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dimanche 24 mars 2013

UN SOUFFLE COLORE DE SOIE ET D'ABACA


UNE ARTISTE
Si vous ne connaissez pas encore le travail d'Ysabel de Maisonneuve, alors je vous convie à une visite de son atelier située à deux pas de ma boutique. Une artisane ? non! Une artiste!


Une cascade de soie qui dévale comme un torrent
Elle voyage aux quatre coins du monde, rencontre des maîtres teinturiers,  des artisans tisserands s'imprègne de leur savoir-faire ;  parfois elle pose ses valises, s'installe pour un moment et  travaille avec eux.  Et c'est ainsi qu'au fil des ans elle devenue dépositaire de techniques époustouflantes qu'elle maîtrise parfaitement.



UNE COLLECTIONNEUSE DE SAVOIR-FAIRE
Elle reçoit beaucoup mais n'a qu'une ambition : partager avec nous ses trouvailles, ses expériences, ses connaissances. Entre expositions, décors de théâtre, voyages, elle s'octroie du temps libre, mais jamais  éloigné de son sujet de prédilection :  des stages de teinture ouverts à tous, mais les places sont limitées.

UNE EXPLORATRICE TEXTILE
Dans de nombreuses régions du monde, des techniques très sophistiquées de teinture, de tissage, d'ennoblissement sont encore utilisées. Avec un matériel rudimentaire, le savoir faire transmis de génération en génération permet d'obtenir des articles qui nous étonnent par leur qualité, leur magnificence, leur précision. Sans les machines, sans l'électricité, sans le recours aux ordinateurs, serions-nous encore capable de produire des dentelles aussi fines et délicates, des tissages aussi complexes qu'élégants, des couleurs aussi profondes et fugaces ? A force de laisser les machines faire le travail, nous avons oublié que nous possédons une richesse que, seule la transmission peut faire vivre.  Cette capacité de fabriquer de belles choses avec pour seul outil nos mains et notre savoir est un précieux héritage, ne le perdons pas.

ELLE FAIT ENTRER LA NATURE DANS LES FIBRES
Les thèmes de ses collections sont souvent chipés à  la nature. Le satin de soie coule dans les mains comme du sable, le souffle du vent fait murmurer le lin des écharpes, les clapotis de l'eau qui  frissonnent dans les bassines rappellent étrangement le bruit de la pluie sur les feuilles des arbres.
Ysabel sait merveilleusement bien traduire la nature par des couleurs, des graphismes, des instantanés qui figent le vent, qui fleurent la mousse des sous bois, qui rappellent les végétaux sous marins


Ce tissu entre les mains deYsabel devient une anémone de mer
Ces créations sont brutes et sophistiquées. Ysabel aux manettes, ou plutôt aux bassines, est une magicienne. D'un bleu, elle obtiendra des nuances fugaces et subtiles ; d'un vert, elle obtiendra un ton inattendu ; d'un rose, elle fera un bouquet, et toute la palette y passe. Je pourrais passer des heures à ouvrir les tiroirs, essayer les tuniques, effleurer les surfaces bosselées des manteaux. La surface plane d'un tissu soudain se gonfle, se tord, se soulève. Notre artiste nous fait aimer les volumes colorés des ses tuniques.



UNITE DE TEMPS : HORS CHAMPS
Le temps s'écoule plus lentement dans cet atelier ; rien n'est précipité, le temps de réfléchir, de choisir, de préparer, le temps de prendre son temps. Le temps est un des ingrédients nécessaires à la réussite de l'entreprise.

DES PLISSES, DES PLIAGES, DES FROISSES, DES CREUX ET DES BOSSES, UN FOUILLIS BIEN ORDONNE : UN TRAVAIL D'ORFEVRE
Son travail, son art n'est pas éphémère, bien au contraire. C'est un cadeau qu'elle nous offre, qui ravie notre vue, honore notre toucher. Ses couleurs profondes et décalées subliment la matière et c'est avec volupté que ses vêtements nous enveloppent, nous cachent, nous parent. Ses vêtements translucides jouent avec la lumière. Ils sont des cocons plissés, pliés, froissés qui possèdent le charme d'objet unique

LA MAGIE AU BOUT DES MAINS
Ysabel connaît la potion magique qui  permet d'obtenir une soie en 3 D, un  lin  translucide, une étamine de laine juste suffisamment forte pour supporter des motifs hallucinants. Il faut aimer les tissus  pour leur offrir une autre vie, il faut aimer les couleurs pour aller chercher l'inimaginable, il faut aimer le défi pour récupérer un raté et le transformer en une œuvre d'art.

LEGERETE ET MOUVEMENTS
Ysabel sait apporter ce petit plus qui transforme un simple morceau de tissu en une merveilleuse étole, en une tunique arachnéenne, en manteau qui se drape sur vos épaules comme une enveloppe imaginaire.
Les étoffes que vous pourrez admirer sont comme des chiffonnades, elles ondulent sur le vent, elles planent sur les souffles d'air, elles bougent aux moindres mouvements, véritable danse textile. Pour un peu, on irait volontiers faire quelques pas en rythme avec une écharpe diaphane, une tunique évanescente.

