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mercredi 18 juin 2014

18 JUIN 2014

Je profite de ce jour pour lancer un appel à tous les consommateurs d'articles textiles.
Soyez intransigeants sur la qualité des étoffes, exigeants sur les finitions d'un vêtement,  vigilants sur la les produits utilisés pour les teintures. En contre- partie  acceptez de payer le juste prix des produits. Si cette attitude  devient une habitude, elle devrait inciter les industriels à améliorer la qualité de leurs productions !
N'oubliez pas que vous êtes seul décisionnaire, ne laissez pas  les publicités, la mode, les sollicitations des magazines ou encore les vendeurs  ébranler vos certitudes. Rien ni personne ne vous oblige à passer à l'acte. Acheter ou de ne pas acheter ? C'est une question qu'il convient de se poser  avant, afin de ne pas  regretter après.
Face à une clientèle informée,  face à des revendications justifiées,  les fabricants devront revoir leur copie et s'adapter à la demande, faute de quoi ils perdront des parts de marché. C'est aussi cela le commerce.
Vous  êtes les héros de cette aventure, vous avez tous un rôle à jouer, alors allez y!

mardi 17 juin 2014

BILLET DE MAUVAISE HUMEUR : LE PRET- A -PORTER OU L'ELOGE DE L'EPHEMERE

L'anaphore est à la mode. Et puisque la mode est un peu mon domaine, permettez moi d'utiliser cette figure de style pour exprimer un sentiment que  beaucoup d'entres vous partagent.
Aujourd'hui, il n'est pas excessif de penser qu'un vêtement acheté en prêt-à-porter dure ce que dure une rose, l'espace d'un instant. Pourquoi ce billet d'humeur? Parce que je considère qu'un vêtement doit assurer son service sur une durée de temps raisonnable surtout lorsqu'on l'aime. User un vêtement jusqu'à la corde c'est un sentiment magnifique, parce que on a eu le temps de le porter, de s'habituer à lui, de le patiner, de le faire sien, c'est une union qui aujourd'hui est rarement possible, la corde étant trop courte….Imaginez vous pouvoir léguer à vos enfants un vêtement? Mais non, la transmission même d'une robe de mariée est rare, alors qu'il s'agissait d'une tradition formidable. 
Aujourd'hui, on consomme et on jette les assiettes, les gobelets, les nappes, les mouchoirs… La mode ne fait pas exception, un chemisier fera une saison tout au plus, une paire de chaussures neuve coûtera moins cher qu'un ressemelage. Le consommable/jetable est une regrettable habitude prise par une société trop privilégiée.
On achète, on porte, on jette, parfois on donne, quelquefois on recycle.
Aujourd'hui, la mode touche toutes les classes de la société, et c'est tant mieux. Cependant, faut-il accepter ces changements si fréquents ? Sans doute pensez-vousque j'ai tort de m'en plaindre puisque je vends du tissu et que chaque mouvement novateur lancé par les chefs de file de la mode m'apportent des clients. Sans doute ; mais pour être en accord avec moi-même, je préfère vendre moins mais mieux.

Aujourd'hui comme hier, la mode enivre, la mode séduit, mais la mode réclame attention et réactivité, la mode peut ruiner ceux et celles qui la suivent.
Aujourd'hui la déraison guide la "mode". Ce n'est pas une nouveauté, il y a eu au cours des siècles bien des hérésies en matière de comportements vestimentaires  mais aujourd'hui nous avons le choix des matières et des formes. Alors pourquoi choisir des fibres qui ne sont pas en adéquation avec les saisons? Des pulls en coton et viscose pour l'hiver, des robes en polyester en plein été? Les diktats de la mode compliquent le quotidien de ceux qui les suivent.
Aujourd'hui, il est inutile d'entreprendre des opérations qui prolongeraient la vie d'un vêtement, puisqu'il n'est pas destiné à durer. Consommateurs et fabricants sont responsables de cette surconsommation. Les coupables ? Ils sont là pourtant : la publicité, la mode et la qualité ou plutôt l'absence de qualité.A qui la faute ? A ceux qui abusent de l'obsolescence programmée et à ceux qui l'acceptent.
Aujourd'hui les mots n'ont pas plus de valeur que les vêtements.Ne  parle t on pas de fringues en lieu et place de vêtements? Ce mot à traversé les ans en perdant de sa superbe. De fringant, le chevalier est maintenant fringué! Ce mot fringue à un arrière gout péjoratif, il écarte toute idée de qualité. Les fringues sont des articles dont la présence dans un dressing ne dépasse pas la saison. Nos enfants ont compris avant nous, que même chers les articles modes demeure des fringues. Le prêt à porter est à la mode ce que le fast food est à la restauration c'est à dire pas grand chose mais bien pratique tout e même. 
Autrefois, on reprisait, on remmaillait, on raccommodait, on faisait tout pour faire durer ! L'idée de mode ne touchait que quelques privilégiés. Mais la majorité de la population faisait ou se faisait faire leur garde robe, le prêt-à-porter n'existait pas encore. Les tailleurs pour les hommes, les couturières pour les femmes et les enfants travaillaient seuls ou avec des apprentis. Le bel ouvrage était une évidence. Le prix élevé n'autorisait pas la médiocrité.
Autrefois, tout était mis en œuvre pour prolonger la vie d'un vêtement. Il n'est qu'a feuilleter un ouvrage de dames, un dictionnaire ménager, un journal féminin. Tous fourmillent d'astuces, de conseils pour entretenir, conserver les vêtements parfois même pour leur redonner le lustre d'antan. Aujourd'hui, ces articles sont classés dans "les recettes de grand-mère". Cet autrefois n'est pas si lointain, il ne faut pas remonter au XVe siècle, mais simplement à la première moitié du XXe siècle et le célèbrissime Larousse ménager, dictionnaire illustré de la vie domestique 1926…..!

