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dimanche 31 mai 2015

N°2 LA MODE : DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS D'ELLE

La doudoune aux USA 
En 1947, Klaus Obermeyer, un bavarois installé à Aspen dans le Colorado eut l'idée de transformer un simple blouson en une doudoune. Moniteur de ski, il réalisa que ses clients passeraient plus de temps sur les pistes si leurs vêtements étaient plus chauds. Il avait à sa disposition une couette remplie de duvet d'oie, que sa mère très prévoyante avait mis dans ses bagages lorsqu'il quitta l'Europe. Il tailla donc très sommairement un vêtement dans cette couette.  
Le modèle n'avait rien de séduisant,  la silhouette était bouffie, gonflée, un vrai bonhomme Michelin, mais le vêtement tenait chaud.  Klaus fut le premier utilisateur. Bien sûr il pouvait skier avec un pull en laine et une veste en  tweed comme les autres, mais lorsqu'il fallait descendre, le poids devenait un handicap, les mouvements étaient entravés, et le froid traversait les épaisseurs d'étoffes. Avec son prototype il se sentait libéré, léger, et il ne sentait plus le froid.  Un de ses riches élèves offrit à Klaus de lui acheter sa parka pour  350$ une véritable fortune comparé au prix du  forfait journalier des remontées qui était de 4$. La saison d'hiver terminée  il revint en Europe . Il se rendit à Munich où l' un de ses amis  avait une entreprise de linge de lit (oreiller, édredons..) Il lui exposa son projet : fabriquer des parka en duvet. Il avait économisé suffisamment d'argent pour faire fabriquer 75 pièces. Mais son ami demeura intransigeant, il fabriquait des couettes et des oreillers, faire des parkas ce n'était pas son métier. Klaus emmena son ami boire une bière, ce furent des bières. L'opération fut une réussite, le fabricant accepta l'offre de Klaus, à une condition celui ci  lui fournisse les fermetures à glissières et le bord côte pour les bas de manches. Le résultat était plus élégant que prévu, le vêtement n'avait plus rien du bibendum.



De retour à Aspen  ses 75 doudounes  se vendirent comme des "petits pains" Adopté par de nombreux skieurs de la région,  Obermeyer se voit dans l'obligation d'accélérer la fabrication . Il crée Obermeyer Sports. Dès lors les parkas seront fabriquées industriellement sur le sol américain. C'est ainsi que naquit la légende de la doudoune made in USA. La société  Obermeyer Sports existe toujours,  son fondateur   96 ans  voit avec bonheur prospérer son entreprise . C'est une belle histoire  
  


La doudoune en France
La légende voudrait que ce fut évidement un français qui en eut l'idée. 
La société Moncler, installée depuis 1952 à Monestier de Clermont (d'où le nom Moncler) non loin de Grenoble fabriquait du matériel de camping mais aussi des tentes et des sacs de couchages rembourrés de duvet d'oie. Les ouvriers qui travaillaient dans les ateliers avaient des vestes matelassées rembourrées de duvet d'oie qu'ils portaient sur leur combinaisons de travail lorsqu'il faisait très froid. La société Moncler équipait plusieurs champions de ski et fournissait le matériel nécessaire aux grands exploits sportifs dans les régions froides du globes (ascension des plus hauts sommets, expéditions en Alaska...).

                                 
Lionel Terray, client de la société, remarque les vêtements des ouvriers et imagine une gamme plus large d'articles de protection (gants, combinaison, vestes, pantalons). Sous l'impulsion de Lionel Terray, Moncler décline une collection Moncler pour Lionel Terray® composée d'articles matelassés utilisant évidement le duvet d'oie. La marque, qui équipe les alpinistes, profite commercialement de leurs succès. Des équipes habillées par Moncler  réussissent l'ascension du  K2  8611m,  puis celle du mont Makaru 8481 m situés dans le massif de l'Himalaya.

La doudoune française Moncler, née en 1954, était désormais une sorte de "trésor national" qui avait peut être contribué au succès de ces expéditions. 
1968 et les jeux Olympiques de Grenoble est une aubaine pour la marque qui habille l'équipe de France. Encore un sportif Jean Claude Killy  champion olympique portera haut et fort l'image de Moncler. Mais la route est chaotique pour la société qui n'a pas su saisir l'air du temps de la mode 
 Il y eu cependant encore quelques  succès  commerciaux comme par exemple en 1972 ; la doudoune change de look, elle mincit, elle s'allège, elle se colore, elle se féminise, elle se citadine, et si elle est toujours vendue dans les magasins d'articles de sport, on la trouve également dans les magasins de mode. En nylon brillant  le modèle "népal" est un vrai succès.

