habitants du lac Inle suivent les traditions locales ; ils pensent que le lotus est doté de pouvoirs surnaturels. Ainsi, des rites anciens se poursuivent et les exigences perdurent
Les personnes qui vont travailler les fibres de lotus, doivent être respectueuses des cinq règles qui régissent la vie quotidienne des bouddhistes : ne pas voler, ne pas mentir, ne pas boire d'alcool, ne pas avoir une vie sexuelle dépravée, et ne pas tuer.
La plante est respectée, jusque dans la manière de la cueillir.
Une semaine avant la récolte des tiges, les paysans vont faire des offrandes au lac qui donne la boue et l'eau nécessaire à l'épanouissement de la plante, puis ils feront la même offrande au gardien spirituel de l'atelier où sera tissée la robe de moine. C'est une statue de bouddha que l'on retrouve dans chaque habitation et dans les temples et les monastères avec des tailles et des matières différentes. Ces offrandes consistent en 9 plats de nourritures terrestres déposés sur l'eau et devant la statue.

C'est un travail saisonnier puisque c'est entre mai et juin que la floraison atteint son apogée et jamais on ne coupe les tiges avant la pleine floraison. Ceci pour obtenir la meilleur qualité de fibre.
C'est une des raisons qui expliquent la faible production de cette fibre. Un jour peut être finira t on par  cultiver les lotus et congeler les tiges de lotus afin d'avoir de la matière première toute l'année et de pouvoir répondre à une demande internationale friande de nouveautés. Mais c'est une autre histoire.


Les femmes n'ont pour tout outil un petit couteau et parfois une simple lame, une bassine d'eau et une table basse qui sert d'établi. Les tiges sont incisées peu profondément, cassées d'un coup sec et  tordues de manière à extraire les filaments, une vingtaine par tiges. C'est avec curiosité que j'ai découvert l'intérieur de la tige.

En coupe transversale, on distingue quatre trous qui contiennent des filaments blancs, quasi transparents et humides. On les sort de leur cavité en éloignant les deux parties de la tige sectionnée.

L'ouvrière tient les bouts dans chaque main et d'un geste calculé, ni trop fort ni trop faible, elle obtient à chaque fois une trentaine de centimètres de fibre.



Les fibres seront déposées sur la planche en bois dont la surface est humidifiée en permanence. D'un mouvement énergique, l'ouvrière roule les filaments sur eux-mêmes de manière à obtenir une sorte de fil, encore faible car sans réelle torsion. Cette façon de faire me rappelle l'artisan boulanger qui fait les baguettes. Il prend un petit boudin de pate qu'il roule, allonge, puis il prend un couteau et d'un geste précis il fait des scarifications qui donneront une fois la cuisson terminée cette croute relièfée et craquante si particulière à la baguette "parisienne."
Elle dépose cette portion de fil qui ne dépasse pas 0,30 à 0,40 cm dans un panier à côté de la table basse et recommence l'opération avec de nouvelles tiges.
C'est un travail fastidieux et répétitif.
Le travail se fait à la chaîne, on coupe, on tire, on tord, on roule et on recommence.

LES BONS COMPTES
12000 tiges de lotus et plusieurs mois pour le filage, le tissage et la teinture sont nécessaires pour fabriquer le tissu d'une robe de moine. A ce compte, les birmans n'ont pas de soucis à se faire, leur production ne sera pas délocalisée et c'est heureux.

LE FILAGE
Les filaments vont être transformés en fil, petits bouts par petits bouts, ils seront assemblés de manière à obtenir un fil continu. Le processus est manuel, il faut éviter que les filaments s'emmêlent. Une fois la transformation achevée, le fil se retrouve sur de grosses bobines.
 Une torsion supplémentaire transforme les filaments en un fil suffisamment solide pour être tissé.
LE TISSAGE
C'est le travail de tout tisserand, rien d'extraordinaire à ce niveau là, bien qu'ici les outils soient réduits à leur plus simple expression.
Les métiers à tisser sont, comme le montre la photo, rudimentaires. On note que la largeur des tissus est limitée et dépasse rarement 0,90cm.