D 'AUTREFOIS A AUJOURD'HUI
Non, je ne suis pas résolument passéiste, non je n'idéalise pas mes souvenirs d'enfance, non tout n'était pas mieux avant, et tout n'est pas mal aujourd'hui! Je ne dénigre pas pour le plaisir, j'aurais préféré m'extasier devant la production textile contemporaine, mais voilà , le cœur n'y est pas.


Si j'avais un souhait à émettre ce serait de créer un mouvement d'amateurs "de vêtements", d'amoureux des étoffes, d'aficionados de la qualité, de passionnés des belles finitions. Peut être alors pourrait on convaincre les fabricants de tenir compte des  revendications de leur clientèle.

Voilà mon coup de colère passé. J'espère que mon message est passé lui aussi. L'avenir ne dit pas si  nous, clients, consommateurs, pigeons ou quelque nom que l'on nous donne, serons éternellement les dindons de la farce, espérons que non.

Pour ceux et celles qui veulent sortir du rang, il reste une solution : armez vous d'aiguilles, de fils, de tissus et allez jusqu'au bout de vos rêves.




dimanche 15 juin 2014

N°7 QUAND LA POPLIN DEVIENT THE BROADCLOTH

Suite et fin de l'épopée de la popeline.

OUTRE ATLANTIQUE : LA POPELINE DEVIENT BROADCLOTH

Dernier acte de cette épopée, la popeline, en traversant l'océan Atlantique change d'identité tout en conservant les spécificités de son armure. 

UNE IMPLANTATION REUSSIE
Importée aux USA dans les années 1920 par les britanniques, le tissu en soie et  laine se transforme pour mieux s'adapter à sa nouvelle patrie. Désormais, la matière première change, l'option coton est choisie. Il faut se rendre à l'évidence, le coton, notamment le "sea island", est aussi courant dans cette région du monde que la laine en Irlande et la soie en Avignon.  
Le succès est au rendez vous. L'étoffe légère, solide et d'un entretien aisé, fera les délices d'une clientèle à la recherche de nouveautés.
POPELINE OU BROADCLOTH ? BIEN MALIN QUI PEUT LE DIRE
MADE IN USA
 Nouveau pays, nouvelle clientèle, nouveau nom. La popeline se refait une virginité en changeant de continent.
Parce que le mot poplin véhiculait une idée d'étoffe historique, sophistiquée, parce que depuis des siècles s'était un tissu lourd et luxueux,  parce qu'au XXe siècle les américains voulurent lui donner un nouveau souffle ; pour toutes ces raisons la poplin devint  Broacloth. Un mot neuf pour une  nouvelle mouture. Les industriels "du nouveau monde" trouvèrent ce terme moins poétique certes, mais plus concret. 

QUELQUES CENTIMETRES QUI CHANGENT TOUT
 Le choix du mot Broadcloth est pertinent car il  correspond au  nouveau "visage" de ce tissu pour une raison évidente : cette toile était tissée aux USA sur des métiers plus larges que les métiers habituels britanniques et français. La laize classique ne dépassait pas 0,73m. Le mot broad, qui se traduit en français par ample ou large, est juste. C'est ce terme qui donnera l'impulsion  nécessaire à une étoffe historique pour rompre les amarres avec la vieille Europe et renaître dans un environnement nouveau.