DES EMOTIONS TEXTILES
Ce n'est pas le vocabulaire usuel que l'on utilise habituellement pour définir des étoffes,
je vous l'accorde. Mais nous sommes ici face à des œuvres d'art,  et ces pièces uniques ont une charge émotionnelle tout-à-fait étonnante. Je suis allée ce jeudi dans l'atelier d'Ysabel et aujourd'hui,  j'ai encore en mémoire la subtilité de cette tunique dont les couleurs indécises, jouant à cache cache avec le vert et le bleu, sans choisir laquelle prendra le dessus.

DES MODELES UNIQUES, UN LIEU SURPRENANT, UNE CREATRICE A DECOUVRIR
Ses créations sont  uniques, comme chaque être humain est unique. L'atelier, petit en surface est sans limite pour sa créativité.
Cet endroit est celui qu'elle a créé, décoré, imaginé. Parfois, des formes vestimentaires suspendues sur des filins qui traversent la pièce, ressemblent à des marionnettes, qui légères et colorées, vibrent au moindre souffle d'air. C'est tout autant charmant que déstabilisant.

On entre dans un univers déconnecté de la vie parisienne. Il est authentique, un brin désuet, mais habité par des personnes de talent. A l'occasion, on y rencontre brodeuses, couturières, clientes, amies. C'est un lieu exquis, vivant,  où se mêlent les odeurs des teintures, les vapeurs chaudes qui s'échappent des bassines.
La cuisine des couleurs

Des morceaux d'étoffes s'étalent langoureusement sur une commode, sans doutes des essais, des articles non terminés et dans ses tiroirs, des trésors qui attendent d'être découverts.

UN BRIN D'ART POUR UN QUOTIDIEN MOINS BANAL
Maîtriser le maniement de  la couleur, dompter les fibres naturelles, avoir la capacité de "fabriquer" en donnant un peu de soi et de soie, c'est le but que s'est fixée cette jeune femme. Colorer notre garde-robe avec délicatesse et spontanéité, c'est un challenge réussi.



 C'est avec un grand plaisir que je vous ai offert cette visite guidée dans l'antre d'une artiste qui  manie avec talent les fibres et les couleurs.

mardi 19 mars 2013

UNE ETOFFE FAITE D'ECORCE : LE TAPA


Je ne suis pas allée à Wallis, j'aurais aimée ; peut être un projet pour un prochain voyage, mais je possède un tapa. A l'époque lointaine où je chinais des objets divers et variés pour les décorateurs, j'ai découvert cette curieuse étoffe.

UN TAPA POUR UN TAPIS
Un jour où j'étais venue à la salle de ventes de Drouot pour acheter un tapis, je suis repartie avec un tapa. J'ai été séduite par ce matériau que je ne connaissais pas, par la naïveté des motifs, par la faune exotique représentée et par l'originalité du produit, un rouleau de trois mètres de long sur un demi-mètre de large. Difficile à caser dans un appartement parisien, même hausmanien. Alors je ne l'ai jamais revendu, il est resté longtemps roulé sur lui même, prenant beaucoup plus d'espace qu'encadré sur un mur.

Un rouleau de trois mètres de long
QU'EST-CE QU'UN TAPA?
C'est une étoffe obtenue par l'écrasement des fibres du liber de plusieurs espèces végétales. Ce mot signifie en samoan  ordure non colorée d'une étoffe, en hawaïen kappa est une étoffe d'écorce. Le terme d'origine océanienne  est pour cette raison, est invariable.

UNE FIBRE LIBERIENNE,  UN LIEN CULTUREL
En faisant "du rangement", j'ai redécouvert ce panneau qui semblait me dire malicieusement : "déroule moi, regarde moi, expose moi, parle de moi, j'ai une histoire : je viens d'une contrée lointaine peut être,  mais qui est aussi une partie de la France". Wallis est une collectivité d'outre-mer française située dans l'hémisphère sud.

Brun, noir et ocre, les teintures naturelles sont caractéristiques de Wallis
L'homme, depuis toujours, a su trouver dans la nature environnante ce dont il avait besoin pour vivre et même parfois survivre. Le tapa, étoffe insolite, montre à quel point la nature est capable de répondre aux besoins de l'homme.



UN ARTISANAT EXCLUSIVEMENT FEMININ
La fabrication de tapa est depuis la nuit des temps réalisée  par les femmes. C'est un moyen d'exprimer leur créativité, et cela n'est pas si courant. Artisanat et artiste. Fêtons donc les artisanes, même si le mot n'est pas mentionné dans le dictionnaire de l'Académie.


USAGES CEREMONIELS MULTIPLES
 Il existe différentes sortes de tapa, les dimensions sont fonction de la destination finale. Il  a des usages décoratifs comme des tentures, des tapis ou vestimentaire comme des jupes cérémoniels, ponchos,   ceintures, linceul.  Ces différentes facettes  transforment un tapa en  enveloppe (poncho)  en protection (couverture, linceul) en parure (jupes cérémonielles) ou encore en lien (ceintures).
 Selon la tradition, ces  étoffes sont souvent offertes en cadeau de mariage. L'accumulation de tapa est un signe de richesse. Il s'agit d'articles essentiellement cérémoniels portés les jours de fête.