C'est une renaissance temporaire pour la société, ce sont les italiens qui rachètent Moncler. La mode version italienne accompagnée positionnement différent épaulée par un marketing intélligent et revoilà la doudoune Moncler mais cette fois dans les rayons des boutiques de luxes. 

ELLE PERD SES MANCHES MAIS SE FORGE UNE  FORTE PERSONNALITE
Les paninari bousculent la mode et les montagnards qui furent à l'origine de ce vêtement seraient bien étonnés de voir les citadins arborer fièrement une doudoune même avec une température bien supérieure à zéro. En effet,  , dans les années 80, les paninari, des fashionistas, sont descendus  sur leur Vespa dans les rues de Milan vêtus de confortables "gilets" en nylon matelassé remplis de duvet d'oie inopportuns dans les avenues milanaises. Et pourtant le succès était au rendez vous.
Il suffit parfois de quelques personnes influentes pour donner le signal d'un "must have". Ce fut le cas de ces jeunes gens prêt à tout pour se faire remarquer. En bousculant les habitudes vestimentaires ces mangeurs de "sandwich" sont entrés dans la légende de la doudoune citadine. Des pentes neigeuses aux avenues embouteillées, la doudoune sans manche portée sur un pull est l'uniforme de ces paninari qui déambulent en scooter dans les rues de Milan. 


Aujourd'hui les doudounes Moncler arborent toujours le logo tricolore représentant un coq stylisé, et deux montagnes qui forme le M de Moncler. Si l'image de la marque reste française,  
.


la société est passée de l'autre coté des Alpes. Elle fut un temps italienne avant de redevenir en partie française en 2015 lorsqu'un fond d'investissement français entra dans le capital . Alors cocorico oui mais en toute discrétion.

 La doudoune Moncler italienne ou franco italienne est devenue un article de luxe. 


LES CROCS® UN OBJET TRANSGRESSIF
Crocs®(crox) est une  marque déposée. La véritable Crocs possède des atouts cachés, que les copies qui inondent le marché international ne proposent pas. De Crocs elles n'ont  qu'une similitude de  forme, parfois de couleur, mais guère plus. 

Des escrocs pour les crocs il y en a beaucoup trop. Attention aux imitations pour enfants, leurs pieds sont encore fragiles et supportent mal les malfaçons. Les finitions laissent à désirer. 


AU DEBUT FUT LE SPA
En 1995 Marie Claude Billy et Andrew Reddyhoff ingénieurs chimistes de formation sont à l'origine de la création d'une matière baptisée Croslite.
Ils ont déposé le brevet d'une technologie baptisée  XL EXTRALIGHT® qui permet de fabriquer des produits par injection de mousse polyoléfine expansée. C'est une matière plastique différentes à bien des égards de ce qui existait sur le marché à cette époque. C'est la création d'un matériau révolutionnaire le Croslite®. Le couple fonde une société la Foam Créations
Le but était de fabriquer des accessoires de spa comme les coussins, des matelas, puis il y eu une diversification vers le nautisme avec la fabrication de   dossiers de kayaks plus souples plus résistants plus confortables que ceux proposés sur le marché. 
Dans les années 2000  Marie Claude et Andrew Reddyhoff sur les conseils d' amis imaginent des sandales  pour la plage et le nautisme à partir de leur matériau fétiche.  Les premiers essais furent  découpés sommairement dans le Croslite. Les prototypes avaient  des formes simples pouvant s'apparenter à une sorte de sabot. 
La production artisanale est un succès,  et devant la demande la fabrication passe à la vitesse supérieure c'est à dire industrielle. Ce produit est  fabriqué et commercialisé dans la région de Quebec uniquement, donc avec un marché somme toute réduit. Ingénieurs chimistes les créateurs de Foam créations ne sont pas des commerciaux émérites, mais il se forcent à rencontrer de potentiel client pour couvrir un territoire plus large. C'est ainsi qu'en 2003 il à l'occasion d'une foire commerciale dans le Colorado, où Reddyhoff expose ses sandales, trois américains Lydon Hanson, Scott Seamans et Georges Boedecker  remarquent les articles en Croslite®. Ils achètent tout le stock. Dans un second temps après avoir testé le produit auprès de leur clientèle et devant le succès des ventes, ils décident d'acheter la compagnie. En 2004 le brevet est racheté par les américains et  Foam Créations devient Crocs Inc.


Le modèle "hype" est baptisé cayman. Le logo est un crocodile… Voici l'origine du nom Crocs.

