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mercredi 24 décembre 2014

LES DESSOUS DU CHANDAIL

Normalement, ce soir il devrait neiger,  au moins faire froid et, normalement, on devrait se couvrir, porter de gros pulls en laine, pour être bien au chaud devant la cheminée en attendant le Père Noel ! Mais voilà, cette année il ne fait pas froid, il ne neige pas ou peu en France! Alors, quitte à ne pas enfiler votre plus chaud tricot, pull ou sweater, je vous donne les clés du chandail.
Si par hasard vous trouvez demain matin un chandail au pied du sapin, ne vous étonnez pas, le Père Noel aura peut être lu mon post ce soir  Et joyeux Noel à tous!
Le mot chandail est un aphérèse ! Une figure de style qui ampute un mot d'une syllabe en général la première. Ainsi le marchand d'ail réduit sa voilure pour devenir le chandail.
Mais quel rapport entre un colporteur d'ail et ce vêtement ? Eh bien voilà. L'histoire commence dans le ventre de Paris au XIXeme siècle, c'est-à-dire  dans les Halles de Baltard.

Cette fois encore plusieurs hypothèses circulent à propos de l'origine du mot.
Je vous en  livre deux, ensuite libre à vous de choisir celle qui vous semblera la plus plausible.
N°1
La vente des produits de bouche débute dès l'aube et l'hiver le froid oblige les marchands à se couvrir. Les maraîchers adoptent de gros pulls en laine, confortables et amples qui n'entravent pas leurs mouvements, le plus souvent tricotés par leurs épouses. Ces vendeurs de légumes sont appelés marchands d'ail, et pour cette raison,
par métonymie, on nommera leur tricot des "marchandail" qui dans le langage populaire deviendra chandail.
N°2
Dès l'aube la foule est là, le bruit résonne sous ces vastes halles, le vacarme est assoudissant et pourtant il faut s'annoncer, se faire entendre pour vendre sa marchandise. Pas encore de micro, de sono, alors il faut hurler. C'est ce que font les vendeurs d'ail. Leur rengaine n'est pas marchand d'ail mais simplement chandail ! La première syllabe se perdant sans doute dans le brouhaha ambiant. Peut être que certains d'entres vous se souviennent des cris des marchands ambulants qui résonnaient encore dans les rues de Paris dans les années 50 :  ainsi le vitrier avec son fardeau de vitres sur le dos criait-il  viiiitrier pour annoncer sa présence. C'est ainsi que par analogie, on nomma chandail le tricot épais porté par les maraichers et spécialement les marchands d'ail.

LE GAMSOU DE GAMARD ?
Mais qu'est-il donc arrivé entre le gros pull sans bouton, à manches longues, à col montant, qu'o enfile par dessus la tête, tricoté en grosses mailles de fabrication artisanale et le chandail fabriqué industriellement ?
Le chandail à suivi à peu près le même chemin que le marcel, maillot de corps des forts des halles qui devint le marcel commercialisé par les établissements Marcel.
Le chandail va, lui aussi, devenir un article incontournable, porté à la campagne ou dans les villes. Vers 1880, monsieur Gamard, industriel amiénois, décida de produire industriellement un modèle de tricot copié sur celui que portaient les maraichers :  un tricot sans bouton, assez ample, que l'on enfile par dessus la tête.