DU NOUVEAU DANS LA CONTINUITE
Dans la vie de cette étoffe il y eu tant et tant de changements de matières et de dénominations, que la seule manière de la distinguer reste, encore et toujours, une surface rythmée par de fines côtes transversales. 

PETIT RECAPITULATIF HISTORIQUE
De fil en aiguilles, de villes en villes, de pays en pays, et toujours le même tissu.

EN FLANDRES EN LAINE
Au XIe siècle, la popeline de poperhinge un drap de laine de grande qualité.
EN AVIGNON EN SOIE
au XIIIe siècle, la papeline fabriquée dans le comtat Venaissin   était une étoffe précieuse, les fils de trame et les fils de chaîne étaient en soie.
EN IRLANDE DE LAINE ET DE SOIE
La composition de l'irish poplin se transforma quelque peu. Elle devenait une étoffe mixte avec une chaine en soie et une trame de laine peignée.  La qualité des laines des moutons Leisester était un élement déterminant pour la renommée de ce tissu : une laine fine, lisse et brillante.

AU XIXe SIECLE EN GRANDE BRETAGNE EN LAINE ET COTON 
Dans les années 1850, avec l'arrivée sur le marché européen du coton d'Egypte qui donnent des fils fins, lisse et brillants, c'est l'heure de gloire de la popeline proposée dans une qualité de luxe, fine, légère, souple et brillante destinée à la fabrication de chemises, chemisiers et robes. 
Le coton devint un produit plus commun : il fut utilisé en mélange avec la soie pour la fabrication des popelines.

AU XXe SIECLE AUX USA EN COTON   
De mélanges en mélanges, nous arrivons au XXe siècle où, depuis longtemps, le coton est un produit très courant. Pour les belles qualités de popeline on utilise toujours des fils de coton peigné, lisses et brillant, mais pour les qualités plus ordinaires, les fabricants sont moins regardant sur l'origine des matières premières.   

AU XXIe SIECLE DANS LE MONDE EN COTON, SOIE, LAINE ET POLYESTER
Aujourd'hui, dans le meilleur des cas, la popeline est en  coton, Jumel ou pas, mais  le plus souvent la composition des popelines  est un mélange coton/polyester.
Que conclure de cette mixité ? Deux avantages : la facilité d'entretien qui constitue un attrait pour les consommateurs et la diminution du prix de revient qui est un plus pour les industriels.

Après bien des aventures et mésaventures, il semble que les américains n'eurent pas eu le dernier mot. Ils ont réussi à moderniser une étoffe en lui octroyant  une nouvelle identité sur leur terrain, mais en  rentrant au bercail, cette toile de coton a tout simplement repris ce nom qu'elle avait perdue en traversant l'océan : la popeline.


UNE CONSTRUCTION CARACTERISTIQUE QUI A FAIT SES PREUVES
La popeline n'est pas une simple toile, peu s'en faut, mais comment la difféncier d'un calicot, d'une batiste, d'une gabardine ?
Le tissage de la popeline est, à la base, une armure toile avec une caractéristique : des côtes fines horizontales. C'est l'utilisation de fils de trame plus épais que les fils de chaîne qui provoque cet aspect légèrement cannelé. Certaines popelines ont un lustre inhabituel dû au mercerisage.
La popeline se caractérise également par un tissage très serré et des fils de trame moins nombreux que les fils de chaîne.



BLANCHE OU IMPRIMEE

Dans l'imaginaire des consommateurs, la popeline est une étoffe blanche, mais savez-vous qu'elle se décline dans une infinité de couleurs et une grande variété de motifs?
"Ma préférence à moi"demeure la popeline blanche, en pur coton.






 . 













lundi 9 juin 2014

N°6 DE LA POPLIN A L'IRISH POPLIN

SUITE  DE L'EPOPEE DE LA POPELINE

DE LA POPLIN A L'IRISH POPLIN
Après les dragonnades, le massacre de la Saint Barthélemy fut un signal fort qui déclencha le départ de centaines de familles huguenotes encore hésitantes à  quitter leur patrie. 
Au XVIIe siècle, les protestants français en conflit avec les catholiques furent appelés huguenots. Puis la religion protestante ne fut plus mentionnée dans les actes officiels,  on parlait de "religion prétendu réformée".  Le mot huguenots vient sans doute du mot allemand Eidgenossen, c'est-à-dire personne liée par un serment, membre d'une ligue.
Des tisserands avignonais émigrèrent en Irlande avec toute leur famille. A Dublin, ils s'installèrent dans le quartier de Coombe street où les ateliers de tissage étaient déjà  fort nombreux.