 ENTRE LA CURIOSITE ETHNOGRAPHIQUE ET L'ŒVRE D'ART
C'est un moyen d'expression ancestral qui témoigne des influences , des migrations, des échanges entre les archipels. Bien que traditionnels les éléments de décors sont parfois très surprenant, faisant entrer dans leur vocabulaire  des détails plus contemporains empruntés à la civilisation occidentale. Mais après tout n'est ce pas le mélange des cultures qui permet d'enrichir la créativité?
Tapa est le nom générique sous lequel on désigne l’étoffe fabriquée à partir de la sous-écorce (ou liber) du mûrier à papier, arbuste appelé scientifiquement broussonetia papyrifera ou plus familièrement "tutu". Selon les régions, les utilisations, les dimensions, les appellations sont différentes. Bien que les techniques de fabrication diffèrent selon les archipels, il ne s'agit que de variantes d'un savoir faire que se partagent les peuples du Pacifique sud


LES ETAPES DE LA FABRICATION DU GATU
Le tapa de Wallis est désigné par le mot "Gatu". Les différentes étapes de la fabrication d'un tapa sont   traditionnellement dévolues aux femmes.
Il faut abattre l'arbre. Ensuite  détacher l'écorce puis séparer la sous- écorce, c'est-à-dire le liber du mûrier à papier. C'est dans cette partie que se trouve la matière première nécessaire à la fabrication d'un tapa.  Elle est composée majoritairement de viscose, de résine et d'eau. Dans la fabrication d'un tapa, on ne va pas jusqu'à la transformation en fil : ce n'est pas le but recherché. La plus connue des fibres libériennes est le lin. Mais dans le cas précis du Gatu, on recherche un support non tissé. Une surface qu'il faut aplanir, aplatir, élargir, assouplir avant de recevoir un décor et de se plier aux différents usages.
Une fois l'écorce récupérée, elle est grattée,  raclée avec des outils  archaïques mais efficaces comme les coquillages, ou plus techniques comme une lame de couteau. Les plus étonnants sont des coquillages. Il y a deux ou trois coquillages différents, utilisés les uns après les autres, afin de récupérer un maximum de pulpe (le liber).
La matière ainsi obtenue est mise à macérer dans de l'eau (de mer ou non) c'est ce que l'on nomme  rouissage lorsque l'on travaille le lin ou le chanvre. L'opération permet de libérer les fibres et assouplir l'ensemble.
L'étape suivante réclame force et patience. Les femmes vont, à l'aide d'un battoir en bois, marteler toute la surface de l'écorce. Une fois de plus, c'est presque de la pâtisserie. On imagine la préparation d'une pâte feuilletée que l'on va pétrir à la main, ici  la main est remplacée par une sorte de maillet et la table se fait enclume. Cet outil est précieux, généralement est sculpté dans un bois très dur, le bois de fer  et décoré.

Et pourtant il s'agit d'un textile
Au cours de cette opération, l'écorce est écrasée et, en s'aplatissant, elle gagne en surface. Comme une pâte que l'on pétrit et que l'on pétrit encore et encore. Ainsi, les bandes de 10 cm de large vont bientôt passer à 20 cm. . Les bandes sont suspendues pour accélerer le séchage Pour obtenir une plus grande surface, il suffit d'assembler plusieurs "rubans" avec une glue végétale à base de manioc
Le tapa devient laututu lorsqu'il est constitué de plusieurs lés assemblées.
 Selon l'épaisseur désirée, et par conséquent la destination,   on peut superposer jusqu'à trois couches de liber. Les bandes de tapa sont alors suspendues pour séchage, après quoi elles sont assemblées à l’aide d’une glu végétale souvent faite à partir de taro ou de marante.
Mais le travail n'est pas terminé. Le tapa doit encore être exposé au soleil pour blanchir. On peut rigidifier l'écorce en badigeonnant la surface avec un vernis/colle toujours à base de manioc.   
Battoir en main, les femmes vont battre l'écorce afin de l'assouplir. En l'affinant, on augmente la surface.

LA TOUCHE FINALE
C'est le décor qui va donner un supplément d'âme à ce produit.
A Wallis, on utilise deux ou trois couleurs pour la décoration, elles sont d'origine végétale. Le processus de transformation de la matière première (fruit, noix, racines, feuilles) en  produit colorant est lent et nécessite plusieurs opérations avant d'être utilisé.
Le noir est obtenu avec le fruit du bancoulier ou tui-tui, le brun avec l'écorce de ce même arbre.
Les dessins sont réalisés au pochoir ou à main levée. Les thèmes de prédilection sont tirés de la nature environnante c'est-à-dire la faune marine.

UN HERITAGE SYMBOLIQUE 
Le tapa est bien plus qu'une étoffe,  c'est un élément essentiel de la culture de ces  peuples du Pacifique sud. La tradition est difficile à respecter, l'équilibre entre le passé et le présent est précaire, mais il perdure dans nombre de régions. Wallis est l'une d'elles. 