Après quelques modifications apportées au modèle d'origine, notamment la bride arrière qui maintient le soulier, un investissement dans la communication et une belle campagne marketing, le mythe Crocs était né. Aujourd'hui l'entreprise  CROCS INC est une valeur sûre cotée en bourse.





QU'EST QUE LE CROSLITE® Les véritables Crocs sont en croslite®, une résine qui permet de fabriquer des produits légers et épais, résistants.  Toutes les chaussures de la marque Crocs MC sont fabriquées en Croslite MC une résine à alvéoles fermées, brevet déposé par  Crocs Inc
Le croslite® est un matériau thermo-formable, c'est-à-dire qu'il se déforme sous l'effet de la chaleur. Ainsi avec le temps, votre croc prendra la forme de vos pieds en utilisant la chaleur qu'ils dégagent.
Le confort est assuré car le matériau est également antibactérien. Ce traitement évite le développement des bactéries à l'origine des mauvaises odeurs.

CE QUI FAIT LA DIFFERENCE ENTRE LES CROCS® ET LES CROCS
Le prix bien entendu mais également les performances. Ces sabots furent conçus  pour faire du bateau, marcher sur le pont sans glisser, sans laisser de traces sur le bois humide grâce à la semelle alvéolée. De plus l'épaisseur de la semelle permet de marcher longtemps sur des surfaces irrégulières puisqu'elle absorbe les chocs, un pas de plus vers le confort.  La surface de la chaussure n'est pas trouée fortuitement, ces petits trous ont une utilité : l'eau et l'air peuvent circuler librement dans  ces chaussures portées pieds nus. L'ex président G. Bush commet ici une erreur impardonnable : crocs® et chaussettes sont incompatibles



juste navrant!




 Les Crocs® sabots de luxe devenus emblèmatiques d'une époque. Leur succès  est assurément transgénérationnel et quasi mondial.
s
Une ministre  sur le perron de l'Elysée en Crocs®. Provocation irrévérencieuse mais elles sont si confortable! 



A SUIVRE










N°1 LA MODE : DEUX OU TROIS CHOSES QUE JE SAIS D'ELLE

UN, DEUX, TROIS...
La doudoune, un cocon protecteur ; les crocs®, des sabots magiques dont le confort est, paraît-il, fabuleux ; les UGG® pour les pieds frileux : trois articles qui reflètent un certain art de vivre ou de survivre au XXIème siècle.

HIER L'HOMME A MARCHE SUR LA LUNE ,  AUJOURD'HUI IL MARCHE SUR LA TÊTE !
Depuis des siècles, le non-sens règne en maître dans l'univers vestimentaire. Aujourd'hui comme hier, les lanceurs de mode frisent souvent le ridicule, mais pas autant que ceux qui relèvent ces défis et qui, volontairement, s'accoutrent de la sorte. Jadis taxés d'excentriques, ils étaient avant-gardistes ou réactionnaires, aujourd'hui on ne les remarque plus. Des incongruités manifestes bousculent les codes vestimentaires. L'expression populaire triviale "cul par dessus chemise" est assez juste pour qualifier le manque de discernement des aficionados de la mode. Le bon sens est soumis à bien des tortures.  Il suffit de jeter un coup d'œil autour de vous pour avoir la réponse.

MODE ET SAISON : LA RUPTURE
Une constatation m'est apparue un matin où j'étais installée à une terrasse de café sur les champs Elysées. Impossible de deviner la saison en regardant simplement les gens dans la rue. Les silhouettes sont parfois très couvertes tantôt pas suffisamment, le bermuda côtoie le pantalon, la chemisette, la doudoune, les crocs®, les UGG®.  
Il semblerait que l'homme soit insensible au climat, ou plutôt que la mode soit en rupture totale avec les saisons.

JAMAIS SANS MON SAC (à dos, en bandoulière ou à main).
Les variations climatiques sont si nombreuses qu'on peut sortir le matin en robe bain de soleil et avoir besoin à midi de s'acheter un gros pull pour ne pas geler sur place. Sinon, il y a ce que jadis on nommait le baise-en-ville. Il contient le nécessaire pour survivre en milieu urbain une journée si ce n'est une nuit à savoir : produits de beauté, boisson, vêtements, chaussures…

 SOUS LES PAVES LA PLAGE OU SON SOUVENIR ?
Certes les vacances peuvent se prolonger simplement avec le style vestimentaire, mais faut-il à tout prix  emporter le souvenir du sable chaud en glissant ses pieds dans ses crocs pour parcourir les rue asphaltées de nos villes ? Est-il raisonnable de transporter sa doudoune au fond de son sac  en toute saison, simplement au cas où, Porter des bottines en peau de mouton et un short est-il  esthétiquement compatible?