Avant le tissage, il est d'usage d'enduire les fils d'une sorte d'amidon de riz qui rigidifie le fil puis, pour faciliter le tissage, les fils sont légèrement huilés et, durant l'opération de tissage, les fils sont constamment humidifiés. Une fois le tissage terminé, le tissu obtenu est lavé afin d'ôter toute trace d'amidon et d'huile.

Le travail avance lentement, les commandes dépassent largement les possibilités de production, c'est pourquoi les délais sont si longs.



les moines entretiennent leur robe eux même;  dans les  monastères , les étoffes étendues au soleil le temps de sécher, sont autant de taches de couleur qui se détachent sur la verdure environnante


Les robes de moines sont teintes dans une gamme de rouges sombres. Le travail n'est pas pour autant terminé car le tissu est découpé en rectangles ou en carrés de tailles différentes qui sont assemblés pour donner l'impression d'un vêtement fabriqué avec des morceaux de tissus récupérés ça et là. L'ensemble semble rapiécé et symboliquement, la robe une fois terminée, ressemble à un paysage de rizières, avec ces parcelles irrégulières qui sont séparées les unes des autres par de petites digues.

Maintenant vous savez tout, je vous ai livré tous les secrets que j'ai pu glaner ici ou là, surtout là, c'est-à-dire dans les villages lacustres du lac Inle en Birmanie




mercredi 23 janvier 2013

3 UNE NOUVEAUTE MILLENAIRE : LE TISSU EN FIBRE DE LOTUS



RUSTIQUE ET SUBTILE : UNE MATIERE HORS NORMES
Difficile d'imaginer que ce tissu si subtil,  soit obtenu avec un matériel aussi sommaire : une chaîne humaine qui ne recours pas ou peu aux machines  mais qui utilise ses mains, sa force, sa patience, son savoir faire transmis de générations en générations


UN MINIMUM POUR UN MAXIMUM
Le résultat est surprenant pour  nous qui sommes habitués à déléguer le travail aux machines. Un matériel digne de nos musées, des machines bringuebalantes : un rouet  qui grince à chaque tour de roue, fait de bric et de broc, actionné manuellement par un homme sans âge.


un métier à tisser bricolés avec du bois de récupérations, des ficelles pour maintenir debout l'ensemble, des bidons d'huile de moteur (pour les bateaux) en guise de contre-poids.


Les teintures sont réalisées  manuellement, avec des matières colorantes encore naturelles m'a t on affirmé .






 Avec cette économie de moyens, le résultat dépasse l'entendement pour un étranger tellement habituer à déléguer le travail aux machines.

UN INTRUS DANS UN UNIVERS MONDIALISE
Ce tissu est difficile à décrire, c'est pour cette raison que je tenais à le voir et vous permettre de le voir, de le toucher.
Son aspect oscille entre le lin pour la solidité et le grain et la bourrette de soie pour la souplesse, soit d'une légèreté presque magique, qui contraste avec son aspect rustique. Une autre particularité apparait après usage : l'écharpe que j'ai utilisée durant mon séjour au lac Inle, fut pliée, roulée, mouillée par les éclaboussures, chauffée par le soleil, mais jamais froissée. Sa texture incite à la caresse, sa souplesse laisse rêveur, sa solidité est étonnante.
Cette fibre est un trésor qu'il convient de traiter avec déférence ; elle est non seulement naturelle (pour l'instant), artisanale (pour l'instant), et plus qu'aucun autre tissu au monde,  elle possède une charge émotionnelle et culturelle et cultuelle véhiculée par une philosophie de vie.








Je suppute que la méditation est en partie responsable de la "zénitude" des ouvrières et leur longévité

QUESTION D'ETHIQUE
Pour autant, faut-il imaginer couper nos vêtements occidentaux dans cette étoffe ? Ce serait un pêché d'orgueil parce que, originellement, ce travail titanesque était destiné à honorer un homme qui respecte la doctrine de Bouddha et les cinq préceptes qui rythment la vie quotidienne des bouddhistes : ne pas mentir, ne pas boire, ne pas tuer, ne pas avoir une conduite sexuelle incorrecte, ne pas voler.
Ce tissu n'a pas de nom, parfois on le nomme kya-thingahn c'est-à-dire robe de lotus. Cet anonymat volontaire, tranche avec son coût disproportionné.