UN ARTISANAT  SYMBOLIQUE
C'est un art qui fait partie de la culture des Iles du Pacifique. La modestie du matériau cache un luxe, celui d'un savoir faire ancestral. Cette richesse réside dans l'osmose entre l'homme, la flore et la faune. La vision naïve des animaux marins est un petit bonheur parce que, là encore, le travail manuel est privilégié. La machine qui pourrait fabriquer un tapa avec autant de subtilité, qui pourrait décrire avec autant d'émotion une faune marine extraordinairement variée, l'ondulation d'une algue au passage d'un ban de petits poissons, la force d'une raie, le frissonnement d'une vaguelette, l'hésitation d'un poisson se frayant un passage entre une langouste et une tortue, ces couleurs hors cadre, n'a pas encore été inventée, mais le faut-il ?
Ce sont des offrandes qui sont faites lors de cérémonies religieuses,  ou bien il s'agit de cadeau de mariage. Ces dons sont l'occasion de réunions familiales ou villageoises. Parfois le tapa est  reçu en héritage car c'est un bien de grande valeur.  Cet article ne doit pas se confondre avec un quelconque souvenir de vacances. Ce serait lui  dénier tout  potentiel culturel et faire fi de sa symbolique.


UN DERNIER POUR LA ROUTE ? LE TAPA MENSONGE!
Avis aux novices. Si en visitant  ces archipels vous souhaitez acquérir un tapa, sachez que des techniques de fabrication moins traditionnelles ont été introduites depuis quelques années . Pour accélérer  la fabrication, on va durcir artificiellement la matière en appliquant  sur ce non tissé un autre non tissé, une fine toile collante. Le produit est localement connu sous le nom de" ngatu loi" c'est à dire tapa mensonge. Cela a le mérite d'être clair,  il n 'y a donc pas tromperie sur la marchandise. 
Le tapa  réalisé sans autre but que la vente perd donc un peu de sa superbe, le message qu'il véhicule n'est plus culturel, mais commercial.  Malheureusement, il s'adresse à une population étrangère à l'Ile, les touristes. Les véritables tapa sont  trop précieux pour être vendus dans les boutiques de souvenirs.
Les authentiques tapa n'ont pas vocation d'être vendus, seuls des "productions" spécifiques se retrouvent dans les boutiques. Ces tapas sont alors privés de leur charge émotionnelle.

samedi 16 mars 2013

LA FINE FLEUR JAPONAISE : FUJIFU WISTERIA

La tige, la fleur, la fibre et au final l'étoffe


Wisteria ? Lane ? Non wisteria flower! Fuji film? Non Fujifu tissu!  
Ce tissu est un petit trésor qu'une entreprise japonaise a sauvé de l'oubli. J'ai eu la chance de voir et de toucher ce Fujifu wisteria lors d'une exposition. L'intérêt que je porte à ce produit est un peu celui d'un archéologue qui s'intéresse à un objet inconnu qu'il vient de découvrir. Le fujifu à piqué ma curiosité et voici le produit de "ma récolte".   


LAISSONS LA NATURE ENTRER DANS LE DRESSING
C'est à partir de la tige de la glycine du Japon que l'on obtient une fibre textile  puis un tissu exclusif : le fujifu wisteria.

                                    Le bois de la tige et le tissu


UN TISSU MUSEE OUI, MAIS VIVANT
Cette technique ancestrale qui utilise une fibre végétale faillit tomber dans les oubliettes du modernisme. Mise à mal par l'arrivée du coton, le fujifu déclina; les ouvriers et les paysans japonais, optèrent pour la facilité. Le coton était plus facile à filer et à tisser que les fibres provenant de plantes sauvages. Plus tard, l'attrait des fibres chimiques, plus solides, plus faciles à entretenir et financièrement plus accessibles, donna le coup de grâce à une fibre traditionnelle. La concurrence était trop rude et cette pauvre wistéria ne put résister. C'est ainsi que le fujifu devint un produit "musée". Mais c'était sans connaître la volonté farouche des japonais à vivre dans deux mondes : celui d'hier et celui d'aujourd'hui.


UNE COHABITATION DES ANCIENS ET DES MODERNES
Les  japonais, conscients de la richesse de la tradition, délaissèrent cette subtile étoffe au profit de tissus moins naturels mais tellement plus fonctionnels. Le renouveau dans l'alimentation, avec le développement des "anciens légumes, des fruits non calibrés" autorise une pensée positive pour le domaine du textile. Pourquoi ne pas revoir des tissus à l'ancienne, cohabitant avec les fibres du futur? 


LES PASSEURS DE TRADITIONS
Mais nous sommes au Japon où les traditions ont la vie dure. Les artisans sont des personnages importants et respectés. Ils ont un pouvoir certain sur le comportement des consommateurs. C'est sans doute ce qui nous manque en Occident : l'admiration et le respect des artisans et de leur travail. Au Japon, ces maîtres artisans sont supportés par le gouvernement et par tout un peuple fier de son patrimoine culturel, ils sont les passeurs de traditions.