LA DOUDOUNE
En doudoune quatre saisons, avec ou sans manches, avec ou sans capuches  il n'en demeure pas moins que ce vêtement fut à l'origine une idée de montagnards ...
LES CROCS®
En crocs ® sur l'asphalte alors qu'elles furent crées pour circuler sur les bateaux de plaisance
LES UGG®
Les UGG originellement fabriquées pour réchauffer les pieds des surfers australiens 
 "Il n'y a plus de saison ma bonne dame depuis qu'ils ont envoyé des spoutniks dans l'espace !"
Cette idée à fait flores dans les années 60, mais aujourd'hui, s'il n'y a plus de saison dans la mode, c'est justement à cause de la mode.


 LES SECRETS DE TROIS PIECES A SUCCES

Aussi curieux que cela puisse paraître, ces réussites commerciales ne furent pas programmées, elles tiennent souvent du hasard, parfois de rencontres fortuites, de  la confrontation d'un groupe d'individus à des conditions économiques périlleuses,  quelque fois l'idée vient de l'implication d'ingénieux bricoleurs. Pour mener ces projets  à bien,  on note la présence de  fortes personnalités souvent étrangères au monde de la mode.
Ce qui est certain c'est que des hommes et des femmes se sont lancés dans des aventures, ils  ont osé, parfois par obligations parfois volontairement, et  sont sortis vainqueur. Pour ces trois produits devenus des  icônes combien sont restés dans l'ombre à l'état de projet, combien de prototypes oubliés , combien de brevets  jamais  exploités, combien de désillusion, de deception, sans doute plus que de réussites?
Ces trois articles indispensables au vestiaire de toute personne désireuse de suivre les tendances du moment sont des succès commerciaux mondiaux, et pourtant, qui connait leur véritable histoire ? Après avoir lu ce post vous pourrez dire : "Moi je sais".

LA DOUDOUNE : UN VETEMENT FONCTIONNEL MAIS PAS SEULEMENT
Un produit phare universel, un must have des années 2000. Incontournable des collections automne/hiver, bien que présent dans les collections printemps/été. Et pourtant au départ ce vêtement court, matelassé, chaud et léger fut imaginé par des montagnards.
Il me semble qu'en 2015, la doudoune est devenue un produit de première nécessité au même titre que le portable ou la tablette. Ce sont des articles nomades, ils nous accompagnent partout, comme le doudou de notre enfance.
La doudoune nous sécurise, nous protège, nous infantilise ; c'est un contact virtuel avec le vrai monde. 
La doudoune se roule en boule au fond du sac à main ou de voyage, d'ailleurs ne sont-elles pas vendues bien pliées dans un petit pochon en nylon. 


Le croquis est une invitation à l'art de l'origami, mais pour les non initiés quelle épreuve ! Pour ma part, je constate que, généralement, ma doudoune encore humide se retrouve en boule et rarement pliée comme il faudrait dans cette enveloppe. Manque de temps, de savoir faire ou de patience.
Sa présence nous assure une protection en cas de coup de vent ou d'averse imprévue.

JAMAIS SANS MA DOUDOUNE : UN PHENOMENE DE SOCIETE
 La doudoune en voyage c'est-à-dire en dehors de chez soi, c'est un "au cas où". Autrefois, ce "au cas où" était constitué par le minuscule parapluie pliant qui avait toujours sa place au fond de notre sac ou dans une poche "au cas où" il pleuvrait. Mini parapluie, petit blouson. Notre univers devient compact,  les voitures citadines rétrécissent, les cafés se font ristretto, les légumes version mini ont un franc succès, les studios deviennent des studettes... Question d'habitude ! Alors oui, la doudoune est désormais un vêtement quatre saisons. La mode à ses raisons que la raison ne connait pas.