LA RECETTE : UN PEU DE GARMARD, UN SOUPCON DE SWEATER
Si la commercialisation rencontre un vif succès, ce n'est pas le cas du nom donné au produit : Gamsou. L'industriel voulant rester dans la course, utilisa les trois premières lettres de son nom et la première syllabe du mot anglais sweater (souiter en français suer). L'idée était bonne, le sweat-shirt est un vêtement qui devint très populaire. Généralement en coton gratté sur l'envers, la transpiration est ainsi absorbée, procurant un certain confort à celui qui le porte sportif ou non. Ce fut un produit "première génération"  le vêtement pouvait gratter, il séchait lentement. Ces inconvénients sont aujourd'hui oubliés, le marché  propose quantités d'articles  de plus en plus techniques, respirants, légers, anti u.v, imperméables et chauds...etc sans compter les innovations à venir.
L'idée de Monsieur Gamard de mêler son nom à un mot venu d'Amérique, était du point de vue de l'image du produit  très en avance. En effet  l'association du tricot paysan avec le sweat utilisé par la jeunesse sportive d'outre Atlantique donne au  chandail plus de modernité et surtout,  dynamise les ventes en diversifiant  la clientèle.
Mais le gamsou ne restera pas dans l'histoire. Monsieur Gamard  reviendra à une conception moins avant gardiste et plus commerciale  en reprenant le nom de chandail.  Aujourd'hui le mot est désuet,   au point  qu'on  en oublierait  son origine paysanne. Il a fait son entrée officielle dans la langue française en 1894.

LE SPORTWEAR ADOPTE LE CHANDAIL
Au début du XXeme siècle, les activités de plein air, le vélo et les jeux de ballons, réclament un vêtement adapté à ces loisirs. Ce sont les prémices de ce que l'on nomme aujourd'hui le sportswear. La maille est un atout, la laine, le coton sont les principaux matériaux utilisés ; ils sont hygiéniques, confortables et fonctionnels.

Les articles en maille envahissent les rayons des magasins, mais le tricot est pour un grand nombre de femmes, une nécessité. L'hiver les gros pulls sont nécessaires, le chauffage des maisons n'est pas  parfait loin s'en faut. Bien sûr, parfois le tricot est une manière plus économique sinon ludique d'habiller toute une famille. Le tricot loisir viendra plus tard.

LA SOPHISTICATION D'UN PRODUIT POPULAIRE
La nouveauté dans ce domaine c'est l'introduction dans une société aisée d'un article issu du milieu populaire.
Le chandail va ainsi passer du monde paysan au monde citadin, il va être adopté par la haute société, on verra les vestes en maille sur les champs de courses, sur les courts de tennis .

APRES LA GUERRE LE TRICOT ENTRE DANS LES ATELIERS DE LA HAUTE COUTURE
 Avant la première guerre mondiale, Coco Chanel propose une collection osée tout en tricot. Le tout Deauville joue le jeu et c'est le succès. La maille s'aristocratise.

 Suzanne Lenglen porte haut et fort les couleurs de Jean Patou. La maille toujours la maille





mardi 9 décembre 2014

N°5 LE MOHAIR QU'EST CE QUE C'EST? UN BRIN DE LAINE D'EXCEPTION

MOIRE OU MOHAIR ? QUESTION D'EFFET !
Jusqu'au XVII eme siècle, le sens du mot moire ou mouaire demeure ambigu. En effet, il désigne une étoffe chatoyante sans plus de précisions. 

UN MOT ET DES IDENTITES MULTIPLES
Mouaire peut donc s'appliquer à un tissu en poil de chameau, de chèvre cachemire, de chèvre angora ou même aux soieries… 

LE MOUAIRE, UNE ETOFFE QUI SE DISTINGUE
Afin de simplifier leur commercialisation, la distinction était faite entre les mouaires les lisses et les calandrés. 
Quoi qu'il en soit, les étoffes obtenues à partir des poils de la chèvre angora et celles obtenues par l'écrasement des côtes ont en commun un effet de brillance. 
                                         