UNE REDECOUVERTE
Sans la ténacité de Monsieur Masao Hoishiara, le fujifu aurait sans doute disparu totalement des mémoires et des rayons des magasins. 
Il a redécouvert ce tissu, s'est intéressé à sa fabrication, a acquis ce savoir faire indispensable et est passé à la production. Toutes les opérations étant manuelles, la production est faible mais constante. Après quelques décennies, ce Maître artisan a passé le relais à son fils. Belle réussite même si ce tissu est encore un produit d'exception. La communication de l'entreprise est parfaite. Monsieur Masao Hoishiara est le représentant officiel du fujifu, qu'il présente à travers le monde, souvent invité vedette d'expositions textiles.
Située dans la région de Kyoto, Yushisha est actuellement la seule société produisant ce tissu.
                                                Du fil au tissu


DU QUOTIDIEN A L'EXCEPTION
Jadis, les japonais utilisaient pour leurs vêtements quotidiens, des fibres végétales obtenues à partir de plantes communes. Ils surent tirer profit de la nature environnante. Les exemples ne manquent pas. Au nord, dans l'île d'Hokkaido, c'est le kumazasa, sorte de bambou nain, qui peut être transformé en fibre textile. Il existe aussi une herbe sauvage qui ressemble au chanvre : le chôma qui, filée et tissée, donne le yakizarashi, une étoffe rustique utilisée pour les vêtements de travail. La glycine du Japon était présente dans de nombreuses régions du pays et permettait la fabrication d'un tissu solide adapté à la demande des ouvriers et des agriculteurs. La nature procurait à l'homme de quoi se nourrir et aussi se vêtir comme partout dans le monde. Mais  comme partout dans le monde, les choses changent et, à l'arrivée du coton, l'usage des fibres de glycine déclina.


UN BIEN CULTUREL IMMATERIEL
Seya, un petit village situé dans la péninsule de Tango au nord de Kyoto demeura fidèle à la tradition. Les artisans continuèrent à tisser le fil de wisteria.
Les japonais honorent et sauvent de l'oubli certains de leurs produits traditionnels en les classant parmi les "biens culturels immatériels". C'est le cas du fujifu comme de quelques autres tissus : Echigo jofu, un crêpe de ramie dont la technique de fabrication est propre à une région depuis des siècles.
Aujourd'hui, ce sont des trésors qui vivent grâce à la détermination de quelques uns. Il faut être très motivé et peut être même inconscient pour se lancer dans un tel défi. La technique de fabrication réclame un savoir faire indispensable ; l'unité de temps n'est pas l'heure mais la journée. Résultat : un tissu diffusé en quantité infime sur le marché mondial. C'est sans doute ce qui lui donne sa valeur. La rareté est, en effet, un luxe aujourd'hui.  


DU PASSE AU FUTUR
Il serait aisé de copier les modèles classique des vêtements, les motifs ancestraux, mais il faut aller de l'avant, et en conservant la méthode traditionnelle on peut produire des articles plus "contemporains". Par exemple le Obi, ceinture traditionnelle japonaise est revisité, de nouveaux motifs sont proposés dans des couleurs variées. La tradition autorise quelques modifications. 


UN TISSU SENTIMENTAL
Ces étoffes artisanales utilisant des fibres peu courantes extraites de plantes sauvages communes, sont des vecteurs de sentiments. Qu'il s'agisse d'un tissu de lotus ou de glycine, il y a une adéquation entre lui et nous. Pourquoi ? L'étoffe vibre de tous ses filaments et transmet des signaux que l'on détecte aussi bien avec le toucher qu'avec la vue ou l'odorat. La présence de la main de l'homme est visible par les petites imperfections qui seraient considérées comme des défauts dans un produit industriel.  
Avec un article "hand made" presque "home made", une proximité avec l'artisan se crée. On imagine qu'une personne est à l'origine du tissage alors qu'avec un article industriel, on pense à l'utilisation avant tout. Empirique ou moderne, beau ou fonctionnel ? Et pourquoi pas tout ?
Ce que j'aime avec une étoffe, c'est sa présence, son humanité, ses imperfections. Et puis qu'il est bon et agréable de toucher, de caresser une étoffe, de la sentir parce que la nature ne perd pas ses droits, elle résiste et nous  raconte les prairies, les rivières, le ciel, le soleil...

Du fil au tissu, 


L'odeur de l'herbe fraichement coupée est caractéristique des tissus en fibres de lotus, avec le fujifu c'est plus l'herbe sèche, le bois, la terre qui ressort.  La tige de la glycine du Japon dans son élément naturel est similaire à une liane, ce qui donne des longueurs intéressantes pour des fibres textiles. Qui imaginerait que la nature se cache encore dans le tissu? Faites l'essai, c'est revigorant, cela nous rend conscient qu'un monde  parallèle, merveilleux existe encore, et qu'un tissu peut aussi provoquer une émotion. 


UN TISSU EMPRUNT DE SPIRITUALITE
A travers la texture de l'étoffe, la difficulté du travail est sous-jacente. Maîtriser la matière n'est pas à la portée de tout le monde. Tout n'est pas lisse, uniforme, impeccable. Cette infime quantité de "raté" humanise ce tissu. 
Cette matière textile peut être douce et brillante, raide et terne, claire ou foncée. Elle  hésite entre  le tissu et le papier, n'a l'air de pencher ni d'un coté ni de l'autre mais les réunit. Elle est sans égal dans un monde qui voudrait ignorer l'artisanat tout en y rêvant.
Dans les sociétés occidentales, le vêtement est utilisé comme protection, parure ou par pudeur. Ce n'est pas la vision des choses en Asie. Le tissu artisanal véhicule un sentiment qui perce à travers le travail de l'artisan, la touche humaine, la tradition. Une osmose se crée entre le tissu, la forme du vêtement et le corps humain. Longue tradition, lourde tradition mais, au final, un bonheur de savoir ce que l'on porte, la traçabilité des fibres, parfois le nom de l'atelier ou celui de l'artisan. Je pense encore à un pull tricoté en grosse laine blanc cassé, avec de grosses torsades, achetée en Irlande il y a quelques décennies. Il y avait une étiquette cousue à l'intérieur qui portait, écrit à la main, le nom et le prénom de la tricoteuse à qui je devais cet article. A chaque fois que je le mettais, je pensais à cette dame qui tricotait pour des inconnues mais avec plaisir. J'adore ces petits plus.
Ce sont des pièces uniques et, si autrefois elles étaient portés quotidiennement par les ouvriers ou les paysans, elles sont aujourd'hui le fil conducteur de la transmission d'un savoir faire qui sauve un patrimoine de l'oubli.