DEUX BARRIERES INFRANCHISSABLES 
Le tissu de lotus  est encore "intouchable" pour les birmans deux raisons : sa puissance mystique  et  son prix.
 Les birmans, ne portent pas de vêtements en fibres de lotus, vous n'en trouverez ni dans les magasins, ni sur les marchés. Seuls quelques boutiques de grands hôtels proposent quelques articles en fibre de lotus, s'adressant à une clientèle étrangère.

coupons de coton uni, ikatés, ou imprimés de motifs ethniques pour longy,


le longy est une jupe longue portée indifféremment par les hommes et les femmes en Birmanie
sortie de l'université de Yangon, ni jeans ni baskets en vue.. mais des" longy"  obligatoire pour tous

UN JEU DE LUXE
Cependant pour quelques occidentaux fortunés, c'est une gageure de posséder un vêtement en lotus. Sa rareté,  et son prix le transforme en objet de désir, mais la valeur symbolique qui elle, est gratuite, n'entre pas en ligne de compte dans l'achat d'un costume ou d'une veste en lotus à plus de 6000 euros. Je redoute  de voir ce "petit bonheur"  transformé par un bon marketing en une mode l'espace d'une saison. Si la recherche du tissu de lotus n'a d'autre but que la frime, alors j'ai raté mon objectif.

MISER SUR LE RESPECT DES TRADITIONS
Sur place, en découvrant un peuple, en me documentant sur son histoire,  je me suis rendu à l'évidence :  je n'avait rien compris. Nous gommons, effaçons, lissons, uniformisons, formatons , mais nous oublions une chose : le tissu est un langage, un lien tissé entre les peuples plus qu'un simple objet de consommation. C'est en voyageant que l'on s'aperçoit de cette particularité.

UNE JOLIE RENCONTRE
Je suis contente d'avoir  eu cette rencontre avec cette étoffe et d'avoir pris conscience de ce qu'elle représente pour une société qui vit en marge de ce que nous appelons le progrès. C'est  un époustouflant  savoir faire qui laisse une empreinte mystique dont nous ne prenons pas  réellement la mesure.
Alors ma décision est prise, en fait depuis le début de ma rencontre avec les habitants du lac Inle. Oui, j'avais dans l'idée de commercialiser le tissu de lotus avant de me rendre au lac Inlé, oui j'avais pris des contacts avec diverses firmes,  oui  j'ai acheté et rapporté des échantillons, oui, j'ai une écharpe en  lotus, oui je suis dépositaire de ce petit trésor, oui vous pourrez le découvrir en venant nous rendre visite, et non  je ne veux pas  participer à la  perte d'identité de ce tissu, le dénaturer, en faire un banal  produit commercial. Alors ne me demandez pas un métrage pour vous faire "la robe de l'année", parce que ce sera non!

C'est encore un article authentique que la célébrité n'a pas métamorphosé :  profitez en pour faire sa connaissance simplement, sans bla-bla, sans bling-bling, sans chi-chi et pourquoi pas repartir avec un peu de sérénité autour de votre cou. Rendez vous chez De Gilles Tissus.