    Entre moire et mohair : une question d'effet

LES MOIRES ACQUIERENT LEUR AUTONOMIE
A partir du XVIIe siècle, en France, il est d'usage de désigner par moire et non plus mouaire, une catégorie spécifique d'étoffes dont la surface est rythmée par des "ondulations" qui font alterner des zones mates et brillantes. Cet effet est obtenu par l'écrasement des côtes de tissus similaires à l'ottoman. Attention, les ondulations risquent de disparaître au contact de l'eau. Précaution nécessaire : prévoir un nettoyage à sec.
Aujourd'hui, il est plus facile de trouver de fausses moires avec un motif "factice" imprimé sur une surface lisse.
Richelieu dans une robe en moire rouge, immortalisé par 
A LA MODE HIER, DEMODE AUJOURD'HUI
La moire a été des siècles durant une étoffe appréciée par l'aristocratie et les artistes peintres. Un vêtement en moire permettait au peintre de jouer pleinement avec les effets de lumière et de démontrer ainsi son habileté.  
Désormais la moire, comme beaucoup d'autres étoffes "historiques", n'est plus que le reflet d'une époque trop classique, le souvenir d'un luxe qui n'a plus sa place dans notre société. En un mot, la moire n'est plus tendance.

UNE AUTRE VIE POUR LA MOIRE
Mise au rencard par les uns, prisée par les autres, la moire à trouvé une issue de secours dans la reconstitution de costumes historiques pour le cinéma, le théâtre, l'opéra .
 La Haute Couture utilise la moire avec parcimonie certes, mais avec constance.

MOIRE-MOHAIR : UN AIR DE FAMILLE
Bien que jouant dans des équipes différentes, ces deux matières véhiculent une même idée, celle de l'opulence.
Si la clientèle se désintéresse de la moire, on note un regain pour le mohair, tissé ou tricoté.
Collection automne hiver 2014/2015

A LA CROISEE DES CHEMINS : LE MOHAIR DEVIENT UNE FIBRE A PART ENTIERE
A un moment, la séparation eut lieu entre le mohair et la moire et les mots pour le dire entrèrent dans la langue française.
Si le mot mohair est attesté en anglais depuis 1619, il fallut attendre 1860 pour qu'il entre dans la langue française et désigne la laine obtenue à partir de la toison de la chèvre angora.  

LE MOHAIR : UN POIL PROTECTEUR
Il s'agit d'une fibre animale dont l'indice adiathermique est très important. En clair, pour les néophytes, c'est un excellent isolant.
En ce qui concerne la chèvre angora, on peut considérer que sa toison possède toutes les propriétés inhérentes de la laine, avec en prime de petits plus.
- une protection contre le froid, la chaleur et l'humidité : le duvet proche de la peau crée une sorte de matelas rempli d'air isolant. L'animal peut ainsi maintenir sa température corporelle indépendamment du climat. 
- une protection contre l'humidité : la pluie glisse sur les poils soyeux. La laine absorbe l'humidité ambiante.
- une protection mécanique : la densité de sa toison, les ondulations des mèches la protègent contre la nature environnante (les ronces, les branchages).  
- un camouflage : jadis lorsqu'elle vivait à l'état sauvage sur les montagnes himalayennes, la blancheur de sa toison avait pour fonction d'écarter les prédateurs, dissimulant l'animal blanc dans la blancheur du paysage enneigé.

Toutes ces qualités se retrouvent naturellement dans les vêtements  en mohair. Le confort est une qualité que l'on associe volontiers à cette fibre légère et gonflante. Contrairement à une idée reçue, la laine est un matériau isotherme, aussi confortable en été qu'en hiver. Je ne vous incite pas à porter un gros pull en pleine chaleur ni un costume en laine froide par des températures polaires ; il suffit d'adapter le type de laine à la saison.

Chez les mammifères à poils ou à fourrure (moutons, chèvres, chameaux, ours, etc.), le système pileux joue un rôle essentiel pour leur survie. Certains animaux sauvages muent à l'arrivée du printemps, leur toison se modifie en fonction du climat. Chez les animaux domestiques, c'est la tonte qui fait la transition entre la tenue d'hiver et la tenue d'été. Chez l'homme ou plutôt la femme, c'est un tour dans les magasins qui annonce les changements de saison. Oui, nos défenses sont nos habits ; comme nos ancêtres, utilisons notre intelligence pour consommer avec discernement.