Coombe street aujourd'hui. Jadis le quartier des tisserands
Flamands et français se retrouvent aux côtés des tisserands irlandais, les uns travaillant la laine, les autres la soie. Cette union de savoir-faire doppera l'industrie textile régionale.
En Irlande comme ailleurs, les autochtones acceptèrent les étrangers avec quelques réticences. Cependant, les nouveaux venus firent preuve de diplomatie. En mettant leurs compétences au service des communautés d'accueil, ils développèrent un pôle textile local facilitant ainsi leur implantation. 
   
L'UNION FAIT L'IRISH POPLIN

Les tisserands huguenots avignonnais étaient arrivés avec la  recette de la papeline d'Avignon (en soie), les flamands avec la  recette de la popeline de Poperinghe (en laine). Ils s'unirent pour fabriquer un tissu fait de fleuret ( déchet de soie) et de laine fine et brillante des moutons leicester.    
                            
 De papeline, on passe à Poplin formé de pop (pape en anglais ) et lin pour le Pape Lin. 
Mais poplin n'était pas suffisament explicite puisque le lieu de fabrication n'était pas indiqué. On ajouta donc "irish" pour (irlandaise) et voilà l'acte de naissance de l'irish poplin. Plus brillante que la popeline anglaise, plus légère que la popeline de Poperinghes mais moins sophistiquée que la papeline d'Avignon,  elle trouva son identité et surtout sa clientèle.

Maitrisant parfaitement les différentes facettes de leur métier, filer, tisser, teindre, les huguenots trouvèrent en Irlande la matière première nécessaire à développer leur savoir faire.
 La laine des moutons licester fut mélangée à un  fil de soie (le fleuret, physiquement plus proche du coton que de la soie, il ne possède pas le lustre d'un fil de soie classique) pour donner une autre poplin, celle d'Irlande. 


FOURNISSEUR OFFICIEL DE LA FAMILLE ROYALE
Des manufactures familiales prospérèrent dont certaines subsistent encore aujourd'hui avec une renommée internationale.  
C'est le cas de la  manufacture Atkinson fondée au XVIIeme siècle par un huguenot.
Au début du XIXe siecle, son descendant, monsieur Richard Atkinson, qui tenait un magasin de tissus à Dublin, demanda à un groupe de tisserands de fabriquer une irish poplin en exclusivité pour son magasin. L'expérience fut couronnée de succès. La boutique vendait ce magnifique tissu au mètre, plutôt destiné à une clientèle féminine.
L'irish poplin devint un produit à la fois populaire et royal puisque la reine Victoria en personne fut séduite par cette étoffe de laine et de soie. En 1837, les établissements Atkinson devinrent "Fournisseurs officiels de la famille royale".

Au XXe siècle, la société Atkinson se détourna du marché du tissu  pour se lancer dans la fabrication de produits finis.  
                   

Les cravates et les foulards  fabriqués en Irish poplin sont devenus    les articles phares de la maison Atkinson. La popeline est désormais tissée avec de la soie et de la laine provenant des moutons mérinos australiens. Exit la laine des moutons irlandais, les teintures se font en Ecosse et le tissage et les finitions sont exécutés en Irlande.

vendredi 6 juin 2014

LE N 'DAY : 15 MAI 1940 LE JOUR DU NYLON ! POURQUOI LE NYLON S'APPELLE NYLON?

Voici un petit post, une  avance sur les vacances, une  récréation qui va reposer vos neurones, satisfaire les curieux et amuser les autres.

LE N'DAY
Aujourd'hui, 6 juin 2014, débutent les commémorations du 70 ème anniversaire du D Day. Mais saviez-vous que le 15 mai 1940 il y eut le N' Day ? Ce fut le jour du nylon, organisé par la société DuPont de Nemours, qui enflamma l'Amérique toute entière ! A grand renfort de publicité les premiers bas nylon furent mis sur le marché. En une journée, il se vendit 780 000 paires de bas !