On peut légitimement s'étonner de cette addiction à une doudoune. Les industriels ont trouvé une solution judicieuse. Les heureux possesseurs d'une doudoune en hiver virent d'un mauvais oeil arriver l'été qui les obligent à ranger leur doudoune. Ils sont  dépendants de cet accessoire. Le marketing d'une efficacité redoutable imagine des modèles saisonniers. A prix identique, on vous en donne moins l'été mais qu'importe ! On peut  conserver cette protection douillette quelque soit le climat.
Demandez le menu : l'hivernale dans les tonalités sombres avec la capuche et un grand pourcentage de duvet qui transforme une silhouette sylphide en bibendum plus ou moins rembourrée de duvet naturel ou synthétique avec une forme cintrée, ou pas de forme du tout, mais qui devient le hip pour les citadins branchés.
L'estivale avec ses couleurs nacrées, fruitées, sans manches, sans col, presque sans rembourrage, qui remplace l'étole l'élégance en moins. 
Une version light ; en somme un substitut à la manière du vapoteur pour les fumeurs : on garde l'idée mais vidée de sa substance.
Le client est toujours responsable quoique pas coupable. Responsable d'acheter, responsable de porter. Son addiction est confortée par un marketing très poussé. On ne peut plus se passer du light. On voyage light le poids des valises étant restreint, on mange light pour garder la ligne, on s'habille light parce que c'est plus confortable mais, en contre partie, cet allègement à tout va se paie plus cher.
C'est absurde mais c'est la mode ! On peut relativiser les choses, essayer de comprendre ces mouvements, mais il est parfois des subtilités qui me dépassent.

POUR LA PETITE HISTOIRE
Au début fut l'anorak dont le nom vient de anoré qui signifie vent en inuit. La parka a la même origine. A la différence des doudounes que nous connaissons, anorak ou parka étaient fabriqués avec les produits locaux, c'est-à-dire en peau et en fourrure. Leur poids étaient un handicap mais ces vêtements permettaient aux hommes de survivre dans des régions très inhospitalières.
Les chinois, depuis des siècles, rembourraient leurs vestes, non pas de duvet mais de déchets de soie ou laine, pour vaincre le froid hivernale. 

En Uzbekistan, les artisans perpétuent cette technique : rembourrage avec des déchets de soie, de laine ou de coton entre deux épaisseurs de tissus. Ikat de soie sur l'endroit, toile de coton sur l'envers. Je vous assure qu'avec ce vêtement vous pourrez affronter des températures négatives sans soucis. Des matières naturelles et, en plus, un vêtement qui n'est pas formaté.



Des montagnards sont à l'origine de ce vêtement léger, douillet, gonflant, matelassé que nous nommons doudoune. Son invention est revendiquée par la France, l'Australie et les USA mais tous sont d'accords pour dire que c'est le duvet qui servit de rembourrage lors des premiers essais.

Commençons par l'ordre chronologique
En Australie

  1920 Finch dans une doudoune rudimentaire, mais avec un potentiel thermique exploitable

 Les australiens peuvent revendiquer la primeur de la doudoune version artisanale, puisque c'est un australien George Ingle Finch qui eut l'idée de fabriquer un vêtement similaire à sa couette. Il voulait avoir aussi chaud dehors que dans sa maison. Alors, il entreprit de fabriquer un manteau/couette. Il récupéra le rembourrage de sa couette qu'il glissa dans sa veste en coton entre la doublure et le tissu. Pas vraiment esthétique, mais idéal pour affronter les températures polaires.
En 1922, vêtu de ce manteau hors norme, il fit partie de l'équipe qui  tenta l'escalade du mont Everest. La première tentative échoua à 8000 mètres. Bien que le sommet ne fut pas vaincu par les membres de cette expédition, ils sont entrés dans le livre des records puisqu'il furent les premiers à atteindre cette altitude. Monsieur Finch ne fera pas carrière dans l'industrie textile, mais son nom reste tout de même lié à cette innovation vestimentaire.



A SUIVRE

vendredi 22 mai 2015

BILLET D'HUMEUR : QUAND LA MODE DEVIENT UN UNIFORME

UN CONSTAT NAVRANT
La mondialisation a depuis longtemps transformé nos habitudes vestimentaires, rendant du même coup notre vestiaire d'une banalité affligeante.


quelque part en Europe, une foule monochrome, sans personnalité, passe muraille, triste civilisation!
dans une rame de métro mais où? partout et nulle part!
la mode : un uniforme volontaire
Une mode uniforme comme c'est singulier! La nature est si diversifiée, la morphologie du corps humaine différente d'un continent à l'autre, le climat du désert d'Atacama
n'a rien à voir avec celui du  nord canadien et pourtant, les  mêmes modèles, les mêmes matières, s'exportent partout nonobstant ces spécificités.

UNE MODE UNIVERSELLE ? FADAISE!
Les enseignes à succursales multiples  comme Zara, Gap ou H et M  contribuent à la généralisation des formes et des matières premières, mais les clients en acceptant ces marchandises participent largement à ce processus. Les productions locales souvent artisanales, sont destinées aux touristes, mais du coté des autochtones les produits industriels ont le vent en poupe. Vendre des chemisettes en polyamide dans le désert du Thar  si inconfortables dans ce climat, pourquoi pas si la clientèle suit. La mode à ses raisons qui parfois  semblent incompréhensibles au commun des mortels.