LE MOHAIR : UN BRIN DE LAINE TRES  COMPLEXE
Bien que la nature soit formidablement bien faite, l'homme ne cesse de vouloir l'imiter, voire la dépasser.  
- Le mohair est une fibre techniquement bien plus complexe qu'un fil de polyester alors que celui-ci est considéré comme une fibre "high-tech". 
- Le mohair possède un lustre naturel dû à sa constitution. 
- Le mohair emprisonne l'air créant ainsi une barrière entre votre peau et le vêtement, il vous préserve du froid et de la chaleur sainement. 
- Le mohair respire : le fil se gonfle et se rétracte en fonction de l'air ambiant ;
il se gorge de l'humidité dégagée par notre corps et lorsqu'il fait chaud, il rejette cette humidité vers l'extérieur.  
- Le mohair comme la plupart des laines, ne retient pas les odeurs. Ainsi, vous pourrez allez déjeuner dans un fast-food sans pour autant transporter avec vous les odeurs de frites toute la journée.

- Le mohair est facile à entretenir : en machine à laver programme laine ou lavage à la main, avec un shampoing ou une une lessive douce et un séchage à plat. Le risque de feutrage  est faible.

ET LE VETEMENT FUT

Si le corps de nos ancêtres fut "poilu", nous avons perdu, peu ou prou, cette protection. Les conséquences auraient pu être dramatiques car ce corps sans défense se trouva fort démuni face à une nature hostile. L'homme eut recours à son intelligence pour pallier cette lacune. Il inventa le feu, utilisa les peaux de bêtes à fourrure pour se couvrir, puis vint le filage, le tissage et le vêtement fut ! 

BON POUR LE MORAL
Qui n'eut pas un jour d'hiver sombre, humide et froid  envie de s'enrouler dans un plaid en mohair mousseux, léger, écossais de préférence ? Un pur plaisir, un instant de sérénité avec une tasse de thé devant des bûches crépitantes dans la cheminée... Belle journée à vous.

L'hiver arrive et le mohair annonce le bien être. 



La laine mohair permet de tricoter des articles légers, chauds, doux pour toute la famille.   

















CA VOUS CHATOUILLE OU CA VOUS GRATOUILLE ?
Le mohair est déconseillé chez certaines personnes. Le contact de la fibre sur la peau n'est pas en cause, comme cela peut l'être pour la laine cardée. C'est la particularité du fil qui est duveteux, ébouriffé. Ces barbes qui lui donnent ce gonflant si particulier peuvent être incommodantes, surtout lorsqu'il s'agit de tricot. Lorsqu'elles s'échappent du pull, si on le secoue par exemple, ils  viennent chatouiller les narines, provoquant des éternuements ou des démangeaisons oculaires. Pour les peaux les plus fragiles comme celles des enfants, le kid mohair est préférable, il est fin et  doux. Plus l'animal est vieux, plus la laine est épaisse.

DES COSTUMES EN MOHAIR ?



Mais oui, bien sûr ! Et n'imaginez pas une veste et un pantalon en tricot. Non, le fil mohair comme le cachemire ou la laine mérinos est tissé. En général, le fil est mélangé avec de la laine ou de la soie. Il s'agit de tissus de luxe, utilisé pour des costumes d'été. Ces étoffes sont à la fois solides, légères, adiathermiques.
En vente chez De Gilles
Une petite merveille et pourtant entièrement naturelle. Une fois encore, constatons que la nature est formidablement bien faite.


LES ANNEES 80 OU LE MOHAIR DANS TOUS SES ÉTATS.
Le mohair fut consommé sans modération dans les années 80. Des silhouettes pas toujours mises en valeur mais le confort primait.