LE POLYAMIDE 6,6 UNE FIBRE REVOLUTIONNAIRE, UNE INCONNUE CELEBRE
La nouvelle fibre synthétique fera ses premiers pas en laboratoire sous le nom de polyamide 6,6 parce que chacune de ses molécules est constituée de 6 atomes de carbone. C'est sous le nom de nylon qu'elle fut produite industriellement.
Rapidement, le nylon devint la référence en matière de fibres modernes. Produit irremplaçable, incontournable dans la vie quotidienne, des sous-vêtements aux cosmétiques.

Vous remarquerez que je n'ai pas mis de majuscule à nylon et pas davantage accolé le sigle signifiant qu'il s'agit d'une marque déposée (un r dans un cercle).
Ce n'est pas un oubli de ma part mais, aux dires des dirigeants de la firme Dupont de Nemours, ce fut  un cadeau, un mot offert au monde moderne, un mot qui va devenir synonyme de progrès.
Et si ce fut un oubli de la direction de l'époque, il a été largement récupéré par la suite. Avec le recul, on peut considérer qu'il s'agit d'un formidable coup de marketing même s'il est fortuit.
Cet "électron" libre de toute emprise d'une marque, est devenu le nom générique des fibres chimiques. Pour la majorité des consommateurs non initiés,  nylon désigne un tissu synthétique, un tissu moderne c'est à dire léger, solide, facile à entretenir et bon marché. D'expérience je peux vous confirmer que cette idée reçue a la vie dure. Dans un prochain post, je vous donnerai les clés nécessaires à différencier   polyamides, polyesters, acryliques…

UN TRAVAIL D'EQUIPE
Dans les années 1930, la firme DuPont de Nemours se lança dans un projet pharaonique : fabriquer une nouvelle famille de fibre textile. Derrière cette idée il y avait un désir de ne plus dépendre de la soie japonaise ou chinoise. Et la suite leur donna raison lorsque, en 1937, les troupes japonaises entrent dans Nankin, l'embargo de la soie chinoise touche l'Amérique et plus tard, lorsque les USA entrèrent en guerre avec le Japon, c'est la soie japonaise qui n'arriva plus. Mais déjà les amércains ont gagné leur autonomie en matière textile.
Pour donner toutes les chances à ce projet, des chimistes de haute volée sont recrutés. L'équipe ainsi formée travailla sous la direction de Wallace Hume Carothers avec budget illimité.
Une fibre "'révolutionnaire" de la famille des polyamides fut mise au point  en 1935. La production restera confidentielle  quelques années.

A LA RECHERCHE D'UNE IDENTITE
En 1938, la société décida de commercialiser cette nouvelle génération de fibre. Mais avant de lancer la production industrielle, il était indispensable de trouver un nom moins technique que polyamide 6,6, un nom commercialement "intelligent".
Cette tâche fut dévolue à un comité constitué de "trois sages" appartenant à la firme, bien entendu, puisque Wallace Carothers était mort avant d'avoir eu le temps de baptiser le fruit de ses recherches.

UN JEU DE LETTRES
L'idée part de la spécificité des premiers articles fabriqués, les bas qui, a priori ne filaient pas, ou moins que les bas de soie.
Le Dr E.K. Gladding, un des trois membres du comité proposa NORUN. Cette première idée fut le début d'une longue discussion. La direction n'approuva pas, voulant éviter les risques de procès en cas de publicité mensongère. En effet, les techniciens se rendirent compte que la solidité des bas n'était pas à toute épreuve.
Le O fut transformé en U et NURON n'eut toujours pas l'approbation de la direction parce que la prononciation était trop proche de neurone.
Alors le R fut remplacé par L et NULON fut proposé. Encore une fois, la sonorité ne convenait pas.  NU pouvait se confondre avec new, et c'est justement ce qu'il fallait éviter, une comparaison avec une nouvelle soie ou une nouvelle viscose. Ce n'est ni une copie, ni une amélioration mais une création qui n'est pas basée sur un socle historique. Il  fallait rompre avec les références du passé.
Le U fit place au I. NILON. Une fois encore la prononciation anglaise était mise en cause, le I donnait une idée de nine ou need ; encore une référence à éviter.
C'est alors que l'idée du Y donna NYLON. Le mot était facile à prononcer dans toutes les langues,  la mélodie courte était "moderne". Phonétiquement, nylon était sans ambiguité.


UN MOT SUBTILEMENT SIMPLE ET POURTANT SI COMPLEXE

A la vue de ces rebondissements, de ces objections et de ce travail phénoménal sur la recherche d'un nom, on se rend compte que ces quelques lettres ont donné bien du fil à retordre aux membres de ce comité.
Aujourd'hui, nylon est un nom commun au même titre que le bois ou l'acier. C'est une belle réussite.