                                                                                       
ces marques font votre mode
le monde vu par H et M
la mode selon Gap  : c'est ce qui se vend de Riyadh à Vancouver...

LA PERTE DE REPERES TEXTILES
Ce qui me navre c'est la perte progressive de l'identité culturelle liée au textile. Dans certains pays, une résistance s'organise quasi naturellement. Le costume traditionnel se porte au quotidien et n'a rien de folklorique contrairement ce qui se passe en Occident et  quelque part c'est rassurant, parce que le passé fait aussi partie du présent, pour l'avenir on verra.
au Kerala (Inde)
en Uzbekistan
en Bolivie

  
au Japon, dans un parc à  Tokio un samedi après -midi
un mélange de style,  une liberté absolue au niveau du costume

dans une rue  de Thimphu  la capitale du Bhoutan
le jean du XXIeme siècle cohabite avec le costume emblématique du pays
J'ai  pu constater que dans les pays qui n'ont pas mis le costume traditionnel au musée, le mélange des styles est fréquent, et ceci n'est pas seulement une 
question de génération.
toujours à Thimphu  deux générations  et encore  le costume traditionnel 






























 CE QUI RESTE DU VÊTEMENT TRADITIONNEL  EN OCCIDENT"  : UNE IMAGE D'ÉPINAL TOUT AU PLUS



 
l'emblématique coiffe alsacienne se retrouve sur l'emballage
de produits industriels

 

le kilt oui mais occasionnelement

 En Alsace, en Ecosse ou en Bretagne le costume local, celui des dimanches, des cérémonies heureuses ou pas, est relégué aux fonds des malles dans les greniers ou dan s les musées. On ne les sort que pour les festivités, exception faite de quelques bigoudènes qui perpétuent la tradition au quotidien et qui font les délices des touristes japonais... 
Ces atours ne sont plus que des souvenirs morts destinés à enrichir les collections des musées régionaux. A vrai dire, je me demande ce qui restera dans la mémoire collective de notre accoutrement en ce début du XXI eme siècle... Ou plutôt je le sais déjà. Des jeans, des doudounes et des crocs ®: un bien pauvre inventaire! 
Je trouve étonnante la diversité des articles dits folkloriques. Ils étaient fabriqués avec bon sens : les matières textiles et tinctoriales étaient des produits locaux parfaitement adaptés aux conditions climatiques. Avec les moyens du bord, à l'aide de leurs mains accessoirement un outil  rudimentaire, grâce à une transmission d'un savoir-faire les résultats sont époustouflants de précision, d'ingéniosités, d'inventivité. L'homme a du génie qu'on se le dise.  Qui lancera des collections de prêt à porter moins généralistes, quasi régionales, adaptées aux formes du corps humain, plus respectueuses de l'environnement, en un mot intelligentes ? . 

 Il est temps de mettre un peu de fantaisie dans nos armoires, de penser autrement notre vestiaire, de redonner une identité personnelle à notre garde robe et de ne plus être seulement un porte manteau au service des fabricants de prêt à porter.


TESTEZ VOTRE AUTONOMIE VERSUS MODE
Ouvrez votre armoire et cherchez les étiquettes cousues à l'intérieur de vos vêtements. Faites les comptes. Combien avez vous d'articles achetés dans un magasin à succursales multiples et cherchez l'intrus, l'article fabriqué artisanalement? (au singulier parce que au pluriel il n'y aurait pas suffisamment de résultats  positifs).  Je reste persuadée que   l'artisanat  pourrait avoir une place plus importante dans notre société. 

la chemise est presque terminée. Un artisan à Pondichery


OSER INVENTER SON STYLE
Même si trouver son équilibre vestimentaire réclame un effort, le résultat  en vaut la peine.  
Vous pouvez prendre des cours de couture, chercher une couturière, fréquenter les magasins sans label international. De plus en plus d'artisans s'installent dans les  villes et les villages, des boutiques de retouches prolifèrent surtout en milieu urbain, mais le net est aussi un moyen d'acheter des pièces uniques fabriquées avec amour par des passionnées (tricots, coutures, accessoires). 

JOUER PERSO : DIFFICILE MAIS PAS IMPOSSIBLE
Refuser d'obtempérer pas aux diktats de la foule, ne pas céder pas aux appels des sirènes qui posent sur les pages glacées des magazines,  rester fidèles aux vêtements que l'on a choisi, aux formes dans lesquelles on se sent bien.`
Porter des jupes des saisons passées, ne pas se débarrasser d'un manteau sous prétexte qu'il est vert et "que le bleu est à la mode cette saison"  et que vous préférez le violet sortez du cadre et osez cette couleur oubliée, si les rayures ne vous plaisent pas cherchez des carreaux, vous en avez assez des motifs Liberty, tentez les imprimés abstraits.... Ne pas mépriser les vêtements  qui ont plus d'une saison, leurs rides sont l'expression de la qualité.  Faire de ce que d'aucuns imaginent être une excentricité une normalité c'est un pari audacieux mais jouable.