Le confort avant tout  et le "do it yourself" ensuite
Le mohair en vedette dans les publicités


A la télévision. La surprise du dimanche soir :  de quelle couleur sera le pull en mohair d'Anne Sainclair?



En  couverture de magazine

Dans les pages de travaux manuels
Même les poupées ont droit à des modèles en mohair

La grande époque du cocooning va sonner l'heure de la revanche. Parce que l'on n'abandonne pas aussi aisément les belles choses, il revient le mohair. Il se fait plaid, cape, écharpes, il nous réconcilie presque avec l'écossais.

Maintenant que vous avez fait connaissance avec cette merveilleuse fibre, il ne vous reste plus qu'à profiter pleinement de ses bienfaits. Le mohair vous fera des soirées  chaleureuses et des matins doux et chauds.
 Et puisque l'hiver est là, plus une minute à perdre ! A vos aiguilles !
Un arrivage de pelotes de laine mohair Anny Blatt, Georges Picaud, Tiber, débarque chez De Gilles (3 euros la pelote de 50g). A vos machines, les tissus mohair à prix très très doux sont également dans les rayons chez De gilles.

FIN

dimanche 7 décembre 2014

4 LE MOHAIR QU'EST CE QUE C'EST? LA LIBRE CIRCULATION DES MARCHANDISES


LA LIBERTE DE CIRCULATION
Enfin au XIX eme siècle, les autorités locales autorisent la circulation de la laine en vrac et les animaux. Des élevages de chèvres angora se développent alors en Amérique du nord, en Afrique du Sud, en Australie... Le succès est cette fois au rendez-vous. Curieusement, si la commercialisation du mohair s'en trouve facilité, il conserve cette image de fibre d'exception.

UNE MEPRISE MAIS UN CADEAU DE VALEUR
L'arrivée des chèvres angora sur le sol américain résulte d'une méprise. Au XIXeme siècle, le  Dr J. B. Davis est chargé par le gouvernement américain de mener à bien une expérimentation sur la culture du coton en Turquie. Il revient dans son Texas natal avec un cadeau du gouvernement turc : 10 chèvres qu'il pensait être des chèvres du cachemire mais, vous l'aurez deviné, il s'agissait de chèvres angora. Rassurez-vous, ces animaux s'acclimatèrent très bien dans la région et tout est bien qui finit bien, le Texas est devenu un grand producteur de mohair.

DE LA CHEVRE A L'OURS
Qui sait, à part peut-être les arctophiles que les premiers ours en peluches, articulés ou pas, les célèbres "Teddy bear" furent fabriqués simultanément en 1903 en Allemagne et aux USA. Si je consacre un chapitre à ce jouet c'est parce que  la peluche de ces deux prototypes étaient en mohair. 
Un objet de collection : un ours de la société allemande Stieff. 1903 la peluche est en mohair, l'intérieur est rempli de sciure de bois.
PAS DE LABEL AOC POUR LE MOHAIR
Qu'elles proviennent d'élevages situés au Texas, en Australie ou en Nouvelle Zélande, les chèvres sont toujours des chèvres angora. Le nom est parfaitement identifié commercialement sur tous les continents, il aurait été dommage de gâcher le potentiel. Mais il y a angora et angora. Les professionnels admettent que la qualité de la laine n'est pas homogène, elle varie en fonction de la provenance des bêtes.   
Troupeau de chèvres angora 
QUAND L'ELEVE DEPASSE LE MAITRE
L'introduction de l'animal en Afrique du Sud date de 1830. Le climat et la nourriture convenaient parfaitement et facilitèrent leur acclimatation. Les troupeaux s'agrandissent et les éleveurs prospèrent. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est devenu le premier producteur mondial de mohair.
Le mohair d'Anatolie est toujours une ressource économique pour la région. Cependant, les éleveurs turcs n'ont pas pris conscience de la concurrence. Ils n'ont pas suffisamment protégé l'espèce angora. Les conséquences du croisement des chèvres angora  avec des espèces locales entraine une  baisse de la qualité de la laine.  
Si l'on se réfère au classement officiel des producteurs de laine mohair, c'est la production sud africaine qui est en tête. 