MYTHES ET LEGENDES
Un  gigantesque "brain storming" fut organisé, afin d'élargir les possibilités mais, malgré plus de 400 propositions, aucune ne fut retenue officiellement. Elles seront, cependant, à l'origine des mythes autour du mot nylon.
Il est vrai qu'elles avaient de quoi surprendre, amusant les uns, désespérant les autres.
Plusieurs hypothèses circulent à propos de ce nom de baptême et, comme à mon habitude, j'ai du mal à choisir, alors je vous les livre à vous de décider celle qui vous semblera la plus sensée ou la moins insensée parmi les plus crédibles.

ACRONYME ECONOMICO-POLITIQUE!
- Nylon serait un clin d'œil entre New-York et LONndon, une manière de symboliser une union tant sur le plan économique que politique.
ACRONYME HOMMAGE
- Les lettres qui forment le mot nylon sont les premières des prénoms des femmes des chimistes qui travaillèrent sur ce projet. Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina.
ACRONYME POLITIQUE
 En 1941, la guerre fut déclarée entre les USA et le Japon. Les japonais, premiers exportateurs de soie vers les USA stoppèrent l'approvisionnement.
Conséquences : le gouvernement choisit le nylon pour remplacer la soie qui, jusque là, était utilisée pour fabriquer les parachutes. Toute la production de nylon de Dupont de Nemours fut réquisitionnée pour les besoins de l'armée américaine. Pour prouver aux japonais que les américains étaient capables de se passer de leur soie, le drapeau américain de la Maison Blanche fut fabriqué en nylon.
Quelques personnes furent à l'origine d'une blague plus ou moins infantile. Comme le mot nylon était inscrit sur les toiles de parachutes, naquit un acronyme destiné à défier l'ennemi japonais. Les soldats utilisèrent les lettres du mot nylon et créèrent "un jeu de lettres". Ils firent une phrase devenue célèbre  Now You're Lousy Old Nippon. Cette blague eut un retentissement inattendu, les journaux en firent mention et les conséquences furent telles que la direction fut obligée de publier un démenti dans un journal japonais, affirmant que jamais ces lettres n'avaient eu cette signification.
ACRONYME  BOUTADE
Au début du brain storming, le dr H Church lança à la manière d'une boutade et pourquoi pas Duparooh pour DuPont  Pulls A Rabbit Out Of Hat. (DuPont sort un lapin de son chapeau) Magie!


Aujourd'hui le nylon est devenu un produit indispensable à notre vie quotidienne et les légendes continuent à alimenter la vie de cette fibre "magique".











lundi 2 juin 2014

N°5 LA POPELINE : RELIGION - POLITIQUE-ECONOMIE


EN FRANCE : LA REVOCATION DE L'EDIT DE NANTES ET SES CONSEQUENCES SUR L'ECONOMIE TEXTILE  

1685, date fatidique. La liberté de culte est désormais interdite dans le royaume de France. La religion catholique est la religion d'état à l'exclusion de toutes les autres.

LES HUGUENOTS : EXIL ET CONSEQUENCES  
Les huguenots sont les premiers visés par cette loi, cependant les prémices se sont fait sentir bien avant son application. De fait, ils furent nombreux à quitter le pays avec leur famille sans attendre la mise en application de ces mesures. Parmi eux, beaucoup de commerçants et d'artisans, notamment des tisserands. Ils s'exilèrent dans des pays à majorité protestante, voisins de la France comme la Suisse, les provinces unies des Pays Bas, l'Angleterre, la Prusse.    

LE TRANSFERT DE SAVOIR -FAIRE
Qu'ils soient vignerons ou tisserands, les huguenots exilés emportent avec eux un savoir faire qu'ils partageront avec les populations des pays d'accueil.  
La France se privait ainsi volontairement d'une richesse créative et de la capacité de ces hommes à faire prospérer l'économie.
Si les incidences de cette politique furent économiquement et culturellement désastreuses pour la France, elles furent bénéfiques pour les pays d'accueil. Ainsi des régions "textiles" comme la Normandie, avec des centres textiles comme Elbeuf ou Louviers se virent coupés de leur principale ressources lorsque les maîtres artisans et leurs ouvriers protestants, furent contraints de quitter le pays. La production suffira à peine à satisfaire la demande locale. Il faudra du temps pour que cette industrie reprenne le chemin du succès.
Aujourd'hui encore, les séquelles de ce décret sont visibles : Saint Gall en Suisse, Spitafield en Angleterre, pour ne prendre que ces exemples, se sont développés grâce à l'arrivée de tisserands et d'entrepreneurs huguenots. 