S'HABILLER PAR PROCURATION : UN MANQUE DE PERSONNALITE
Copier la tenue d'une star ou d'une célébrité même éphémère est devenue une habitude, un jeu , "un must have". Une attitude attisée par les magazines. Les victimes de la mode sont des clients potentiels qu'il faut savoir gérer.
Il parait qu'après la photographie parue dans la presse mondiale de la princesse de Cambridge et de sa fille la princesse Charlotte à la sortie de la maternité, les ventes  du modèle de bonnet et de la  petite couverture qui enveloppait le nouveau né se sont envolées. Résultat : rupture de stock. 
Un nouveau béguin pour les "modeuses" : le  bonnet de Charlotte,  une version plus moderne de la charlotte
A peine née et déjà top modèle! Les inconditionnelles de la mode people ne ménagèrent pas leur peine pour remonter jusqu'au point de départ du bonnet de naissance, et moi non plus. 
C'est un bonnet en laine, tricoté mains, sobre et élégant, luxueux mais sans ostentation,  qui vient de la  maison Iruléa, une boutique familiale implantée depuis des années dans le quartier chic de San Sébastian en Espagne

 Il se trouve que la nounou d'origine espagnole du grand frère de Charlotte y est allée par hasard ou pas  pour un petit shopping. Incognito? Pas autant qu'elle l'aurait espérée. Les vendeuses eurent la puce à l'oreille lorsque la cliente donna l'adresse de facturation : Kennington palace, London!… 

Peut on imaginer un tel engouement pour un modeste couvre chef ? Est ce que s'habiller comme une princesse peut faire de nous une princesse,  d'ailleurs pourquoi vouloir être une princesse! Est ce que posséder le même sac que votre îdole vous rapprochera d'elle? 
Les annonces sur le net sont parfois édifiantes :

Que portent les stars ? Offrez-vous les mêmes vêtements ...





  • www.popsugar.fr › Fashion › Look Des Stars

    5 avr. 2013 - Vous adorez être habillée comme une stars ? Vous avez frappé à la bonneporte ! Nous avons rassemblé ici un grand nombre de vêtements 

  • Et pourtant c'est ainsi que va le monde, le petit monde de la mode  et  il se porte bien, merci.

    Vous, clients, avez du pouvoir, les bureaux de tendances sont à votre écoute  pour transmettre vos messages aux fabricants, les industriels sont parfois étonnés de la docilité de la clientèle, ils proposent mais vous disposez alors ne laissez pas les autres imaginer votre garde -robe.




    mardi 12 mai 2015

    N°3 DANS LES COULISSES DE LA POLAIRE : RELOOKING EXTREME DU POLYESTER

    LE POLYESTER, UNE FIBRE INTERNATIONALE 
    En France, la production du polyester débute en 1954 au sein de la firme Rhodiaceta, alors filiale de Rhône Poulenc. Cette fibre synthétique est commercialisée sous la marque Tergal® dont l'étymologie tente d'offrir des racines françaises à ce produit d'origine anglo-saxonne. Ce mot est formé de ter pour térephtalique (composant du polyester) et de gal de gallique pour gaulois. Cocorico!


     LA FORCE DES MOTS - LA FORCE  DES MEDIAS
    En France, le mot Tergal est devenu un nom commun qui désigne un fil continu ou une étoffe tissée avec ce type de fil  polyester.



    Dans les années 50/60 le Tergal était partout. Sur les fenêtres,dans les penderies, sur les sièges des voitures...

     C'était une époque fantastique pour les industriels, la production avait parfois du mal à répondre à la demande. 