LE MOHAIR EN QUELQUES CHIFFRES
On dénombre plus de six millions de bêtes réparties sur tous les continents. Chaque animal produisant en moyenne deux kilos de fibres textiles par tonte, il n'en demeure pas moins que la production de mohair, tous pays confondus ne dépasse pas 1% de la production mondiale de fibres naturelles. Le luxe c'est aussi le prix de la rareté.

A SUIVRE

N°3 LE MOHAIR QU'EST CE QUE C'EST? UN MONOPOLE TRÈS CONVOITE

UNE "CHASSE AU TRESOR" S'ORGANISE OFFICIEUSEMENT
Longtemps, le poil des chèvres angora fut considéré comme un luxe équivalent au cachemire ou à la soie.
Entre le 15 eme et le 19 eme siècle, période durant laquelle l'exportation des chèvres angora et de la laine mohair était interdite, nombreux furent les étrangers, chroniqueurs, aventuriers, marchands, émissaires en tous genres, à se rendre dans l'empire Ottoman. Tous racontent qu'au cours de leur voyage  ils avaient été éblouis par le faste de la Cour et la richesse des étoffes.

 Les plus audacieux quittaient Constantinople pour visiter l'intérieur du pays. En Anatolie, ils découvrent dans les pâturages, des chèvres au long manteau blanc et soyeux ainsi que les tissus en mohair, jusque là matière inconnue en Occident. 



LES INTERDITS SE CONTOURNENT  
La boite de Pandore était ouverte. En prenant conscience du potentiel commercial de   cette fibre, les tentatives d'importer cette laine avec ou sans l'autorisation du pouvoir en place, ne cesseront qu'avec l'assouplissement des règles en vigueur. Corruption de fonctionnaires, bakchich, détournement de laine mohair, passe-droit, contrebande des bêtes, tout était bon pour obtenir le produit interdit.

DES RECITS DE VOYAGES UNANIMES
Au XVIIeme siècle, le mohair était encore un objet de convoitise. Au XVII eme siècle, voici ce qu'écrivait de Pitton de Tournefort dans "Relation d'un voyage au Levant" à la toute fin du XVIIe siècle :
"...on nourrit les plus belles chèvres du monde dans la campagne d'Angora. Elles éblouissent par leur blancher et leur poil qui est aussi fin que la soie, frisé naturellement par tresses de huit ou neuf pouces de long et la matière de plusieurs belles étoffes. Mais on ne permet guère de transporter cette toison sans la filer, parce que les gens du pays y gagnent leur vie."
Au XIX eme, J.M.Tancoigne, fait le même constat au sujet des chèvres angora et des tissus mohair, merveilles enviables que l'on ne trouve nulle part ailleurs. 


PItton de Tournefort (1656-1708) un des fondateurs des sciences botaniques et grand voyageur.

J.M. Tancoigne, en 1808, dans ses lettres "persannes" fait  grand cas des tissus en mohair fabriqués et vendus dans la ville de Beybazar. 
"ces schâlis d'un mœlleux comparable à celui de la plus belle soie, sont de toutes sortes de couleurs, les turcs en font des vêtements pour l'été et ils parroissent affectionner de préférence ceux de couleur blanche. La même matière sert encore à fabriquer des demi bas extrêment fins. Je voudrois madame, que vous puissiez voir les nombreux troupeaux de chèvres répandus dans la plaine d'Angora, quelque-unes sont d'une stature extraordinaire pour leur espèce, l'œil est enchanté de leur propreté et de la blancheur éblouissante de leur toison qui pend jusqu'à terre..."
in "Lettres sur la Perse et la Turquie d'Asie"