LA NATURE SUR LA PEAU
Passer un vêtement coupé dans un métrage de  fujifu, nouer une écharpe en fibre de lotus autour du cou, enfiler une chemise en black mud silk… Début d'une histoire d'amitié qui durera jusqu'à l'usure, oubliant les diktats de la mode. Pourrait-on avoir une telle connivence avec un T-shirt en polyamide fabriqué en 10 000 exemplaires ? Sans doute pas, mais le but recherché n'est pas le même. Ne comparons pas ce qui ne l'est pas. L'un est de l'ordre du superflu, de l'exceptionnel, l'autre se réclame du fonctionnel, du quotidien. 

S'HABILLER OU SE FRINGUER?
Les deux mon capitaine. Inutile de choisir. Garder le rationnel pour le quotidien et s'habiller avec un soupçon d'irrationnel pour le plaisir ; voilà l'idée. L'habit du dimanche était une jolie façon d'exprimer la notion d'exception, de qualité d'un costume.


UNE PHILOSOPHIE TEXTILE
Et si c'était le bon moment pour changer notre manière d'appréhender la mode ? Cette enveloppe textile que d'aucuns nomment le vêtement peut être envisagée d'une façon différente. Sortons de notre univers étriqué et allons voir ailleurs. Ouvrons les portes de nos placards, rendons nos fringues dignes de devenir nos habits. Où sont nos costumes traditionnels ? Dans le folklore des fêtes de villages ou dans les musées. Pourquoi ne pas optimiser notre héritage, car nous avons un passé textile important. Souhaitons que l'avenir soit aussi brillant.
Le costume traditionnel au Japon demeure le Kimono, c'est un lien inter-générationnel. Le passé cohabite avec le présent dans une société au sommet de la technique. Le kimono se porte très souvent à l'intérieur, dans l'intimité de la famille. Le costume occidental est alors oublié, les chaussures rangées à l'entrée de l'habitation. Le kimono est un refuge, un "doudou" ? Et nous, que nous reste-t-il ? Les chaussons ? Lorsque l'on regagne nos '"pénates",  ne nous  déchaussons-nous pas pour chausser des chaussons ? Et une robe de chambre, parfois un peignoir, ou encore un jogging : tout pour ne pas demeurer prisonnier de jeans trop serrés, de manteaux trop lourds, de chaussures trop hautes. Laisser vivre le corps, ne plus l'entraver, c'est un principe que l'on devrait suivre.
Si les fibres chimiques sont plus complexes que les fibres naturelles, elles sont au final moins mystérieuses. Dévoiler les origines des fibres végétales, animales, minérales, c'est aussi découvrir les possibilités d'un renouveau vestimentaire. En laine, en soie, en lin, en ramie ou en glycine, il y a derrière tout cela une matière qu'il faut utiliser et non user, traiter avec civilité, respecter le processus d'entretien préconiser. C'est plus long, plus contraignant : il faut le savoir et l'accepter. Acheter ces produits doit être une démarche aussi consciente que celle qui vous pousse, ou pas, à acheter des produits alimentaires issus de l'agriculture biologique. Oublier le consommable/jetable, serait du gâchis. Nous sommes les héros de l'aventure artisanale, sa survie dépend de nous. Sans clients, point de salut.


UN QUOTIDIEN MOINS QUOTIDIEN

Si nous faisions de nos vêtements des amis, nous aurions dans nos tiroirs et nos armoires autre chose que des fringues ? La nature offre des matières premières ; sachons en profiter sans en abuser.
Le fujifu, le tissu en fibre de lotus, la black mud silk, sont des ponts entre la nature et l'homme des villes. Faisons entrer dans notre garde-robe un peu de nature.
Foin ? Non fil de wisteria en devenir


FIBRE HISTORIQUE
Les premières chaussettes en fibres de glycines apparaissent au Japon au IIIe siècle après J-C. Au Xe siècle, un poème mentionne la fibre de glycine utilisée pour confectionner un vêtement de deuil ; c'est dire que le fujifu était largement diffusé dans le pays.
Un vêtement taillé dans un métrage de fujifu était réservé aux grandes occasions. Aujourd'hui comme hier, ce produit fait rarement partie du  quotidien.
L'extraction de la fibre se fait toujours suivant la tradition. Les anciens ont livré leurs secrets et les plus jeunes appliquent les consignes transmises.


LA RECETTE
La technique est simple mais réclame de la patience, du temps et un savoir faire. C'est cette combinaison qui donne à l'artisanat tout son sens.  
Comme la plupart des fibres végétales obtenues à partir de plantes ou de fleurs sauvages, il faut récolter et travailler le produit encore frais. 