2 UNE NOUVEAUTE MILLENAIRE : LE TISSU EN FIBRE DE LOTUS


UN MONDE SUR PILOTIS QUI VIT A COTE DU XXIe SIECLE




Les Intha, ethnie minoritaire bouddhiste vivent dans ces cités lacustres depuis le 12 e siècle.  Ils ont adapté leur mode de vie à leur environnement, en devenant, pêcheur, jardiniers, ou tisserands.
Le tissage des fibres de lotus est devenu leur spécialité.
 Le tissu était destiné à habiller des statues de Bouddha, dans les  monastères, les temples où les donateurs sont nombreux et riches, ou simplement chez les particuliers puisque dans chaque foyer bouddhiste on trouve une statue de Bouddha. Si les grands Bouddhas comme dans le temps de ShewDagon à Yangun sont revêtus d'un manteau en fibres de lotus, dans les maisons on place un petit carré de tissu de lotus sur la statue. C'est une offrande tout en symbole. Le lotus étant la fleur emblématique de Bouddha. Selon la légende, aussitôt après sa naissance, Bouddha se mit à marcher et des lotus apparurent à l'endroit où il avait posé ses pieds. C'est pourquoi on trouve souvent des représentations de Bouddha assis sur une fleur de lotus en guise de trône.

UN COMMERCE EN AUTARCIE QUI SE FISSURE
 Les ateliers de tissage  fabriquent et vendent pour la clientèle locale de petits carrés d'étoffe de lotus, petits parce que le prix est très élevé et il serait impossible aux Intha d'en acquérir.
Ce sont des commandes plus importantes qui permettent à ces ateliers de survivre.  La totalité de la production était destinée  il y a encore un an ou deux, au marché intérieur birman, mais depuis 2012 , l'exportation est à l'ordre du jour. La production pouvant à peine suffire à la demande, on trouve très peu d'articles "finis" en fibres de lotus. En général, ils sont fabriqués sur commande.
 La clientèle étrangère éprise de luxe est un eldorado, un espoir, une manne  pour les entreprises locales qui entrevoient un développement de leur production. Le tourisme  semble  déréguler ce commerce traditionnel. Le jour où sur les marchés on proposera  des écharpes en lotus au prix des écharpes en soie, alors ce sera le début de la fin, et les premiers responsables sont les clients. Rapporter un souvenir de voyage à n'importe quel prix, le plus bas possible en général, c'est ce qui met en péril l'artisanat.



A CHAQUE VILLAGE, UN MONASTERE
Dans chaque village il y a un monastère et, dans chaque monastère, il y a des novices, des moines et un Vénérable. Tous portent les habits monastiques.








A CHAQUE MONASTERE UN VENERABLE
Le Vénérable ce qui équivaut pour nous au titre de supérieur dans  un couvent reçoit une robe en fibre de lotus offerte par les fidèles dans les monastères les plus importants.  Si les fidèles ont peu de moyens, les robes offertes sont en coton.
 Ici un moment de pause pour le repas du vénérable. Il a 75 ans, souffre de diabète et lors de notre visite, le médecin venu de la ville voisine était présent pour surveiller son état de santé





LE DON DE LA ROBE DE MOINE UN CEREMONIAL CODIFIE
Novices, moines, ou vénérable, tous reçoivent de la part des fidèles ou de leur famille une robe. Ce don du thingahn ou  robe est un acte méritoire pour tout bouddhiste.
Mais le kya-thingahn littéralement robe de lotus est un présent inestimable  Pour réunir la somme nécessaire à la confection d'une robe, il faut parfois des années. Autrefois, les ateliers travaillaient uniquement pour honorer les commandes de robes de moines. Un délai d'une année était nécessaire pour la réalisation d'un vêtement de cérémonie. Tout se faisait manuellement, de la récolte des lotus qui a lieu pendant la mousson, en passant par les étapes de filage, tissage et teinture. La robe des moines doit  respecter des règles strictes : elle se compose d'une multitude de morceaux, de longueur, de largeur, de formes différentes, qui sont assemblés par des coutures visibles, entre 50 et 155 éléments à assembler,  en fonction de l'importance du moine, un véritable puzzle. Plus le nombre de morceaux est important plus le prix de la robe est élevé, plus la personne qui la porte est importante.