BEYBAZAR  : L'AUTRE VILLE DU MOHAIR
Non loin d'Angora, près de la ville Beybazar ou Begbasar (le marché du sultan), paissaient de nombreux troupeaux de chèvres angora dont la laine était réputée pour sa finesse et sa blancheur. 
Si le mohair de Beybazar semblait plus blanc que celui de d'Angora, c'est parce que les chèvres bénéficiaient d'attentions particulières. Elles étaient souvent peignées et lavées dans les rivières avoisinantes et avant d'être filée, la laine était lavée au savon ce qui accentuait sa blancheur. Les connaisseurs pouvaient distinguer la provenance de la laine au toucher : celle des chèvres élevées à  Beybazar était plus onctueuse que celle des chèvres d'Angora. Sans sont-ce les traces de savon qui donnait ce toucher particulier. 

UNE INACCESSIBLE ETOILE
Face à une demande importante, une offre quasi inexistante. Il n'en fallait pas plus pour que les esprits chagrins, échaudent des stratagèmes pour obtenir ce produit réputé inaccessible. Voilà comment naissent les légendes.   

LE MOHAIR : LE PRIX DE LA RARETÉ
Au XVI eme siècle, devant l'afflux de demandes, les lois régissant le commerce extérieur de l'empire Ottoman vont s'assouplir. En ce qui concerne le mohair, le gouvernement accepte de partager ce trésor avec les étrangers mais avec des restrictions : seuls les produits finis (fils, vêtements, tissus) pourront être exportés. Le monopole de la laine en vrac et des chèvres angora n'est pas encore aboli. 
Les occidentaux vont payer le prix fort pour obtenir cette fibre à cause des difficultés d'approvisionnement, les dangers liés au transport, en un mot,  la rareté du produit.

DES TENTATIVES DECEVANTES
Les enjeux économiques poussèrent certains à braver les interdits. Au XV eme siècle, il y eut des tentatives d'élevages de chèvres angora en France et en Grande-Bretagne. Mais ces expériences se révélèrent infructueuses. Le manque de savoir faire, le climat et  une nourriture inadaptée ou insuffisante furent probablement les causes de ces échecs.

"A CŒUR VAILLANT RIEN D'IMPOSSIBLE" (Jacques Cœur) ET POURTANT!
Dans la première moitié du XV eme, Jacques Cœur parvint à introduire en France  "quelques caprins à laine douce et soyeuse, propre à prendre la teinture" sans doute grâce à ses contacts influents en Turquie !


Jacques Coeur grand argentier du  roi Charles VII (vers 1440)
C'est à Saint Pourçain sur Sioule dans l'Allier, ville natale de son père, maitre fourreur, que Jacques Cœur, fit installer ses protégées. Le temps de quelques tontes, le temps d'apprendre à filer la laine des chèvres angora, le temps de se rendre compte de la magnificence des étoffes, le temps de tisser quelques fins linges liturgiques pour les moines d'un prieuré voisin, et il le temps de se rendre compte que ces animaux ne résistaient ni au climat de l'Allier ni aux aléas provoqués par les famines à répétions. L'expérience fut donc de courte durée.

PEACE AND LOVE AND MOHAIR
Il faudra attendre le milieu du XXeme siècle pour que des élevages de chèvres angora soient couronnés de succès dans l'hexagone. D'abord dans de minuscules structures qui privilégiaient les méthodes artisanales, souvent avec les moyens du bord, c'est-à-dire quasiment rien et surtout beaucoup de convictions.
C'est l'époque de Baba cool, du retour à la nature, de peace and love et des élevages de moutons dans le Larzac
En France, l'élevage de chèvres angora est désormais une profession à part entière. La filière française du mohair haut de gamme est dynamique et trouve sa place sur le marché international