Dans le cas de la tige de glycine, l'atelier n'est pas éloignée du lieu de la récolte. Les opérations vont se succéder et, du bois au fil, il y a une bonne dizaines d'étapes. Le travail est réalisé en grande partie par les hommes. Il faut racler l'écorce, faire bouillir les fibres, les rincer dans l'eau de la rivière puis les faire sécher avant le filage avec le rouet pour compagnon. L'habitude accroit l'habileté, les gestes sont réguliers, puissants, rapides et précis.





Avant le filage  
 Comme pour la black mud silk ou les fibres de lotus, il serait difficile de délocaliser ce tissage dans d'autres régions. C'est un produit local. Non seulement les glycines s'épanouissent dans la région de Tango, mais l'eau de la rivière est parfaitement adaptée au rinçage. Ailleurs, le tissu serait différent.

La fleur, le bois de la tige, la fibre et le tissu 
LE FUJIFU, UN TISSU CAMELEON
La texture du fujifu diffère en fonction de la filature. Le fil peut se rapprocher visuellement d'un fil de chanvre ou de lin, selon la finesse. Au toucher, il peut être rustique ou lisse, rêche ou soyeux selon les finitions. Une fois transformée en fil, si le but est d'obtenir un produit lisse, il faut l'ébarber. Une opération qui se fait manuellement, et surtout avec patience.
Aujourd'hui, pour répondre à la demande, le fujifu se fait plus soyeux, plus doux, plus brillant, plus souple. Il est possible de lui donner un aspect moins sophistiqué, par exemple en conservant un fil irrégulier, d'un diamètre plus important. Le tissu obtenu sera plus lourd et moins souple.

La nature des teintures joue aussi un rôle dans l'aspect final du produit.

UN AUTRE MONDE UNE AUTRE MODE

Imaginons un moment une mode qui mettrait en vedette les fibres, la matière textile, la matière première indispensable sans laquelle les vêtements ressembleraient à ceux de l''Empereur dans le conte d'Andersen "les habits neufs de l'empereur"  c'est à dire qu'ils seraient invisibles.
La mode occidentale est telle que les vêtements conservent leur forme même  vidés de notre corps. Cela signifie que nous devons nous débrouiller pour que notre corps s'adapte à la forme  du vêtement. Ceci dit, nous suspendons nos vêtements à des cintres pour les ranger. En Asie le vêtement ne prend forme qu'une fois habité par le corps humain, autrement il n'est rien qu'une étoffe. C'est le vêtement qui s'adapte à la forme du corps humain. Et cette fois ils sont pliés et non suspendus dans les armoires . Je  ferais un rapprochement une fois encore avec la cuisine : remplaçons un kimono par un sachet de champignons déshydratés. Ils ne sont rien qu'un peu de matière desséchée. Mais une fois trempés dans l'eau ils reprennent force, forme et volume. Voilà notre kimono qui plié ne ressemble à rien d'autre qu'un morceau d'étoffe mais qui va reprendre forme en enveloppant un corps ; il  joue les rôles pour lequel l'homme l'a imaginé. Il est porté par pudeur par protection et comme parure séparément ou tout à la fois.

Moi je vote pour cette mode dont le héros serait notre corps et l'enveloppe textile  c'est à dire le vêtement un accessoire seyant et protecteur . Et vous?

dimanche 3 mars 2013

BLOG/CONSO : LA DIETETIQUE VESTIMENTAIRE


 S’HABILLER  PEUT NUIRE A LA SANTÉ
« La brute se couvre, le riche ou le sot se parent, l’homme élégant s’habille» Balzac in «Traité de la vie élégante».
Enfiler un vêtement ne sera plus un acte innocent lorsque vous aurez pris conscience que ,non seulement la coupe et la forme sont des éléments déterminants pour votre bien-être, mais que la nature même des fibres textiles, les additifs chimiques censés améliorer les performances des tissus (imperméabilisation, infroissabilité etc…), les produits utilisés pour la teinture ou l’impression, c’est-à-dire une grande partie de ce que fabrique l’industrie dite d’ennoblissement (je trouve le mot trop joli pour être honnête) peuvent être  préjudiciables, voire dangereux pour votre santé.

MIEUX VAUT PREVENIR QUE GUERIR
Si la prévention passe par l’information, j'ai de quoi vous saturer les neurones, vous régaler, vous donner des sueurs froides, vous glacer le sang, vous étonner, vous effrayer ; en un mot vous inciter à plus de vigilance lors du choix de vos vêtements. A côté de cela, le scandale du cheval/bœuf est insignifiant parqu'il y a tromperie mais sans incidence sur la santé.

UN COMMERCE EQUITABLE POUR LE CLIENT
Devenir un consommateur conscient, éduqué, attentif, exigeant, averti, suppose une certaine dose d'assertivité.
A la suite de nombreux scandales touchant le secteur agroalimentaire, le comportement des consommateurs s'est modifié. Désormais, on peut espérer que le client qui va influence la qualité des produits industriels quel que soit le secteur d'activité. J'espère que le commerce devienne équitable, non seulement pour les producteurs de matières premières, mais aussi pour les consommateurs. 
En 2013, il est temps d'affirmer notre position et de ne plus subir celles des industriels. C'est à nous tous d'imposer une règle en matière commerciale. Si nous voulons savoir ce que nous achetons, il faut que les industriels nous disent clairement ce qu'ils nous vendent. Après quoi, le client aura le choix d'acheter ou pas, en connaissance de cause.