    TEL LE PHŒNIX, LE POLYESTER RENAIT DE SES CENDRES  
    La nouveauté d'hier s'est  banalisée puis se ringardiser avant de devenir un article "vintage". Le Tergal® s'est fait oublié, le polyester s'est reconverti en micro-fibres ou en polaire.  
    On constate que dans leur communication les marques  gomment  ce qui peut rappeler la matière première issue de la pétrochimie. L'utilisation de termes comme laine ou fourrure accolés au mot polaire c'est  un moyen insidieux de suggérer la présence de matières naturelles.
    Les clients ayant vu Pyjama Polarbear - fibre polai... ont aussi consulté :





    Un vêtement étiqueté Tergal® c'est moins tendance qu'un article North Face siglée Polartec®. Et pourtant, à la base il s'agit de la même matière première le polytéréphtalate d'éthylène, composant principale du polyester. La différence est dans le mode de filage.
    Le Polartec® est une étoffe tricoté avec un filé de fibre en polyester.  Le sigle des trois triangle est un gage de qualité censé rassurer le client et c'est aussi un signe d'appartenance à un groupe de  "connaisseurs" comme toutes les marques  "trendy"





    Inventer des mots plutôt que des matières, c'est peut être moins gratifiant mais tellement plus simple ! Le bambou est une des plus belles réussites en ce domaine, suivi de près par la fibre polaire.

    INNOVER POUR SURVIVRE
    Les fibres chimiques n'ont plus vocation à  imiter, elles ont acquis leur autonomie, elles n'ont plus un rôle secondaire dans l'industrie textile, bien au contraire, le premier rôle leur est dévolu.  La durée de vie des produits industriels étant limitée, le secteur du textile doit sans cesse renouveler son offre. Difficile de refaire du polyester, alors l'industrie a recours à la technologie. Ainsi voit on arriver dans les rayons des articles de plus en plus complexes, de plus en plus techniques. La clientèle naïve ou pas, est friande de nouveauté. Parfois un simple "enrobage"  un peu abstrait comme "thermorégulation"  peut transformer une simple veste en polyester en un produit  ultra performant. Créer  un besoin, susciter l'envie pour déclencher l'acte d'achat c'est l'affaire des publicitaires via les médias.

    CHANGER D'IMAGE
    Le public pense que les  performances techniques des tissus synthétiques première génération sont dépassées. Dralon®, crylor® sont des histoires anciennes. Une  nouvelle image des fibres chimiques est nécessaire, pense-t-on du coté des fabricants. La réhabilitation des fibres chimiques commence par un relooking soigneusement orchestré par des  professionnels de la communication. Les produits "révolutionnaires" arrivent sur le marché avec, dans les années 90 des vêtements spécifiques destinés aux amateurs d'activités de plein air. L'accent est mis sur la technicité des textiles.En 1980, Malden Mills et Patagonia lancent  leur "polaire", puis en 1993 le produit phare de Patagonia : le synchilla®, une fibre polyester fabriquée à partir de bouteilles de soda en plastique recyclé. Depuis lors, la concurrence est rude, sur ce marché porteur, dans l'air du temps.

    LE TOUR EST JOUÉ EST BIEN JOUÉ
    Ce tour de passe- passe nommé recyclage a-t-il suffit à  atténuer les réticences des plus farouches opposants à l'utilisation de fibres peu respectueuses de l'environnement ? Il semblerait que la réponse soit positive si l'on en juge par le succès commercial du premier article en Synchilla de Patagonia baptisée Marsupial (à cause des poches kangourou)
    Le kangourou de  Patagonia. La couleur  verte  caractéristique des premiers "kangourou" est dûe à la couleur des  bouteille de soda recyclées . Ensuite, le tri sera effectué et les couleurs diversifiées.


     LA PUISSANCE DE L'IMAGE
    Les fibres synthétiques n'ont pas bonne presse en 2015, bien qu'elles soient devenues incontournables dans notre quotidien. Elles ne font rêver ni les jeunes, ni les ménagères de moins de 50 ans, ni la génération des baby-boomer qui a essuyé les plâtres avec la diffusion de masse des vêtements en fibres synthétiques dans les années 60. Polyester®, nylon, Crylor®

    UNE AUTRE MANIERE DE COMMUNIQUER : S'ADAPTER AUX NOUVEAUX CODESPour attirer une nouvelle clientèle la firme Helly Hansen s'est transformée en sponsor. En habillant des groupes de Rappeurs  comme NTM elle a fait connaître ses produits en France auprès d'une nouvelle génération,  pour qui les fibres synthétiques n'étaient pas tabou.





    Le succès fut au rendez vous dans les années 90. Mais plus dure fut la chute, car les dirigeants de la firme ont appris à leur dépends que la fidélité d'un client n'est jamais assurée. Les concurrents sont nombreux


    UN PAS EN AVANT, UN PAS UN ARRIERE : AINSI VA LE MONDESi hier, acheter, posséder, porter des articles en Tergal®, Crylor® ou  en nylon constituait un preuve d'audace, aujourd'hui c'est choisir les fibres naturelles qui devient un geste avant-gardiste. Dans un prochain post je vous parlerai du mouvement  slow wear.


    A SUIVRE