EN FLANDRE : LES GUERRES, LES ALEAS CLIMATIQUES, LES EPIDEMIES, LES LUTTES RELIGIEUSES ET LEURS CONSEQUENCES SUR L'ECONOMIE TEXTILE  
Entre le XVIe siècle et le XVIIIe siècle, les guerres incessantes (guerre de cent ans, guerre de trente ans), les aléas climatiques récurrents, les luttes religieuses et les épidémies vont contraindre de nombreux protestants flamands à émigrer dans un premier temps vers des villes proches des Flandres comme Anvers ou Amsterdam,  puis plus loin vers Londres ou encore Dublin


inondations après inondations le rendement des terres des Pays Bas était faible

Si l'on s'en réfère aux sources étymologiques, flandre vient de "flam" qui en ancien germanique signifie "endroit inondé". Rien de surprenant donc à ce que ces basses terres soient souvent sous les eaux. 

ANGLAIS/FLAMANDS : UNE COHABITATION HISTORIQUE
Les flamands tissèrent des liens avec la population anglaise bien avant cette période troublée que fut le XVIIe siècle. Des éléments tangibles permettent d'affirmer que l'installation de tisserands flamands est largement antérieure aux grandes vagues d'émigrations économico-religieuses. Dès le XIIe siècle, des artisans"pionniers" furent invités "officiellement". Ils ont ainsi préparé le terrain pour les générations suivantes qui seront contraintes à l'exil elles aussi.

UN EQUILIBRE ECONOMIQUE.
D'abord, les éleveurs anglais n'étaient pas des tisserands.  Les troupeaux appartenaient soit à des paysans, soit à de monastères. La viande et la laine constituaient une source de revenus indispensable pour la vie des ecclésiastiques. 
La laine brute, et parfois même les peaux, étaient expédiées par bateau vers les Flandres. La laine était (bien) filée et (bien) tissée par une main d'œuvre expérimentée.
Le drap de laine était la spécialité des flamands tout comme la popeline de Poperinghe. Le tissu était réexpédié vers l'Angleterre pour les finitions et la teinture. Les drapiers se chargeaient de la commercialisation, puis les tailleurs de la confection de vêtements.

UN EQUILIBRE PRECAIRE
Dans un premier temps, les filatures et les manufactures de "dras" se développèrent en Flandre grâce aux anglais. Le travail était partagé, les uns produisaient la matière première que les autres transformaient. Puis dans un second temps, sous couvert de venir en aide aux réfugiés, les anglais vont "vampiriser" leur  savoir faire et se le réapproprier.

ACCUEIL CONTRE SAVOIR FAIRE
Ce "troc" va perdurer durant quelques siècles, surtout à l'avantage de l'Angleterre.
Au XIVe siècle, le roi Edouard III d'Angleterre qui avait épousé une princesse flamande, Philipa de Henault, modifia le système économique que son royaume entretenait avec les Flandres. Il imagina un "deal"  plus avantageux pour l'Angleterre.  
Il n'eut de cesse de développer l'industrie textile en Angleterre. Pour cela il employa des moyens incitatifs. Des tisserands flamands furent "courtisés". Les privilèges furent accordés aux étrangers qui vinrent s'établir en Angleterre, et l'assurance de trouver du travail attirèrent les candidats. En contre-partie, ces derniers devaient partager leurs connaissances avec les artisans anglais, autrement dit les former au métier de tisserand.

 L'INTEGRATION DES "STRANGERS"
Les premiers "strangers" nom dont les émigrés flamands étaient affublés dans le Norfolk, eurent quelques difficultés à s'intégrer parmi une population méfiante, inquiète et jalouse de l'importance que prenait ces nouveaux venus au niveau de l'économie locale. Pour calmer les révendications des autochtones effrayés par la haute qualité du travail des réfugiés, une loi fut promulguée autorisant les tisserands huguenots à pratiquer leur art à condition d'employer une main d'œuvre locale. 