 Ceci en mémoire des premiers moines bouddhistes qui devaient fabriquer eux même leur vêtements. Ils devaient aller dans les cimetières pour récupérer des morceaux de tissus sur les vêtements des morts. Ainsi leur robe était constituée de plusieurs tissus de matières et de couleurs diverses. Puis cette obligation fut remplacée par le don des fidèles : les villageois  donnaient des morceaux d'étoffes aux moines  afin qu'ils puissent en les assemblant fabriquer leur robe. Aujourd'hui les moines n'ont plus l'obligation de  faire eux même leur vêtement, ce sont des couturières spécialisées  qui réalisent ces vêtement et elles apprécient par dessus tout les commandes les plus complexes.
Ce sont toujours les fidèles qui paient la facture avec la collecte des oboles .

Plusieurs villages se sont installés sur ce lac  chacun ayant un secteur d'activité bien distinct.  J'ai évidement remarqué le village des teinturiers.




les fils teints sèchent au soleil en attendant d'être installés sur le métier à tisser


Le matin les teinturiers s'activent, préparent les bains de teinture, teignant et essorant les fils ou les   tissus, et dès que le soleil perce alors  tout est  étendu sur des tiges de bambou   jusqu'au coucher du soleil, et le lendemain tout recommence.






UN ARTISANAT AUTHENTIQUE
Les étrangers, occidentaux ou asiatiques,  ont été fascinés par cet artisanat  et séduits comme je l'ai été par ce savoir-faire ancestral. Et aujourd'hui les ateliers sont débordés, et la quasi totalité de  leur production est achetée d'avance par de grands noms de la haute couture. On peut éventuellement passer commande pour des métrages, mais le délais dépasse largement 2014.
Dans la boutique attenante à l'atelier il y a des milliers d'articles en  coton et en soie, de toutes les couleurs, de toutes les formes, de toutes dimensions,  qui  retiennent l'attention de la majorité des visiteurs, mais dans un coin,  un tout petit rayon de tissus de lotus, ne proposant qu'un choix réduit à quelques articles
trois étagères dans un coin d'une immense boutique sont dédiées aux articles en fibres de lotus. 


Châles, chapeaux, écharpes et deux malheureux coupons attendent le chaland qui daignera leur prêter attention. Et cette personne collectionneuse, passionnément curieuse, touriste textile, ce fut moi.
Et voila le résultat


AVENTURES EN  BIRMANIE A SUIVRE

1 UNE NOUVEAUTE MILLENAIRE : LE TISSUS EN FIBRE DE LOTUS



Je n'avais qu'une hâte en arrivant en Birmanie, c'était d'aller au lac Inlé seul endroit au monde 

où les pêcheurs rament avec une jambe 

 où les femmes tissent une fibre  extraite de la tige du lotus royal.

                                           et où les tomates poussent des jardins flottants
et où les hommes cueillent les fleurs assis dans une barque à fond plat



A LA RECHERCHE D'UN PETIT BONHEUR TEXTILE DU BOUT DU MONDE
Mais après quoi je courrais si vite? Après un petit bonheur textile, le tissu en fibre de lotus. Un tissu unique au monde ou presque, un tissu secret, une production confidentielle, connu de quelques initiés. Evidement ma curiosité était titillée, l'allais s enfin avoir l'occasion de toucher ce phénomène textile. Originellement c'est  dans cette cité lacustre que débuta le tissage de la fibre de lotus. Dans un prochain post je vous donnerai des détails plus techniques.
Longtemps ces tissus furent réservés à la fabrication des robes de  moines et de manteaux de Bouddhas.
Statue de Bouddha recouverte de feuilles d'or et vêtue d'un manteau en fibre de lotus (temple de Shewdagon à Yangon.)

LES LOTUS DU LAC INLE CACHENT UN TRESOR
Les Intha, les habitants du lac savent comment extraire  les filaments translucides contenus  dans les longues tiges des fleurs de lotus, et  les transformer en une matière textile.
Ce travail réclame une grande dextérité. Au fil des ans dans  bruit régulier des cliquetis incessants des métiers à tisser,  se façonne centimètre par centimètre, tranquillement, lentement, paisiblement une étoffe qui deviendra la Robe d'une vie pour un Vénérable.  Pour les Bouddhistes Intha,  le tissu de lotus fait partie de leur  économie, de leur culture, de leur vie.
C'est grâce à une production confidentielle que cet artisanat a pu  sauvegarder son authenticité.