A SUIVRE

vendredi 5 décembre 2014

N°2 LE MOHAIR QU'EST CE QUE C'EST ? UN LONG CHEMIN ENTRE LE TIBET ET L'ANGORA

MOHAIR : UN DROIT D'ANTERIORITE
Mais me direz vous, et vous auriez raison, pourquoi mohair puisqu'il n'y a aucun rapport étymologiquement parlant, entre mohair et angora ? Je sais, mais je sais aussi que les mots ont des vies et racontent des histoires. 
Si l'origine du mot Angora est simple voir simpliste : du toponyme Angora nom donné à une espèce de chèvres dont la toison est composée de poils longs, soyeux, et ondulés, vivant dans la région d'Angora l'ancien nom d'Ankara 
L'origine du mot mohair est bien plus complexe et plus ancienne : elle remonte aux mille et une nuits, bien avant que la chèvre du Tibet n'arrive en Angora.  

AUTOPSIE D'UNE ETYMOLOGIE
Le terme anglais primitivement moyacair est un emprunt au mot italien mocajardo lui même étant une déformation du mot arabo-persan mukhayyar ou moiacar qui désignait un tissu en poils de chèvre. Le terme originel semble être hayyara que l'on peut traduire par choisir, sélectionner. 

FALCOERI+AEGAGRRUS=ANGORA ?
La domestication des animaux se fit progressivement, elle débuta vers 10 000 ans avant JC, dans un territoire très vaste, de la mer Egée à la vallée de l'Indus. 
La  chèvre angora que nous connaissons, est issue d'un croisement  de capra Falconeri d'Afghanistan et de capra aegagrus hircus, chèvre sauvage originaire de Perse.
capra Flaconeri

capra hircus aegagrus
chevrès angora, reconnaissable à sa toison composée de longues mèches blanches et ondulées
QUAND LA LAINE DE LA CHEVRE ANGORA DEVIENT MOHAIR
Le croisement des espèces entraîne des transformations génétiques. Ainsi la toison  de la chèvre du Tibet se modifie jusqu'à devenir cette toison d'or, ou plus exactement une toison immaculée qui vaut de l'or. Parmi les autres races, la chèvre du TIbet fut choisie pour sa laine, et rien d'autre.
Et voilà enfin dévoilé le mystère du verbe arabe-persan  mukhayyar mohair =  choisir, sélectionner


Les nomades se déplaçaient avec leur troupeaux de moutons et de chèvres , c'était le moyen le plus simple  de se nourrir (viande et lait), de se vêtir( cuir et fourrure) et de se protéger des intempéries (peaux pour les tentes, fourrures pour les couvertures)  

UNE LAINE D'EXCEPTION : UNE RICHESSE EN DEVENIR   
Dès le XIeme siècle des tribus nomades mongoles, sans doute des descendants de Genghis Khan, se sédentarisent en Angora. Tout naturellement on  donne aux magnifiques chèvres le nom de la région d'adoption. La population locale conservera jalousement le monopole du commerce de la laine mohair, principale source de sa prospérité. 

L'EXPLOITATION OFFICIELLE DU MOHAIR
Qui dit commerce dit clients, mais ce qui se passe à partir du  XIVeme siècle  met un point final au développement économique de toute une région. 
 En effet  sous le règne du sultan Otman 1er les chèvres  angora  sont considérées comme un trésor  national  et l'exportation des animaux et de leur laine est strictement interdite.Tout contrevenant était puni de mort. Il y eu quelques contrebandiers chanceux qui échappèrent au châtiment suprême
La quasi totalité de la production de mohair est destinée à  la confection des vêtements du Sultan et de sa Cour. Les successeurs d' Otman continuent la même politique. 


le sultan Otman 1er
Le saviez vous ? C'est le Sultan  Otman1er ou Osman (de l'arabe Uthman) qui donne son nom à  la  dynastie ottomane qui restera à la tête de l' Empire Ottoman  de 1299 à 1923!


Dans le luxe du décor  et l'opulence des costumes, le sultan affirme son pouvoir.

A SUIVRE