UNE MAIN D'ŒUVRE QUALIFIEE EST NECESSAIRE
La fabrication de drap de laine se fait en plusieurs étapes qui demandent une main d'œuvre qualifiée. Le développement du secteur textile dans des villes comme Norwich vont créer des emplois. Ce sont de nouveaux métiers que les flamands vont faire découvrir aux anglais. Il y a du travail pour les hommes et pour les femmes. Les démêleuses de laine, les ourdisseurs qui préparent la chaîne pour le tissage, les tisserands, les tondeurs (qui coupent le poil de l'étoffe au ras de la surface, les foulons dont l'action est indispensable pour obtenir un drap de laine les rentrayeurs, les teinturiers...  

  
Les principales villes dans lesquelles les flamands s'installèrent sont Worsted et Norwich. 
  Ici plutôt qu'ailleurs, parce que d'autres les avaient précédés, parce que la distance entre les côtes flamandes et les côtes anglaises est inférieure à 200km…


la région est située au nord de Londres, face aux côtes flamandes
 et aussi parce que les moutons du Norfolk produisaient une  grande quantité de laine recherchée pour ses qualités : fibres longues, fines et brillantes. 


race de mouton du Norfolk
L'EFFET VASES COMMUNICANTS : LES UNS GAGNENT, LES AUTRES PERDENT
La politique économique du roi Edouard III fut une réussite pour les britanniques mais elle mit en péril les manufactures flamandes.  Les artisans anglais, grâce à l'aide des tisserands flamands, vont exceller dans le domaine du tissage. Les flamands  regrettèrent que certains d'entre eux aient répondu à cet appel, car ils durent faire face à une baisse des commandes, les importations de lainages anglais dépassant rapidement les exportations de lainages flamands. A la même période, les manufactures flamandes périclitent, alors qu'en Angleterre elles prospèrent. 
L'Angleterre se désengagera petit à petit du quasi monopole des Flamands sur le commerce du drap de laine, prenant à son tour le contrôle du commerce de la laine de A à Z c'est-à-dire de la matière brute au vêtement. Cette mesure permettra aux anglais de réduire drastiquement leurs importations.

UNE TRANSITION REUSSIE : D'UNE ECONOMIE AGRICOLE A UNE ECONOMIE INDUSTRIELLE
Au XVe siècle, sous le règne du roi Edouard IV, une loi  fut promulguée interdisant l'importation de drap de laine en provenance des Flandres et l'exportation de la laine brute vers les Flandres, ce qui eut pour conséquence un développement du secteur textile en Angleterre. Depuis cette époque, la renommée de la draperie anglaise ne s'est jamais démentie : Savil Road en est la preuve.
Les conséquences pour les flamands furent tout aussi importantes. Une rupture d'approvisionnement et une perte de clientèle. Pour y remédier, les flamands s'approvisionnèrent en Espagne, qui possède de nombreux troupeaux de moutons mérinos. Ainsi chacun tire son épingle du jeu, avec plus ou moins de succès. Les espagnols gagnent une clientèle flamande, les flamands ne seront plus à la merci des actions politico-économiques des anglais.

DE LA POPELINE DE POPERINGHE A LA POPLIN BRITANNIQUE
Au XVIe siècle, la Reine Elizabeth prenant exemple sur ces prédécesseurs  poursuivit leur politique économique. Une invitation officielle fut envoyée à des tisserands flamands ; il en restait encore. Une trentaine de tisserands protestants s'installèrent à Norwich, une échappatoire pour ces familles soumises à la famine, les inondations et les persécutions religieuses. 
Tous les artisans flamands n'émigrèrent pas puisque la tradition du tissage de la laine perdura encore longtemps dans les Flandres, avec la laine espagnole. Duffle, ville emblématique du fameux tissu utilisé pour les duffle coat.

LA GRANDE BRETAGNE TROUVE SON  AUTONOMIE TEXTILE
Au XVIIeme siècle, les pays à population majoritairement protestante furent des lieux d'asile pour les huguenots et les protestants flamands. Cette fois, ce sont des milliers d'exilés qui affluent. C'est probablement la Grande-Bretagne qui fut la grande gagnante économiquement de ces transferts de population.  
  
Si les flamands avaient enseigner aux anglais l'art du filage et du tissage de la laine, les huguenots venus du Comtat Venaissin créèrent à Spitafield un pôle textile centré sur le travail de la soie. Les anglais vont être à même de subvenir à leurs besoins en matière de soierie. Résultats : un développement du commerce des tissus de laine et des soieries, et accroissement des exportations vers les anciens pays fournisseurs. Conséquences : réduction des importations des lainages flamands et des soieries françaises et notre "fil conducteur" la papeline qui devient poplin en Angleterre.

A SUIVRE N°6 DE LA POPLIN A L 'IRISH POPLIN