ATTENTION DANGER : TROP,  TROP VITE
 Il semble que les Intha, en même temps que leur pays entrouvre ses portes, s'adaptent aux contraintes du commerce international avec une grande aisance.
Mais réussiront ils à conserver leur sérénité face à des entrepreneurs étrangers qui découvrent cette fibre et son potentiel commercial. Certains  envisagent  déjà une diffusion à grande échelle,  ciblant  le marché international du très grand luxe. Une fois le doigt est mis dans l'engrenage, le fragile équilibre économico-culturel peut facilement être déstabilisé et cela d'une façon irréversible.

UNE MODE PASSE ET MANQUE
Le tissu de lotus dans les années qui viennent va devenir un "must have" un "hit" . Il sera  inévitablement copié, imité, vendu ici et là comme on vend une savonnette, sans conseil, sans son cv ; il perdra son identité pour courir le monde et envahir les défilés des fashionweeks de New York, Londres, Milan ou Paris.

OUI OU NON?
OUI, c'est un dilemme pour moi de vous faire découvrir cet article. Dois-je le divulguer,  
essayer de le commercialiser  ou le cacher et garder ma trouvaille égoïstement pour moi toute seule? Pourquoi un tel questionnement ? Parce que cette étoffe mystique est fabriquée depuis des siècles par les habitants de cette cité lacustre implantée au milieu d'un lac, avec une destination très précise plus  mystique que commerciale.
NON je ne le commercialiserai pas en métrage.
 Votre avis sur la question m'intéresse. N'hésitez pas à me laisser un message.


AVENTURES EN BIRMANIE  A SUIVRE

vendredi 18 janvier 2013

LE LOTUS UNE FLEUR, UN FIL, UN TISSU UNIQUE

Enfin, j'ai pu voir de près des tissus en fibre de lotus, un rêve que je croyais ne pas pouvoir réaliser. La semaine dernière j'étais sur le lac Inlé en Birmanie Je pose à peine mes valises, mais je ne pouvais pas attendre pour partager avec vous cette bonne nouvelle. Vous les curieux, les passionnés, les collectionneurs et tous les autres  je vous invite à venir examiner de près, de toucher, de voir ce qu'habituellement on imagine en regardant les photos prises par les autres. Ce tissu est simplement sobre, mais incroyablement intéressant. C'est un produit encore inconnu du grand public, que seules quelques  grandes maisons de luxe comme Loro Piano commercialisent. Moi je suis fière de vous offrir la possibilité de découvrir ce tissu.
Alors lundi promis je vous donnerai tous les détails que j'ai pu glaner sur la manière de récolter, de filer et de tisser cette fibre qui durant des siècles fut destinée à la confection des robes monastiques. Aujourd'hui encore il faut casser sa tirelire pour acquérir ce petit trésor, mais la rareté dans notre monde industrialisé, formaté,  à un coût,  celui du rêve, et ce rêve est devenu un luxe.
Alors à lundi pour un voyage au pays des milles pagodes et du lotus royal.

jeudi 3 janvier 2013

A LA RECHERCHE DU FIL DE LOTUS

Une fois encore je pars à la découverte d'une étoffe dont j'ai entendu parler mais que je n'ai jamais eu la chance de voir, de toucher, de travailler. Il s'agit d'un tissage obtenu avec un fil de lotus...Bizarre oui certainement, mais bien réel. Les habitants des bords du lac Inle en Birmanie fabriquent à partir des tiges des fleurs de lotus un fil, qui une fois tissé donnera un tissu unique au monde. La rareté du produit associé à un savoir faire  très particulier explique sans doute son prix très élevé.
 Cette étoffe n'a à priori pas de nom,  mais elle possède des qualités naturelles extraordinaires : elle ne se froisse pas, elle est imperméable et très solide.
A mon retour de Birmanie j'espère pouvoir vous proposer cet article dans la boutique De Gilles.

Bonne année textile 2013 à tous et à toutes et à bientôt.