LA DIETETIQUE VESTIMENTAIRE
Si nous, clients, réagissons ainsi, c’est que nous sommes conscients que des efforts sont nécessaires pour mieux vivre et vivre plus longtemps. 
S'il faut veiller à avoir une alimentation équilibrée et faire un peu d’exercice, quid de la diététique vestimentaire ? 
Au cours de notre vie, dans nos sociétés occidentales, nous passons plus de temps vêtus que nus. Au quotidien, notre peau, le plus grand de nos organes, est en contact continu avec une étoffe, qu’il s’agisse de vêtements ou de sous-vêtements et c’est souvent là, si j’ose dire, que le bât blesse. Cette proximité peut avoir des effets, qu’ils soient néfastes ou bénéfiques, sur la peau. 
Nous sommes agressés par notre environnement et les répercussions sur notre santé sont visibles :  les toxines contenues dans l’air qui vous entoure ne sont pas innocentes, on se rend compte aujourd’hui du danger des particules émises par le gaz d’échappement des voitures utilisant le diesel. 
Le succès des crèmes hydratantes pour le corps et le visage, des produits qui protègent  notre peau des agressions climatiques et surtout de la pollution urbaine en sont la preuve. Autant ne pas en rajouter. Si nous ne pouvons pas faire grand chose contre la pollution des villes, nous pouvons au moins réduire les risques inhérents aux vêtements et aux textiles.

SE VETIR N’EST PAS UN ACTE ANODIN
Ceci n’est ni une supposition gratuite ni une vue de l’esprit mais une conséquence largement justifiée de la nocivité de certains traitements chimiques subis par les fibres textiles lors des différentes opérations de transformation, depuis la fibre jusqu’au tissu, sur notre organisme.
La mode n’a aucun respect pour le corps, encore moins pour la personnalité de l’individu. Trop de stylistes ne voient notre corps que comme un porte manteau, et le client comme un porte monnaie.

L'ANATOMIE ET LE STYLISME
Pourquoi ne pas créer une ligne de vêtements conforme à notre morphologie. Le sur-mesures étant l'étape ultime qui, dans notre pays, devient une utopie. Mais on peut limiter les dégâts. L’étude de l’anatomie devrait être une matière enseignée dans les écoles de stylisme. Le vêtement se doit de respecter le mode de fonctionnement de notre corps. Si les industriels s’efforcent d’ accroître notre confort en mélangeant aux fibres de l’élasthanne, c’est une façon de cacher le problème, pas de le résoudre. Le vêtement occidental n'est en fait qu'une béquille qui affaiblit notre corps au lieu de le fortifier. En effet contrairement à ce que l'on pourrait croire, trop se couvrir pour lutter contre le froid ou trop se découvrir lorsqu'il fait chaud ce ne sont pas les bonnes solutions. Surprotéger n'est pas protéger.  


VADE RETRO… MODE
Certes il faut un solide ego pour s'éloigner des diktats la mode, pour refuser de se prosterner devant sa majesté la mode. Les fortes têtes qui ne rentrent pas dans le moule sont des artistes, des intellectuels ou des femmes ou des hommes politiques, des personnes hors normes. Ainsi, Picasso n’avait que faire de la mode, et arborait fièrement un T- shirt rayé ; les jeunes filles adoreront la robe en vichy créée par J Estérel pour le mariage de BB,  simple coton pour un jour d’exception, et pourtant, 60 ans après, on ne l’a pas oublié. Dans la rue, on copie la chemise à fleurs d'Antoine ou la version blanche et romantique de BHL, la veste en Tweed de Sean Connery qui aime ce tissu mode ou pas. Un certain VGE, alors ministre des  Finances, arriva au conseil des ministres en col roulé, sans oublier la veste à col Mao de J. Lang.
L’histoire est remplie d’exemples qui sont devenus des légendes.
Sommes-nous tous devenus fous pour contraindre notre corps à se conformer aux formes des vêtements ? Non, les hommes sont fous depuis bien longtemps. La déformation imposée à certaines parties du corps humain font partie de notre histoire. La mode est un langage, l’expression lisible d’une position sociale.
Les partisans de l’espéranto ont gagné la bataille, pas celle du verbe mais celle de l’habillement. L’universalité du jean en est la preuve éclatante.
Adopter la mode c’est commode, on commande via l'écran de l'ordinateur et le produit arrive directement chez vous via la poste.
Tendance été 2013 : vert jardin et  larges rayures. Rentrer dans le rang des suiveurs, ressembler à une Colonne de Buren, Maya l'abeille ou Obelix si vous voulez mais ce n'est pas obligatoire. Du vert loden pour l'hiver prochain ? C'est vous qui choisissez.... 
La mode n’est pas raisonnable, donc il ne faut pas tenter de raisonner dans ce domaine, ce qui ne nous empêche pas de suivre de plus ou moins près la mode, et surtout de l'adapter ou pas, à notre personnalité, nos besoins, notre goût.